C’est une séquence de télévision d’une rare intensité qui s’est déroulée sous les yeux de téléspectateurs médusés. Jean-Philippe Tanguy, figure montante et incisive du Rassemblement National, a littéralement “détruit” une députée macroniste venue défendre la politique européenne d’Emmanuel Macron. Ce qui devait être un débat sur la réaction de l’Europe face au protectionnisme de Donald Trump s’est transformé en un réquisitoire implacable contre les failles béantes de l’Union Européenne et l’impuissance, selon lui, du chef de l’État français.

Le débat s’ouvre sur une question brûlante : que faire face aux menaces économiques de Donald Trump ? La réponse de la députée macroniste est classique, presque robotique : il faut une réponse “coordonnée”, “unie”, un “rapport de force européen”. Elle vante Emmanuel Macron comme la “locomotive de l’Union Européenne”, seul capable, selon elle, de tenir tête au président américain. Mais cette rhétorique bien huilée va se heurter de plein fouet au réalisme froid de Jean-Philippe Tanguy.

Avec une répartie foudroyante, le député RN balaie d’un revers de main les incantations de son adversaire. “Ça ne sert à rien de faire le moulin à prière en disant Monsieur Trump il est méchant”, lance-t-il. Pour Tanguy, commenter les actions de Trump est une perte de temps. Le président américain défend les intérêts de son pays, point barre. Le vrai problème, selon lui, n’est pas à Washington, mais à Bruxelles… et à Dublin.

C’est là que Jean-Philippe Tanguy porte l’estocade. Il refuse de s’en prendre à Trump pour mieux cibler ceux qu’il considère comme les vrais responsables de la faiblesse française : les “parasites fiscaux” au sein même de l’Union Européenne. Il cite nommément l’Irlande, qu’il qualifie avec une violence inouïe de “Judas au cœur de l’Europe”. Ses arguments sont chiffrés et cinglants : l’Irlande affiche un excédent commercial de 86 milliards avec les États-Unis, non pas grâce à son génie industriel, mais en servant de porte-avions fiscal aux multinationales américaines, notamment les GAFA et l’industrie pharmaceutique.

“L’Irlande choisit l’Amérique et la France paie le prix fort”, martèle-t-il. L’accusation est gravissime. Tanguy explique que lorsque l’Europe tente de réguler ces géants, le gouvernement irlandais se range systématiquement du côté des multinationales contre ses propres partenaires européens. Résultat ? Ce sont les vignerons français, les agriculteurs, les industriels de l’Hexagone qui subissent les représailles commerciales, tandis que Dublin s’enrichit. Pour le député RN, parler de solidarité européenne dans ces conditions est une vaste blague, une “stupidité” idéologique que nous payons au prix fort.

Face à cette charge virulente, la députée macroniste tente de reprendre la main, accusant Tanguy d’être obsédé par l’Union Européenne et de ne pas répondre sur Trump. Elle essaie de le coincer sur le programme de Marine Le Pen. Mais Tanguy ne lâche rien. Il renvoie la majorité à ses échecs diplomatiques. “Monsieur Macron, c’est comme avec Monsieur Poutine… il lui a serré la main, et Poutine a fait ce qu’il voulait”. La comparaison est cruelle : elle dépeint un président français gesticulant, serrant des mains pour la photo, mais totalement impuissant sur le fond des dossiers géopolitiques. “Locomotive en marche arrière”, ironise-t-il, ridiculisant la prétention française à diriger l’Europe.

Le moment le plus fort reste cette dénonciation de l’ennemi intérieur. Tanguy refuse de jouer le jeu du “tous unis contre Trump” tant que le ménage n’aura pas été fait chez nous. “Nous avons des Judas dans notre propre camp”, répète-t-il. Cette image biblique de la trahison résonne comme un avertissement. Comment construire un rapport de force crédible quand certains membres de l’équipe jouent contre leur camp ?

Cette confrontation met en lumière deux visions irréconciliables. D’un côté, le rêve macroniste d’une souveraineté européenne, qui se heurte souvent à la réalité des égoïsmes nationaux. De l’autre, le souverainisme décomplexé du RN, qui considère que la France doit d’abord balayer devant sa porte et arrêter d’être le dindon de la farce européenne. Jean-Philippe Tanguy, par sa maîtrise des dossiers et sa combativité, a marqué des points précieux, laissant son adversaire sans réponse face à la question irlandaise, véritable angle mort de la construction européenne actuelle. Une séquence qui fera date et qui pose la question cruciale : jusqu’à quand la France acceptera-t-elle d’être le “payeur” d’une Union qui profite à d’autres ?