À l’âge de 85 ans, Jean-Marie Périer a décidé de dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, mais que peu osaient formuler avec une telle force. Lors d’une interview donnée récemment avec une sincérité désarmante, le photographe emblématique a lâché cette phrase devenue désormais mythique : jamais Johnny n’aurait déshérité ses enfants. Pour lui, c’est une certitude absolue, un constat qui ne souffre aucune discussion. Je n’y crois pas une seconde, a-t-il martelé. Ce simple énoncé, venu d’un homme qui a connu le chanteur plus intimement que quiconque pendant plus de cinquante ans, a suffi à rouvrir toutes les plaies de cette affaire qui a passionné et divisé la France entière. En une poignée de mots, Périer a fissuré l’image figée d’un testament présenté pendant des années comme incontestable par certains clans. Le public, les fans, les proches, tous ont senti trembler le sol sous leurs pieds car Jean-Marie Périer ne parle pas pour faire du bruit ou pour alimenter les gazettes à scandales. Il parle parce qu’il a vu, parce qu’il a vécu à ses côtés, et surtout parce qu’il sait.

Pendant des décennies, il a observé Johnny Hallyday à travers son objectif, immortalisant non seulement l’artiste flamboyant, l’idole des jeunes capable de soulever des foules immenses, mais aussi l’homme fragile, l’amoureux souvent tiraillé entre ses passions dévorantes et ses blessures d’enfance. Alors, lorsqu’il affirme aujourd’hui qu’un tel père n’aurait jamais renié son propre sang, ses paroles ont la résonance d’un serment sacré. Sa déclaration, aussi calme que tranchante, s’inscrit en faux contre le document signé en Californie, ce testament qui a laissé David Hallyday et Laura Smet sans rien, offrant l’intégralité du patrimoine et des droits à Laeticia. Pour Périer, cette injustice flagrante n’est pas une décision mûrie du chanteur, mais le produit d’une influence, d’un contexte obscur et pesant. Johnny, dans ses derniers mois de vie, n’était tout simplement plus lui-même, confie-t-il avec émotion. Derrière ces mots planent une accusation implicite, celle d’une manipulation subtile orchestrée dans le silence des dernières nuits, quand la maladie prend le pas sur la volonté. En un instant, la figure du photographe, jusqu’ici restée dans une discrétion pudique, devient celle du témoin essentiel qui refuse le mensonge organisé. Il ne s’agit plus seulement de défendre des héritiers lésés dans leurs droits financiers, mais bel et bien de restaurer la mémoire d’un ami qu’il considère comme trahi par l’histoire officielle. Périer, avec sa voix pleine de gravité, choisit de rompre un vœu de silence qu’il avait gardé pendant des années, mû par la seule volonté de vérité. Ce geste n’est pas un scandale de plus, c’est un acte d’amour pur, une manière de dire au monde entier qu’il ne laissera pas qu’on trahisse Johnny, même après sa mort.

Pour saisir la force de la parole de Jean-Marie Périer, il faut d’abord comprendre qui est cet homme. Ce n’est pas un journaliste en quête de scoop ni un photographe mondain cherchant le sensationnel. C’est une légende vivante de la photographie française, un homme qui a traversé plus d’un demi-siècle de culture populaire, de la frénésie des années Yéyé jusqu’aux excès les plus fous du rock and roll. Né en 1940 à Neuilly-sur-Seine, il porte déjà en lui une histoire singulière et complexe de filiation. Fils biologique du chanteur Henri Salvador et de l’actrice Jacqueline Porel, il sera finalement élevé par l’acteur François Périer, qui lui donnera son nom et une éducation d’artiste. Ce tissage complexe de liens familiaux explique beaucoup de sa sensibilité actuelle. Périer connaît intimement le poids du nom, le vertige de la reconnaissance publique et surtout la blessure indélébile du rejet. À 16 ans, il fait ses premiers pas derrière un objectif, assistant Daniel Filipacchi pour Jazz Magazine puis Paris Match. En 1962, lorsque Salut les Copains révolutionne la jeunesse française, Périer devient l’œil officiel d’une génération entière. Il photographie les Beatles, les Rolling Stones, Françoise Hardy, Sylvie Vartan et bien sûr Johnny Hallyday. Ses clichés sont bien plus que de simples images ; ils capturent l’énergie brute d’une époque, l’insouciance d’une jeunesse qui découvre la liberté à travers la musique. En 1966, il orchestre la fameuse photo du siècle, réunissant toutes les stars de l’époque autour de Johnny, sourire éclatant et chemises ouvertes, symbole d’un âge d’or français. Mais ce qui distingue Périer, c’est son regard humain. Là où d’autres ne voient que la lumière et les paillettes, lui perçoit les silences, les doutes profonds et la solitude immense des artistes au sommet de leur gloire. Avec Johnny, il ne se contente pas d’un rôle de photographe attitré ; il devient un confident, un témoin privilégié des moments où le chanteur cesse d’être un mythe pour redevenir un homme simple. Il connaît ses gestes spontanés, ses colères noires, sa tendresse souvent maladroite. Cette proximité unique forge une parole rare, celle d’un ami qui parle non pour juger, mais pour protéger. Alors quand il affirme que Johnny n’aurait jamais renié ses enfants, ce n’est pas un propos lancé à la légère au détour d’une table. C’est le constat d’un homme qui a partagé le réel, vécu la scène et les coulisses les plus sombres. Ses mots valent autant qu’une preuve car ils émanent d’une fidélité ancienne, d’un regard qui n’a jamais trahi.

Entre Jean-Marie Périer et Johnny Hallyday, il n’y avait ni contrat formel ni faux semblants. Leur relation s’est tissée au fil du temps dans une confiance et une complicité totales, loin des projecteurs et de la fureur médiatique. Périer ne photographiait pas une idole, il capturait un ami. Dès les années 60, il entre dans l’intimité du couple mythique que formaient Johnny et Sylvie Vartan. Il assiste à leur mariage, devient témoin de leur union et les accompagne même en voyage de noces. Ce n’était pas un simple privilège professionnel, c’était une preuve d’amitié profonde. Avec Johnny, il ne photographiait pas seulement un chanteur, il photographiait un frère, comme il le dira plus tard. Pendant des décennies, Périer sera là, dans les studios d’enregistrement, sur les tournées épuisantes, à la maison. Il voit Johnny dans la gloire la plus totale et dans le doute le plus profond, dans les excès destructeurs et dans la tendresse la plus pure. Il capte un père jouant avec David enfant, un mari hésitant, un homme cherchant désespérément l’équilibre entre la fureur de la scène et la tranquillité de la vie privée. Ces images, dont beaucoup n’ont jamais été publiées, racontent un Johnny vulnérable, humain et infiniment touchant. Elles contrastent violemment avec le mythe fabriqué par la presse ou les attachés de communication de ces dernières années. Ce contraste, Périer le porte en lui comme une responsabilité pesante. Quand Johnny meurt en décembre 2017, Périer est totalement bouleversé. Il ne perd pas seulement un modèle photographique, mais un compagnon d’aventure de toute une vie. Le silence de la mort lui paraît d’abord sacré, et c’est pourquoi il garde le silence par pur respect. Mais à mesure que le tumulte médiatique grandit, que le nom de Johnny devient un objet de querelle juridique et d’affaires d’argent, quelque chose se brise en lui. On a transformé son deuil en spectacle, confie-t-il plus tard avec amertume. L’homme qui a photographié la liberté toute sa vie ne supporte pas de voir cette même liberté trahie. C’est alors qu’il décide de parler, non pour se défendre ou pour se mettre en avant, mais pour défendre ce qu’il croit être la vérité intrinsèque de Johnny, celle qu’il a vécue à ses côtés pendant un demi-siècle. Aucun avocat ni aucun gestionnaire de patrimoine ne pourra jamais le contredire sur ce point. Périer, fidèle à sa promesse d’artiste et d’ami, devient le gardien d’une mémoire menacée par l’oubli ou la manipulation mercantile. Ce lien indestructible entre les deux hommes dépasse la mort ; il est le fil conducteur de tout son témoignage.

Le 5 décembre 2017, la France pleure son rockeur. Quelques semaines plus tard, le chagrin national cède la place à une stupeur totale. Un testament rédigé en Californie révèle que toute la succession revient exclusivement à Laeticia Hallyday. Ni David ni Laura ne figurent sur le document. Cette découverte fait l’effet d’une bombe atomique. Les médias s’enflamment, les plateaux télé s’emparent du sujet, les avocats s’affrontent dans une guerre sans merci. Dans ce tumulte, Jean-Marie Périer reste d’abord silencieux. Il observe, il écoute, mais il ne reconnaît absolument pas l’homme qu’il a connu dans cette histoire d’exclusion brutale. Puis un jour, il parle enfin. Ces mots tombent comme une sentence irrévocable : jamais Johnny ne se serait dit qu’il allait déshériter ses gosses. Ce refus absolu de croire à la version officielle bouleverse le débat, car Périer n’est pas un inconnu ou un opportuniste. C’est un témoin direct des 50 dernières années de la vie du chanteur. S’il doute du testament, c’est qu’il y a à ses yeux quelque chose de fondamentalement faussé, de construit artificiellement. Il évoque une influence, une manipulation possible. Quelqu’un a tiré les ficelles, affirme-t-il. Derrière cette phrase, chacun comprend de qui il parle : Laeticia Hallyday, l’épouse dévouée mais de plus en plus controversée. Celle qui, selon Périer et d’autres proches, aurait méthodiquement isolé Johnny dans ses derniers mois, filtrant les appels, écartant les amis historiques, construisant autour de lui une bulle totalement impénétrable. Plusieurs proches du chanteur confirment d’ailleurs ce sentiment d’isolement forcé. Pascal Obispo parle de messages restés sans réponse, Sylvie Vartan d’une impossibilité physique d’approcher Johnny. Pour Périer, tout cela n’est pas le fruit du hasard, c’est le signe d’un isolement orchestré. Il ne s’agit pas pour lui d’accuser avec une violence gratuite, mais de constater un état de fait. Johnny, malade, affaibli par les traitements lourds, n’était plus dans la pleine maîtrise de ses décisions. Dans cet état, on aurait pu lui faire signer n’importe quoi, confie-t-il. Ce testament, Périer le voit comme le fruit d’une manœuvre triste et sinistre. Il perçoit la trahison ultime : celle d’un père séparé de ses enfants non par sa propre volonté, mais par calcul extérieur. Quand il parle de cette bataille d’héritage sinistre, il ne désigne pas seulement une querelle judiciaire, mais une blessure morale profonde. Ce combat défigure la mémoire de Johnny, réduisant un mythe national à une vulgaire affaire de papier timbré et de gros sous. En rompant le silence, Périer tente de redonner à cette histoire sa dimension humaine perdue. Non, Johnny n’était pas parfait, mais il aimait ses enfants, et cet amour, Périer refuse qu’on l’efface d’un simple coup de plume.

Depuis la disparition du rockeur, une nouvelle guerre a éclaté, plus subtile mais tout aussi violente : celle de sa mémoire. Pour Jean-Marie Périer, ce n’est pas seulement une question d’héritage matériel, mais de vérité artistique et morale. On veut faire de Johnny une marque, un produit marketing, un musée sans âme, déplore-t-il. Là où il voyait un homme libre, spontané et d’une générosité sans bornes, il découvre désormais une icône aseptisée, soigneusement contrôlée, vidée de toute sa fougue originelle. Les expositions, les statues monumentales, les ventes aux enchères d’objets personnels, tout cela lui paraît trahir profondément l’esprit même du chanteur. Johnny détestait les statues, il se moquait de celles qu’on lui proposait de son vivant, rappelle-t-il avec un sourire amer. Dans les années qui suivent la mort de l’artiste, Périer constate aussi son propre effacement progressif des circuits officiels. Lui qui possède des milliers de clichés intimes du chanteur, véritable trésor de mémoire collective, n’est jamais consulté pour les projets officiels pilotés par Laeticia. Ces images, pourtant authentiques et tendres, ne cadrent pas avec la version lissée que l’on veut vendre du mythe Hallyday. On lui préfère des photos plus spectaculaires, des mises en scène travaillées, comme si la vérité trop humaine dérangeait le business. Ce qu’ils montrent n’est pas Johnny, c’est son ombre dorée, murmure-t-il presque douloureusement. Dans cette bataille de l’image, Périer sent grandir en lui une responsabilité immense. Il ne s’agit plus de défendre son propre travail de photographe, mais de préserver l’âme d’un ami. Il refuse que la légende se fige définitivement dans une vitrine froide. Johnny, dit-il, n’était pas une relique, c’était une présence vibrante, un souffle de vie. Il riait, il doutait, il criait, il voulait que ses chansons vivent, pas qu’on les enferme derrière des verrous de droits et des interdictions constantes. En verrouillant tout, en monétisant chaque note et chaque souvenir, on trahit ce qu’il était réellement. Alors Périer parle encore, malgré les critiques acerbes, malgré son âge avancé. À 84 ans, puis 85, il n’a plus rien à perdre, mais il a tout à transmettre. Il sait que ses paroles dérangent, qu’elles bousculent une version officielle soigneusement entretenue par des agences de communication. Peu importe, son devoir est de dire, de rappeler inlassablement que la mémoire d’un artiste n’appartient à personne, pas même à ceux qui portent légalement son nom. Elle appartient à ceux qui l’ont aimé pour ce qu’il était vraiment, pas pour ce qu’il rapporte aujourd’hui sur un compte bancaire.

Aujourd’hui, Jean-Marie Périer vit loin du tumulte parisien, retiré dans une maison simple où il écrit, se souvient et contemple ce qu’il reste de ses amis d’autrefois. À plus de 80 ans, il n’a plus rien à prouver à personne, mais il a quelque chose d’essentiel à transmettre : sa vérité. Quand il répète avec une obstination tranquille que jamais Johnny n’aurait déshérité ses enfants, il ne cherche pas à raviver une querelle juridique déjà bien trop longue. Il cherche à rétablir une forme de justice du cœur. Derrière cette phrase, il y a l’écho d’une blessure intime très personnelle, celle d’un fils lui-même rejeté par son père biologique, Henri Salvador. Périer ne sait que trop bien ce que signifie être nié, être effacé d’une filiation. On ne se remet jamais d’un père qui vous renie, confiera-t-il un jour avec une émotion palpable. C’est cette douleur ancienne, vécue dans sa propre chair, qui donne à ses mots leur profondeur et leur crédibilité. En défendant David et Laura, Périer défend bien plus que deux héritiers ; il défend l’idée qu’un lien de sang, même imparfait, même tumultueux, ne peut jamais être effacé par des intérêts financiers ou des calculs de circonstance. Dans sa voix résonne une morale universelle : un père reste un père, un enfant reste un enfant, quelles que soient les fautes ou les absences. Cette conviction, forgée dans sa propre histoire familiale, donne à son témoignage une dimension presque philosophique. Les rumeurs sur les derniers mois de Johnny, son isolement croissant, son affaiblissement physique, ses proches tenus à distance respectable, tout cela nourrit la conviction inébranlable du photographe. Il ne détient peut-être pas de preuves juridiques irréfutables au sens de la loi californienne, mais il parle avec la légitimité absolue du vécu. Il incarne la mémoire vivante d’un homme qu’il a connu sans maquillage, au saut du lit ou dans la détresse des fins de nuits. Il n’accuse pas violemment, il constate avec tristesse. Et dans cette retenue, dans cette pudeur qui le caractérise, réside toute la force dévastatrice de sa parole. Périer sait que ses propos ne plairont pas à tout le monde, que certains l’accuseront d’amertume ou de nostalgie d’un temps révolu. Mais il s’en moque éperdument, car sa fidélité n’est pas envers les vivants ou les puissants, mais envers la vérité historique. En racontant son Johnny, il accomplit un dernier devoir : celui de ne pas laisser l’histoire se réécrire au profit de quelques-uns. Johnny, pour lui, n’était ni un héros sans tache ni une victime sans défense, mais un homme complexe, généreux et parfois influençable. C’est cet homme qu’il veut sauver du brouillard des manipulations posthumes. Ainsi, dans la lumière douce de ses souvenirs, Jean-Marie Périer continue de témoigner encore et encore, comme s’il écrivait une toute dernière photo, celle d’un ami resté fidèle à son serment au-delà du temps et de la mort. Sa parole est un acte de loyauté ultime, rappelant que l’amour d’un père est une trace indélébile que même les testaments les plus sophistiqués ne pourront jamais totalement effacer. C’est le combat final d’un homme de l’ombre pour la lumière de la vérité, un hommage vibrant à celui qui fut son frère d’armes dans la grande aventure du rock français. En refusant le silence, Périer redonne à Johnny sa dignité d’homme et de père, loin des polémiques financières et des mises en scène de papier glacé, pour que ne reste au final que la pureté d’un lien que personne n’aurait dû briser.