✍️ Le Scalpel de Le Pen contre l’Ignorance du Gouvernement

L’ambiance était faussement calme. Marine Le Pen n’a pas hurlé, elle a fait pire : elle a sorti les faits. Avec une précision chirurgicale, elle a exposé l’affaire “CumCum”, une combine fiscale permettant aux actionnaires d’échapper à l’impôt sur les dividendes. Le Parlement avait voté pour l’interdire, mais Bercy aurait discrètement “amoindri” la loi par un texte d’application contraire, faisant perdre 2 milliards d’euros aux Français.

La vérité qui éclate au grand jour est celle d’un dysfonctionnement démocratique majeur. Le détail explosif ? La réponse de François Bayrou (ou du représentant du gouvernement). Au lieu de défendre son administration, il a bafouillé, hésité, pour finalement lâcher l’impensable : “Je ne connaissais pas le texte que vous indiquez”. Un aveu d’ignorance stupéfiant sur un sujet aussi sensible. Ce témoignage d’amateurisme au sommet de l’État est le premier signe pour l’opposition que “ce ne sont pas les politiques qui décident, mais les lobbys”. Le piège s’est refermé : le gouvernement est K.O., pris en flagrant délit de déconnexion ou de laisser-faire.

Dans une ambiance studieuse qui règne ce jour-là à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen monte à la tribune avec une détermination calme. Pas de grands cris, pas de grands gestes théâtraux. Aujourd’hui, la présidente du groupe RN a sorti le scalpel. Elle tient dans ses mains un dossier, des chiffres précis, des noms. Personne dans l’hémicycle ne se doute encore qu’elle est en train de poser une véritable mine antichar en plein milieu du gouvernement.

Elle entame son intervention en rappelant le contexte du dernier budget, considéré comme adopté par le Parlement. Le texte comportait une mesure cruciale de lutte contre la fraude dite “CumCum”, un mécanisme complexe permettant aux actionnaires d’échapper à l’impôt sur les plus-values. “Cette mesure, également proposée dans le contre-budget du RN à l’automne, permet de récupérer 2 milliards d’euros, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas à négliger par les temps qui courent”, souligne-t-elle avec gravité.

C’est alors qu’elle abat ses cartes. Elle cite le rapporteur du budget au Sénat, Jean-François Husson, qui vient de révéler un scandale potentiel : Bercy, malgré les alertes écrites d’une partie de l’administration, aurait pris un texte d’application contraire à la loi votée, et ce, sous la pression du lobby bancaire. S’adressant directement au Premier ministre, elle dénonce deux problèmes démocratiques majeurs : le non-respect du vote du Parlement, incarnation de la souveraineté nationale, et l’atteinte au principe de la juste contribution de tous à l’impôt, garanti par la Déclaration des droits de l’homme de 1789.

“Dans notre État de droit, ce ne sont ni les lobbies, ni les hauts fonctionnaires qui votent la loi, mais le Parlement”, assène-t-elle. Elle rappelle avec fermeté que l’administration est chargée d’exécuter la loi, “pas de l’amoindrir, pas de la rendre inapplicable, pas de la conditionner”. Elle évoque même des témoignages recueillis lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie, renforçant son argumentation sur les dérives administratives. Pour elle, seul le politique, tirant sa légitimité du vote des Français, doit décider. “C’est l’intérêt général, le bien commun qui doit prévaloir et non les intérêts particuliers”, conclut-elle avant de poser une question fatidique : le ministre de l’Économie a-t-il pris une décision contraire à la volonté du Parlement ?

La bombe a explosé. C’est au tour de François Bayrou de répondre pour le gouvernement. On s’attend à une contre-attaque vigoureuse, à une défense solide. Mais on a plutôt droit à un festival d’hésitations. Le ministre semble chercher ses mots, bafouille, et finit par prononcer la phrase magique qui scelle son sort médiatique : “Je ne connaissais pas”.

Le piège s’est refermé. François Bayrou tente laborieusement d’expliquer le procédé “CumCum”, qu’il décrit comme consistant pour des détenteurs de titres à faire porter ces titres par la banque le temps du versement des dividendes pour ne pas payer l’impôt, avant de reverser le résultat aux propriétaires. Il admet que le projet de budget indiquait que ce procédé n’était pas acceptable. Il concède que le mécanisme est assimilable non pas à une fraude, car c’est techniquement légal, mais à une action “contre l’esprit de la loi”.

“J’ai tout à fait l’intention de regarder, je ne connaissais pas, je dois le dire, le texte que vous indiquez”, avoue-t-il finalement, promettant de vérifier avec le ministre de l’Économie la portée réelle et la dimension légale de l’affaire. Il tente de se raccrocher aux principes évoqués par Marine Le Pen, assurant qu’ils gouvernent l’action de l’équipe gouvernementale, notamment le respect de l’intérêt général et de la décision du Parlement. Mais le mal est fait, l’aveu d’ignorance sur un sujet à 2 milliards d’euros résonne lourdement.

La morale de l’histoire est cruelle pour la majorité : en politique, la meilleure attaque n’est pas toujours la plus bruyante. Parfois, c’est juste celle que personne n’a vu venir, celle qui, avec la précision d’un scalpel, révèle les failles d’un système pris au dépourvu. Une séquence qui restera comme une leçon de stratégie parlementaire où le calme a triomphé de l’improvisation.