✍️ “Bataille de Chiffonniers” : Le Réquisitoire Implacable

Dominique de Villepin n’est pas revenu pour faire de la figuration. Face au désastre annoncé des finances publiques, l’ex-Premier ministre a livré une analyse au vitriol. Pour lui, ce qui se joue à l’Assemblée nationale n’est pas un débat démocratique, mais une honteuse “bataille de chiffonniers” où chacun cherche le “scalp” de l’autre à coup de taxes, sans se soucier de l’intérêt général. La vérité qui éclate au grand jour est celle d’un pays sans pilote, où la politique se fait “à la corbeille” et “aux coups d’humeur”.

Le détail explosif ? Interrogé sur ses propos polémiques qualifiant un ministre (ou le Premier ministre) de “gentil toutou” d’Emmanuel Macron, Villepin n’a rien lâché. Il a balayé les accusations de mépris de classe rapportées par le Canard Enchaîné (“C’est mensonger !”) et a maintenu son avertissement : il faut couper la laisse. En qualifiant le résultat potentiel de “Budget Frankenstein” – un monstre recousu sans cohérence – il signe l’arrêt de mort de la crédibilité gouvernementale. Une leçon de hauteur de vue qui sonne comme une gifle pour l’exécutif actuel.

L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, figure emblématique de la diplomatie et de la politique française, vient de porter un regard d’une sévérité rare sur la situation budgétaire et politique actuelle de la France. Son constat est sans appel : le pays traverse une crise de gouvernance profonde, illustrée par les débats chaotiques à l’Assemblée nationale. Pour lui, la dissolution de l’Assemblée nationale n’a été qu’un catalyseur d’amertume, envenimant une situation déjà fragile au lieu de clarifier l’horizon politique. Ce qu’il observe aujourd’hui dans l’hémicycle ne ressemble en rien à une gestion responsable de l’État, mais plutôt à une bataille de chiffonniers où chaque camp cherche à marquer des points politiquement au détriment de l’intérêt national.

La situation économique de la France est jugée extrêmement grave par l’ancien secrétaire général de l’Élysée. Selon lui, les débats actuels sur les recettes budgétaires se résument à une surenchère de taxes plus visibles les unes que les autres, cherchant davantage à obtenir le “scalpe” politique de l’adversaire qu’à réduire réellement les déficits ou à améliorer le sort des Français. Cette dérive vers un régime des partis exacerbé semble avoir fait oublier deux impératifs essentiels à ses yeux : la justice sociale et l’efficacité économique. Pour rétablir une confiance durable au sein de la nation, il estime qu’il est indispensable que chacun contribue à la hauteur de ses moyens. Il ne voit aucun tabou à demander un effort supplémentaire aux plus riches ou aux entreprises réalisant des profits exceptionnels, à condition que cela s’inscrive dans un projet pluriannuel cohérent et transparent.

L’un des points de friction majeurs soulevés par Dominique de Villepin est le manque de clarté sur la réalité des chiffres. Il dénonce une navigation “au doigt mouillé” et déplore que la politique de la France semble se décider à la corbeille de l’Assemblée nationale, au gré des humeurs et des méconnaissances des uns et des autres. Pour pallier ce flou artistique, il préconise un véritable audit par fonction budgétaire, une tâche qui pourrait être confiée à la Cour des comptes aidée d’experts indépendants. Ce travail de vérité est, selon lui, le seul moyen de recoudre la confiance et de sortir de l’imprévisibilité qui effare les Français et inquiète les marchés internationaux. L’incapacité française à se prendre en main est décrite comme tragique, surtout sous le regard scrutateur de nos partenaires européens.

L’analyse de Villepin ne s’arrête pas aux chiffres ; elle s’attaque également à la structure du pouvoir. Il critique sévèrement ce qu’il appelle le “système de cour” qui dominerait la France, empêchant les responsables politiques de s’émanciper de la tutelle présidentielle. Ses propos sur le risque de devenir un “gentil toutou” de l’Élysée, bien que jugés rudes, reflètent son inquiétude face à une possible dilution de la responsabilité ministérielle. Bien qu’il affirme entretenir des relations cordiales avec les membres du gouvernement, il insiste sur la nécessité pour les dirigeants de dire la vérité et d’assumer leurs choix, loin des manœuvres de coulisses.

Le risque de voir émerger un “budget Frankenstein”, dépourvu de toute rationalité et de cohérence, est aujourd’hui une menace réelle. L’examen des dépenses qui va suivre la partie sur les recettes sera le véritable test pour le gouvernement. Villepin s’interroge sur la finalité de cet exercice : s’agira-t-il d’un simple agglomérat de mesures contradictoires destinées à satisfaire des intérêts partisans, ou d’un véritable outil au service de la nation ? Pour lui, la méthode actuelle, faite de petits pas et de négociations amendement par amendement, semble insuffisante face à l’ampleur des défis. Il craint que l’on se dirige vers des solutions de dernier recours, comme l’usage d’ordonnances ou d’une loi spéciale, qui seraient perçues comme une forme de brutalité politique alors même que l’exécutif semble avoir renoncé à certains outils constitutionnels comme le 49.3.

L’inquiétude est également palpable du côté du monde économique. Les entreprises, qui ont parfois le sentiment d’être les boucs émissaires de cette quête éperdue de recettes, pourraient se démobiliser. Cette imprévisibilité nuit gravement à l’investissement et à la stabilité nécessaire à toute reprise économique. Dominique de Villepin rappelle son propre travail effectué entre 2005 et 2007 pour réduire la dette et les déficits, soulignant par contraste le manque de sérieux et de vision à long terme de la période actuelle. Pour lui, l’effort demandé cette année devra être répété pendant au moins quatre ans, ce qui exige un consensus national et une transparence totale sur les aides accordées et les contributions réelles des catégories les plus aisées.

En fin de compte, le cri d’alarme de Dominique de Villepin est un appel au sursaut. Il regrette que les dirigeants des partis n’aient pas eu à cœur de fournir, de concert avec le gouvernement et le président, une copie budgétaire à la hauteur des enjeux historiques. La France semble à la croisée des chemins, hésitant entre un redressement courageux et un enlisement dans des querelles de clocher. La question reste ouverte : le pays saura-t-il retrouver le sens de l’intérêt général avant que les marchés ou la pression européenne ne l’y contraignent de manière plus douloureuse ? La réponse réside sans doute dans la capacité des acteurs politiques à sortir de ce “régime des partis” pour embrasser une véritable stratégie de redressement pluriannuel, empreinte de justice et de vérité.