ENTRETIEN. Mort d'Émile : après la saisie des vélos, où va l'enquête ? "La thèse de l'accident est toujours à l'étude" - ladepeche.fr

Le soleil qui surplombe le petit hameau du Haut Vernet semble aujourd’hui briller sur un théâtre de silence et d’incompréhension. Voilà désormais une semaine entière que le petit Émile, âgé de seulement deux ans et demi, s’est volatilisé, laissant derrière lui une famille dévastée et une nation suspendue aux moindres avancées de l’enquête. Ce samedi 8 juillet, ce qui devait être un paisible début de vacances chez les grands-parents a basculé dans l’horreur pure, transformant un village de montagne tranquille en une zone de recherche ultra-militarisée, désormais fermée au public pour préserver les chances de découvrir un indice, aussi infime soit-il.

Malgré un engagement humain et technique sans précédent, les recherches menées sur le terrain par les gendarmes, les volontaires et les unités cynophiles sont restées infructueuses. Le constat est d’autant plus glaçant que le secteur a été passé au peigne fin. Des battues citoyennes aux ratissages minutieux effectués par des militaires spécialisés, chaque buisson, chaque recoin de ce terrain escarpé a été inspecté. L’utilisation de chiens Saint-Hubert, réputés pour leur flair infaillible, n’a pas permis de remonter la trace de l’enfant au-delà de quelques mètres. Cette absence de résultats concrets commence à semer un doute profond chez les enquêteurs : si Émile s’était simplement égaré, l’ampleur des moyens déployés aurait dû permettre de le localiser rapidement.

Dans ce contexte de plus en plus pesant, les autorités se voient obligées d’explorer toutes les pistes, sans aucune exception. Le premier scénario, celui de l’égarement accidentel, reste officiellement sur la table, bien que sa probabilité s’amenuise d’heure en heure. On sait qu’un enfant de cet âge peut parcourir une distance surprenante, mais le relief du Haut Vernet est tel qu’une chute ou un accident de terrain semble malheureusement possible. Pourtant, le fait de ne rien retrouver, pas même un vêtement ou une chaussure, oriente les réflexions vers des théories plus sombres.

L’idée d’un accident suivi d’une dissimulation du corps est l’une des hypothèses les plus redoutées. Dans ce schéma, une personne aurait pu percuter l’enfant, par exemple avec un véhicule, et, prise de panique, aurait choisi de faire disparaître les preuves plutôt que d’alerter les secours. Cette thèse explique pourquoi les véhicules du village ont été passés au luminol. Si des traces de sang ont été détectées sur l’un d’entre eux cette semaine, les analyses ont rapidement révélé qu’il s’agissait de sang animal, refermant ainsi, pour un temps, cette porte douloureuse.

Parallèlement, la piste animale, un temps évoquée en raison de la présence de loups ou de gros chiens de protection dans la région, semble perdre du terrain. Les experts estiment que si un tel drame s’était produit, des traces biologiques évidentes auraient été laissées sur le sol ou dans la végétation environnante. Or, le calme plat des prélèvements effectués sur les 97 hectares ratissés ne corrobore pas cette thèse de l’attaque sauvage.

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Dès lors, l’ombre de l’acte criminel grandit. La section de recherche de Marseille, qui a repris le dossier en main, travaille avec un sang-froid indispensable pour ne pas se laisser submerger par l’émotion collective. L’enlèvement par un prédateur sexuel de passage ou par une personne nourrissant une rancœur envers la famille est une éventualité sérieuse. Le Haut Vernet, bien que reculé, n’est pas une île déserte. Les enquêteurs décortiquent actuellement les listes de délinquants sexuels et les passages de véhicules étrangers au village grâce à l’exploitation de la téléphonie mobile. Ce travail de fourmi consiste à isoler chaque signal émis par un téléphone portable dans la zone au moment de la disparition et à identifier son propriétaire.

Un autre aspect de l’enquête, resté longtemps discret, concerne l’environnement proche de l’enfant. On a appris récemment que la maison des grands-parents n’était pas le havre de paix solitaire que l’on imaginait initialement. Le jour de la disparition, de nombreuses personnes étaient présentes dans la propriété. Les grands-parents d’Émile sont de jeunes grands-parents ayant eux-mêmes une famille nombreuse, avec environ dix enfants dont certains sont encore adolescents ou jeunes adultes. Des oncles, des tantes, et peut-être des cousins ou des conjoints étaient réunis pour les vacances. Si les parents d’Émile étaient absents au moment des faits, le huis clos familial fait l’objet d’auditions systématiques. Il ne s’agit pas de présumer d’une culpabilité, mais de fermer des portes en vérifiant la cohérence de chaque récit. Les enquêteurs cherchent la moindre faille, la moindre contradiction qui pourrait éclairer ce qui s’est réellement passé entre le moment où Émile a été vu pour la dernière fois et celui où l’alerte a été donnée.

La question de l’Alerte Enlèvement a également fait couler beaucoup d’encre. Pourquoi ce dispositif n’a-t-il pas été activé ? La réponse est d’ordre juridique et technique : pour déclencher cette alerte, les autorités doivent avoir la certitude qu’un enlèvement a eu lieu. Dans le cas d’Émile, il s’agit pour l’heure d’une disparition inquiétante, sans témoin direct d’un rapt. De plus, bien que la vie de l’enfant soit manifestement en danger, le manque d’éléments matériels prouvant l’intervention d’un tiers bloque l’usage de cet outil médiatique puissant. Le procureur a également fait le choix, pour l’instant, de ne pas ouvrir d’information judiciaire, préférant rester dans le cadre d’une enquête préliminaire. Ce choix technique, bien que limitant certains outils de coercition comme les mises sur écoute immédiates, permet une plus grande souplesse dans les premières phases de collecte d’informations.

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L’attente est désormais le fardeau quotidien de la famille et des habitants du Vernet. Plus de 1500 témoignages ont été recueillis suite à l’appel à témoins. Chacun d’entre eux doit être vérifié, recoupé, analysé. Une trentaine de maisons ont été fouillées de la cave au grenier, des camping-cars ont été inspectés, et l’espoir de trouver un indice déterminant, peut-être déjà en possession des enquêteurs sans qu’ils le sachent encore, reste le moteur de cette machine judiciaire.

En marge de ce drame humain, une autre forme de malveillance est apparue sur le web : les fausses cagnottes. Le procureur de Digne-les-Bains a dû monter au créneau pour alerter le public contre des escrocs tentant de monnayer l’émotion suscitée par la disparition d’Émile. Cette sinistre réalité rappelle que même dans les moments les plus tragiques, la vigilance doit rester de mise face à l’opportunisme criminel.

Le chemin vers la vérité sera long, comme l’ont prévenu les autorités. Si les recherches physiques de grande ampleur ont cessé, l’enquête entre dans une phase plus cérébrale et technique. Il s’agit maintenant de faire parler les données, de confronter les témoignages et de ne laisser aucune zone d’ombre dans le passé ou le présent des personnes ayant approché l’enfant ce jour-là. Le Haut Vernet restera sous cloche le temps qu’il faudra pour que la justice puisse travailler sereinement, loin du tumulte des curieux et de la pression des réseaux sociaux. Pour Émile, pour ses parents, et pour l’honneur d’une justice qui se doit d’être infaillible, le combat pour la vérité ne fait que commencer. Chaque minute qui passe sans réponse est une souffrance supplémentaire, mais c’est dans la rigueur de l’enquête que réside la seule chance de dénouer les fils de ce mystère qui semble, pour l’heure, défier toute logique.