C’est une image que l’on n’attendait pas, ou peut-être que l’on n’attendait plus, en cette fin d’année 2025 où la morosité ambiante semblait avoir anesthésié jusqu’à la capacité d’indignation des Français. Et pourtant, la nouvelle est tombée comme un couperet, brisant la trêve des confiseurs avant même qu’elle n’ait pu commencer : des perquisitions ont eu lieu, ciblant directement Rachida Dati. L’ironie de la situation est mordante, presque cruelle pour un exécutif qui s’évertue à maintenir une façade de sérénité au milieu des tempêtes successives. “On termine 2025 en beauté !”, s’exclament certains observateurs avec un cynisme qui n’est que le reflet de l’usure démocratique du pays. Car oui, il y a quelque chose de symboliquement très fort dans cette accélération du temps judiciaire alors que les sapins clignotent et que le champagne est mis au frais. C’est le rappel brutal que la réalité rattrape toujours ceux qui pensent pouvoir courir plus vite qu’elle, et que les ors de la République, aussi épais soient-ils, ne sont pas des remparts infranchissables.

L’événement est considérable, non seulement par la personnalité de la ministre, figure de proue d’une droite ralliée à la macronie, mais aussi par le timing. Finir l’année 2025 sur une perquisition, c’est offrir à l’opinion publique le spectacle d’un crépuscule, celui d’un système qui semble se déliter de l’intérieur. Rachida Dati n’est pas n’importe qui. Elle est ce visage médiatique, cette voix qui porte, cette alliance audacieuse et contestée entre le sarkozysme et le macronisme. Voir la justice franchir le seuil de ses bureaux ou de ses résidences, c’est voir s’effriter un peu plus le mythe de l’intouchabilité des puissants. On nous avait promis la République exemplaire, on nous avait vendu le nouveau monde, propre, transparent, efficace. Et nous voilà, quelques jours avant 2026, ramenés aux vieilles habitudes, aux dossiers qui s’empilent, aux soupçons qui enflent et aux juges qui cherchent des réponses. C’est une fin d’année “en beauté” au sens ironique du terme, une beauté tragique pour la politique, mais peut-être une beauté salutaire pour la vérité.

Il règne désormais une atmosphère de fin de règne, une lourdeur que l’on peut presque toucher du doigt. Cette perquisition n’est pas un fait divers isolé, elle s’inscrit dans une longue litanie d’affaires, de mises en cause et de polémiques qui ont émaillé ces dernières années. Mais celle-ci a une saveur particulière. Elle touche au cœur du dispositif politique actuel. Rachida Dati, c’était le pari de l’ouverture, le pari de la culture populaire, le pari de l’énergie débordante. Que reste-t-il de tout cela quand les enquêteurs saisissent des documents et fouillent des ordinateurs ? Il reste le sentiment amer d’un gâchis et la confirmation pour beaucoup de Français que “tous pourris” n’est pas qu’un slogan de comptoir, mais une grille de lecture qui, hélas, se vérifie trop souvent. La présomption d’innocence doit évidemment primer, c’est le b.a.-ba de l’État de droit, et il ne s’agit pas ici de condamner avant les juges. Mais le symbole politique, lui, est dévastateur. En politique, la perception est la réalité, et la perception, en cette fin 2025, est celle d’un navire qui prend l’eau de toutes parts.

Cette action de la justice résonne comme un coup de tonnerre dans un ciel déjà bien chargé. Elle vient percuter de plein fouet la communication gouvernementale qui tentait, tant bien que mal, de vendre un bilan positif de l’année écoulée. Comment parler de réussite, de réformes, d’avenir, quand l’actualité immédiate est faite de gyrophares et de scellés ? C’est tout le narratif officiel qui s’effondre. Le “en même temps” devient un “en même temps que les perquisitions”, et cela change tout. Les éléments de langage habituels, rodés par des communicants hors de prix, ne fonctionnent plus face à la brutalité des faits. On ne peut pas “pédagogiser” une perquisition. On ne peut pas expliquer aux Français qu’ils n’ont pas bien compris la subtilité de la procédure. Il y a là une matérialité de l’action judiciaire qui ne souffre aucune pirouette sémantique. C’est du concret, du dur, du réel. Et c’est précisément ce réel que le pouvoir semble avoir tant de mal à affronter.

Au-delà du cas personnel de Rachida Dati, c’est la question de la responsabilité politique qui est posée sur la table en guise de plat de résistance pour ce réveillon. Combien de fois a-t-on vu des ministres s’accrocher à leur poste malgré les tempêtes ? Combien de fois la démission, qui devrait être un réflexe d’honneur pour protéger l’institution, a-t-elle été balayée d’un revers de main ? Cette perquisition sonne peut-être le glas de cette impunité de fait. Elle rappelle que nul n’est au-dessus des lois, pas même ceux qui les votent ou les font appliquer. C’est un message envoyé à toute la classe politique : l’année 2026 ne sera pas celle de l’oubli. Les dossiers ne dorment pas, la justice avance, à son rythme, certes, parfois lent, mais elle avance inexorablement. Et quand elle frappe à la porte en plein mois de décembre, elle ne demande pas si c’est le bon moment, elle fait son travail. C’est peut-être cela, la véritable “beauté” de cette fin d’année : le retour inopiné de la justice au premier plan.

La réaction de l’opinion publique est d’ailleurs éloquente. On ne sent pas de surprise majeure, mais plutôt une forme de lassitude mêlée de satisfaction. “Enfin”, disent certains. “Encore”, soupirent les autres. Mais personne n’est véritablement étonné. C’est là le drame de notre époque : le scandale est devenu la norme, l’exceptionnel est devenu le quotidien. Que Rachida Dati soit perquisitionnée ne provoque pas de séisme moral, car le sol moral s’est déjà dérobé sous nos pieds depuis longtemps. Ce qui reste, c’est le spectacle. Un spectacle un peu triste, un peu glauque, où les acteurs principaux semblent jouer une pièce dont ils ne maîtrisent plus le scénario. On regarde cela avec un mélange de fascination et de dégoût, comme on regarde un accident au ralenti. On se demande qui sera le prochain, quelle sera la prochaine étape, jusqu’où ira la décomposition du paysage politique tel que nous le connaissons.

Il faut aussi analyser ce que cela dit des tensions internes au sein de l’appareil d’État. Une perquisition chez un ministre en exercice, ce n’est jamais anodin. Cela suppose des validations, une chaîne de commandement judiciaire qui ose, qui ne tremble pas. Cela signifie que les digues qui protégeaient autrefois le pouvoir politique ont sauté, ou du moins qu’elles sont devenues perméables. Est-ce le signe d’une justice qui s’émancipe totalement ? Ou est-ce le signe de règlements de comptes, de guerres intestines où la justice est instrumentalisée ? Les deux lectures sont possibles et circulent déjà dans les cercles initiés. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : l’image du pouvoir est abîmée, cornée, salie. Et en cette fin 2025, alors que le pays traverse des crises multiples, économiques, sociales, identitaires, il n’avait vraiment pas besoin de cela. Ou peut-être, au contraire, avait-il besoin de cela pour crever l’abcès, pour mettre les choses à plat avant d’entamer une nouvelle année.

La “beauté” de cette fin d’année réside donc dans sa clarté brutale. Les masques tombent. Les postures ne tiennent plus. On se retrouve face à la nudité des faits. Rachida Dati, avec son style, son panache, ses punchlines, n’échappe pas à la règle commune. Elle doit rendre des comptes, ou du moins laisser la justice vérifier si elle doit en rendre. C’est un retour sur terre violent pour celle qui a souvent semblé voler au-dessus des mêlées partisanes, imposant son rythme et ses choix. Aujourd’hui, le rythme est dicté par le procureur, par le juge d’instruction, par le policier qui saisit une pièce à conviction. C’est une leçon d’humilité forcée, une leçon que l’on aimerait voir tirée par l’ensemble de la classe dirigeante. Car l’arrogance a trop souvent servi de bouclier. “Je assume”, disaient-ils tous. Mais assumer, ce n’est pas seulement le dire devant les caméras, c’est accepter que la justice passe, fouille, et tranche.

On imagine l’ambiance dans les couloirs des ministères, les téléphones qui chauffent, les conseillers qui s’arrachent les cheveux pour trouver la parade médiatique. Mais quelle parade ? Que dire face à une perquisition ? “Laissez la justice faire son travail” ? C’est la phrase toute faite, le joker que l’on sort quand on n’a plus rien d’autre. Sauf que les Français n’écoutent plus ces phrases. Ils regardent les images. Ils voient les policiers entrer. Ils retiennent l’essentiel : il y a un problème. Un gros problème. Et ce problème porte un nom, un visage, et une fonction officielle. C’est un boulet de plus au pied d’un gouvernement qui marche déjà difficilement. On termine 2025 avec un sentiment de gâchis immense, mais aussi avec l’espoir ténu que peut-être, quelque chose est en train de changer dans le rapport de force entre les puissants et la loi.

Il est intéressant de noter le silence, ou l’embarras, de ceux qui, hier encore, louaient le “coup politique” qu’avait représenté la nomination de Rachida Dati. Le coup politique s’est transformé en coût judiciaire. L’audace est devenue un risque, et le risque s’est matérialisé. C’est toute la stratégie du débauchage, de la triangulation politique, qui montre ici ses limites. On peut additionner des noms, faire des castings de rêve sur le papier, mais on ne peut pas effacer les passifs, on ne peut pas gommer les zones d’ombre. La politique n’est pas une série Netflix, même si elle en emprunte parfois les codes. Il y a des réalités juridiques qui sont têtues. Et quand ces réalités surgissent à l’aube d’une nouvelle année électorale ou pré-électorale, elles peuvent tout balayer sur leur passage.

Cette perquisition est aussi un test pour la solidarité gouvernementale. Jusqu’où le Président soutiendra-t-il sa ministre ? La jurisprudence a varié au fil du temps. Tantôt on exfiltre, tantôt on soutient “mordicus” jusqu’à ce que la pression devienne insoutenable. Dans le cas présent, l’onde de choc est telle que la solidarité risque de se fissurer rapidement. Personne n’a envie de couler avec le navire, surtout quand on pense déjà à l’après, à 2027. Les ambitions personnelles vont se réveiller, les langues vont se délier en “off”, et Rachida Dati risque de se retrouver bien seule face à ses juges. C’est la loi cruelle de la politique : on vous adule quand vous servez, on vous jette quand vous devenez un poids. Et en cette fin 2025, le poids est devenu très lourd.

Finalement, ce “on termine 2025 en beauté” est un cri du cœur, un sarcasme national qui résume l’état d’esprit du pays. On rit pour ne pas pleurer. On ironise pour ne pas désespérer. On regarde ce spectacle pyrotechnique judiciaire comme le feu d’artifice final d’une année éprouvante. C’est un bouquet final dont on se serait passé, mais qui a le mérite de la franchise. Il nous dit où nous en sommes : dans une démocratie malade, où la confiance est rompue, où la suspicion est reine, mais où, malgré tout, des garde-fous existent encore. La justice fonctionne. Elle perquisitionne. Elle cherche. C’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette histoire. La République respire encore, même si sa respiration est sifflante et encombrée.

Alors, que nous réserve 2026 ? Si 2025 se termine ainsi, l’année prochaine promet d’être agitée. L’affaire Dati ne fait sans doute que commencer. Les révélations suivront, les interrogatoires, peut-être les mises en examen. Ce feuilleton nous accompagnera, rythmera la vie politique, polluera les débats de fond. C’est regrettable, mais c’est inévitable. La justice a son temps, qui n’est pas le temps médiatique, mais elle finit toujours par imposer son agenda. Pour l’heure, l’image qui restera de ce mois de décembre 2025 n’est pas celle des illuminations des Champs-Élysées, mais celle des policiers entrant au ministère ou au domicile d’une ministre d’État. C’est une image forte, une image choc, une image qui marquera les esprits bien plus durablement que n’importe quel vœu présidentiel télévisé.

En conclusion de cette année mouvementée, cette perquisition apparaît comme le point d’orgue d’une symphonie dissonante. Elle met en lumière les failles d’un système, les fragilités d’une gouvernance et la persistance des vieilles pratiques ou des vieux soupçons. “En beauté”, disait-on ? Oui, une beauté convulsive, une beauté de crise, celle qui précède les grands changements ou les grandes chutes. Reste à savoir si cet événement agira comme un électrochoc nécessaire pour assainir la vie publique ou s’il ne sera qu’une péripétie de plus dans le grand livre des scandales de la Ve République. L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre : le réveillon aura un goût amer pour certains, et un goût de revanche pour d’autres. 2025 s’achève dans le bruit et la fureur, laissant augurer une année 2026 où tout, absolument tout, sera possible. Même le pire, même le meilleur. Mais pour l’instant, c’est la justice qui mène la danse, et c’est très bien ainsi.