Pendant près de quarante ans, elle a été réduite à une simple note de bas de page dans la biographie tentaculaire du plus grand rockeur français. Babeth Étienne, de son vrai nom Élisabeth Étienne, est cette femme que le destin et peut-être une certaine volonté de réécrire l’histoire ont tenté de gommer de la mémoire collective. Mariée à Johnny Hallyday en décembre 1981 à Las Vegas, elle n’a officiellement partagé sa vie que pendant quelques mois, mais la trace de cet amour est indélébile. Aujourd’hui, avec une pudeur qui force l’admiration et une émotion qui semble n’avoir jamais vieilli, Babeth revient sur la fin brutale de son histoire avec l’idole des jeunes. Ce n’est pas le récit d’une vengeance, mais celui d’une réhabilitation nécessaire, celle d’une femme qui a aimé un homme au-delà du mythe et qui a été sacrifiée sur l’autel d’une nouvelle passion médiatique.

Leur rencontre au début des années 80 avait pourtant tout d’une évidence. Babeth est alors une jeune mannequin et actrice en pleine ascension, une beauté solaire qui ne cherche pas la lumière des projecteurs pour exister. Johnny, lui, sort de sa relation tumultueuse avec Sylvie Vartan, il est un homme blessé, en quête de renouveau et d’apaisement. Entre eux, le coup de foudre est immédiat. Ils vivent une passion dévorante, loin du tumulte parisien, et décident de sceller leur union dans la ville de tous les possibles, Las Vegas. Pour Babeth, ce n’est pas un coup de tête, c’est l’aboutissement d’un amour sincère. Elle décrit un Johnny tendre, attentionné, presque fragile, loin de l’image du Taulier cuirassé que le public connaît. Pendant ces quelques mois, ils forment un couple fusionnel, partageant un quotidien simple malgré la stature de la star. Mais cette bulle de bonheur va éclater avec une violence que Babeth n’aurait jamais pu anticiper.

Le tournant de leur histoire se joue en 1982. Johnny doit participer à une émission de télévision, un projet qui va bouleverser sa vie et celle de Babeth. C’est sur ce plateau qu’il rencontre Nathalie Baye. Ce fut ce qu’on appelle un coup de foudre artistique et personnel, une onde de choc qui a tout balayé sur son passage. Pour Babeth, le cauchemar commence sans qu’elle ne s’en rende compte immédiatement. Johnny part travailler, comme il le fait souvent, et il ne revient jamais. Pas d’explications, pas de dispute de rupture, pas de face-à-face déchirant. Babeth se retrouve seule dans leur appartement, attendant un mari qui a déjà commencé une autre vie ailleurs. La brutalité de cet abandon est presque inimaginable. Elle apprend la fin de son mariage par la presse, découvrant dans les journaux les photos de Johnny aux bras de Nathalie Baye. Le choc est total, une déflagration qui la laisse sans voix et sans recours.

Ce qui est le plus douloureux dans le récit de Babeth, c’est cette sensation d’effacement. Du jour au lendemain, elle n’existe plus. Dans l’entourage de Johnny, le mot d’ordre semble être l’oubli. On construit la légende de Johnny et Nathalie, le couple “intellectuel” et “chic” qui va redonner une nouvelle stature au chanteur. Dans ce nouveau récit, Babeth devient l’interlude sans importance, l’erreur de parcours, la mariée de Las Vegas que l’on mentionne à peine. Cette exclusion systématique de la chronologie officielle a été pour elle une seconde blessure, peut-être plus profonde encore que la rupture elle-même. Pendant des décennies, elle a gardé le silence, observant de loin les hommages, les documentaires et les livres où son nom n’apparaissait jamais, ou seulement pour souligner la brièveté de leur union. Elle a porté seule le poids d’un deuil que personne ne voulait reconnaître.

Pourtant, malgré la trahison, malgré l’humiliation publique et l’amnésie collective, Babeth Étienne ne nourrit aucune amertume. Dans ses interventions récentes, elle parle de Johnny avec une tendresse qui bouleverse. Elle se souvient de l’homme, de ses rires, de ses doutes, et non de la star qui l’a abandonnée. Elle explique que si elle a choisi de sortir du silence aujourd’hui, notamment à travers son livre “Je m’appelle Babeth”, ce n’est pas pour réclamer quoi que ce soit, mais pour que son fils et ses proches sachent qu’elle a bel et bien fait partie de cette vie, qu’elle a été aimée et qu’elle a aimé en retour. Sa démarche est celle d’une quête de vérité historique, une manière de dire que l’amour ne se mesure pas à sa durée, mais à son intensité.

La fin de leur histoire reste marquée par ce sentiment d’inachevé. Babeth raconte qu’elle n’a jamais pu avoir cette conversation finale qui permet de clore un chapitre. Johnny a choisi la fuite, une caractéristique de sa personnalité que beaucoup de ses proches ont soulignée au fil des ans. Il ne savait pas dire non, il ne savait pas rompre, alors il disparaissait. Pour Babeth, cette absence de clôture a rendu la cicatrisation extrêmement lente. Elle a dû se reconstruire dans l’ombre d’un géant, tout en subissant le regard parfois cruel d’un milieu qui l’avait déjà remplacée. Mais au-delà de la tristesse, il reste la fierté d’avoir vécu un moment de grâce absolue avec un homme hors du commun. Babeth Étienne n’est plus l’épouse oubliée, elle est aujourd’hui une femme debout, qui a su transformer son silence en une force tranquille. En revenant sur la fin de son histoire, elle n’éclaire pas seulement sa propre vie, elle apporte une touche d’humanité et de vulnérabilité supplémentaire au portrait de Johnny Hallyday, rappelant que derrière chaque légende, il y a des cœurs qui battent et parfois, des cœurs qui se brisent dans l’indifférence générale. Sa vérité est désormais inscrite, et personne ne pourra plus jamais prétendre qu’elle n’a pas existé.

Serait-il possible de vous aider davantage sur ce sujet ou sur un autre aspect de l’histoire de la chanson française ?