EN IMAGES – Le procès en appel opposant l’actrice Adèle Haenel au réalisateur Christophe Ruggia a commencé ce vendredi 19 décembre avant d’être reporté au 23 janvier prochain. Au cours de l’audience, le cinéaste n’a pas changé de défense, niant à nouveau chacune des accusations.

Le Palais de Justice de Paris est aujourd’hui le théâtre d’une confrontation que le monde du cinéma français redoutait autant qu’il l’attendait. Dans une salle d’audience comble, où le silence n’est rompu que par le bruit des stylos sur le papier, Adèle Haenel et Christophe Ruggia se sont retrouvés face à face. Plus de vingt ans après les faits dénoncés, l’actrice et le réalisateur se livrent une bataille judiciaire qui dépasse le cadre d’un simple procès pour devenir le symbole de la lutte contre les violences sexuelles dans le septième art.

Adèle Haenel, vêtue de noir, le regard droit et la voix ferme, est venue réitérer ses accusations d’attouchements sexuels et de harcèlement permanent qui auraient eu lieu alors qu’elle n’avait que 12 ans, lors du tournage et de la promotion du film Les Diables. Pour l’actrice, ce procès est l’aboutissement d’un long cheminement entamé par son témoignage fracassant dans les colonnes de Mediapart en 2019, un geste qui avait alors agi comme un détonateur pour le mouvement #MeToo en France.

De l’autre côté de la barre, Christophe Ruggia apparaît déterminé. Fidèle à sa ligne de défense depuis le début de l’instruction, le réalisateur nie tout avec une vigueur qui confine au mépris. « Ça n’est jamais arrivé », a-t-il répété à plusieurs reprises, d’un ton monocorde et assuré. Pour lui, les souvenirs d’Adèle Haenel sont des “reconstructions a posteriori” ou des “interprétations erronées” d’une relation qu’il qualifie de purement professionnelle et mentorale. Ce déni total a créé une atmosphère glaciale dans la salle, chaque mot de l’accusé résonnant comme une nouvelle blessure pour la plaignante.

L’enjeu de ce procès est immense. Il s’agit de juger des faits qui, pour beaucoup, étaient couverts par une forme d’omerta institutionnelle. Les débats ont mis en lumière la vulnérabilité d’une enfant de 12 ans face à un homme de pouvoir de 36 ans, dans un milieu où la frontière entre la direction d’acteur et l’emprise personnelle est parfois tragiquement poreuse. Adèle Haenel a décrit avec une précision chirurgicale des scènes de “baisers dans le cou”, de “mains sous les vêtements” et d’une “présence étouffante” au domicile du réalisateur.

Face à ces récits poignants, la défense de Christophe Ruggia tente de discréditer la parole de l’actrice en pointant des imprécisions chronologiques ou l’absence de témoins directs de certaines scènes. C’est le grand classique des procès pour violences sexuelles sur mineurs : la parole contre la parole, la mémoire contre le déni. Cependant, le dossier s’appuie également sur des témoignages de membres de l’équipe technique de l’époque qui décrivent une relation “étrange” et “exclusive” entre le cinéaste et sa jeune actrice, renforçant l’idée d’un climat malsain.

Adèle Haenel, qui a depuis annoncé son retrait du cinéma pour se consacrer au théâtre et au militantisme, a tenu à rappeler que son combat n’est pas personnel. Elle porte en elle la voix de toutes celles qui n’ont pas pu parler. “Je ne suis pas là pour me venger, je suis là pour que la justice dise que c’était mal”, a-t-elle déclaré avec une dignité qui a marqué les esprits. Sa détermination face au réalisateur, qui évitait soigneusement son regard, a illustré le renversement de pouvoir qui s’opère aujourd’hui.

Le délibéré de ce procès sera scruté de très près. Une condamnation de Christophe Ruggia marquerait une victoire historique pour les victimes de violences sexuelles dans le cinéma, prouvant que l’impunité, même des décennies plus tard, peut prendre fin. À l’inverse, une relaxe serait vécue comme un signal dévastateur. Le tribunal doit maintenant trancher entre le récit détaillé et courageux d’une femme qui a tout sacrifié pour sa vérité, et le déni obstiné d’un homme qui refuse de regarder son passé en face.

Alors que les plaidoiries se poursuivent, l’émotion reste à son comble. Ce face-à-face entre Adèle Haenel et Christophe Ruggia restera comme l’un des moments les plus sombres et les plus nécessaires de l’histoire judiciaire française récente. La vérité, si elle existe, se trouve quelque part entre ces deux chaises, dans les silences d’une enfance volée et le fracas d’une justice qui tente de réparer l’irréparable.

Souhaitez-vous que je vous résume les témoignages clés des membres de l’équipe technique entendus lors du procès ? Voudriez-vous connaître les réquisitions exactes du procureur de la République dans cette affaire ?