⚡ “Pour vous, Hitler n’était pas un monstre ?” L’argumentation de Gilles Verdez a volé en éclats face à la douleur de Patrick Jardin. Alors que le chroniqueur tentait de défendre une vision “humaniste” refusant de déshumaniser les tueurs, le père de Nathalie, assassinée le 13 novembre, l’a poussé dans ses derniers retranchements moraux. Le débat a ensuite glissé vers une zone de turbulences extrêmes évoquant Christchurch et l’Islam, obligeant Cyril Hanouna à intervenir fermement. Une séquence choc qui divise la France : jusqu’où peut-on comprendre l’incompréhensible ? Regardez. 👇

Il est des silences qui pèsent plus lourd que les cris, et des regards qui transpercent les écrans de télévision pour venir se loger directement dans la conscience du spectateur. Ce soir-là, sur le plateau de “Touche Pas à Mon Poste”, l’ambiance n’était pas à la gaudriole habituelle. L’air était chargé d’électricité statique, cette tension palpable qui précède les orages violents. Au centre de l’arène, un homme, Patrick Jardin, le visage marqué par une décennie de souffrance, et face à lui, Gilles Verdez, le chroniqueur habitué aux joutes verbales, soudainement réduit à la taille d’un élève pris en faute. Le sujet du débat dépassait la simple politique pour toucher à l’essence même de notre humanité : qu’est-ce qu’un monstre ? Et surtout, a-t-on le droit de reconnaître une part d’humanité à ceux qui ont semé la mort et la désolation un soir de novembre 2015 ?
L’origine du conflit : Une blessure rouverte
Tout est parti d’une déclaration de Gilles Verdez. Fidèle à une ligne de pensée que l’on pourrait qualifier d’humaniste radicale ou de légaliste obstinée, le chroniqueur avait affirmé quelques jours plus tôt que les terroristes, aussi abjects soient leurs actes, demeuraient des êtres humains et ne devaient pas être qualifiés de “monstres”. Pour Patrick Jardin, dont la fille Nathalie a été fauchée par les balles des djihadistes au Bataclan, ces mots n’étaient pas une opinion philosophique. C’était une insulte. C’était, comme il l’a dit avec une voix tremblante de rage contenue, “tuer sa fille une deuxième fois”.
Dès son entrée sur le plateau, Patrick Jardin a imposé une gravité solennelle. Il n’était pas là pour faire le buzz, mais pour porter la voix des morts, pour défendre la mémoire de sa fille contre ce qu’il percevait comme une banalisation du mal. Il a immédiatement confronté Verdez avec une arme redoutable : la sémantique. Citant la définition du dictionnaire, il a rappelé qu’un monstre est un être qui inspire la peur par son aspect ou ses actes. “Si vous n’avez pas peur de mourir avec une kalachnikov, vous êtes un surhomme”, a-t-il lancé, soulignant l’absurdité de vouloir maintenir dans le giron de l’humanité des individus qui s’en sont exclus par la barbarie absolue.
Le piège rhétorique : Hitler, les SS et l’impossible défense de Verdez

La confrontation a rapidement pris une tournure d’interrogatoire moral. Patrick Jardin, avec la précision chirurgicale de celui qui a retourné ces questions mille fois dans sa tête durant ses nuits d’insomnie, a acculé Gilles Verdez. “Est-ce que vous sauriez dire aux gens de confession juive ici présents que les SS n’étaient pas des monstres ? Que Hitler n’était pas un monstre ?”
Face à cette attaque frontale, la défense de Gilles Verdez est apparue auditivement inaudible pour une grande partie du public. Le chroniqueur a tenté d’expliquer que qualifier un homme de “monstre” est une facilité intellectuelle qui nous empêche de réfléchir aux causes du passage à l’acte, une façon de l’extraire de l’espèce humaine pour ne pas avoir à se regarder dans le miroir. “C’est un échappatoire”, a-t-il plaidé. Mais comment cette abstraction intellectuelle pouvait-elle tenir face à la réalité charnelle du massacre ? Jardin a balayé l’argument d’un revers de main : pour lui, Hitler, les SS, les terroristes du Bataclan sont des monstres, point final. Refuser ce terme, c’est refuser de voir l’ampleur du mal.
La projection intime : “Imaginez que ce soit Fatou…”
Voyant que le terrain des idées ne menait nulle part, Patrick Jardin a choisi de frapper au cœur. Il a invité Gilles Verdez à une expérience de pensée terrifiante. “Imaginez que votre femme, Fatou, aille boire un verre et se fasse découper à la kalachnikov… Comment réagiriez-vous ?”
La réponse de Verdez, admettant qu’il serait “dévasté” mais maintenant qu’il ne qualifierait toujours pas les assassins de monstres, a creusé un fossé béant sur le plateau. Pour Jardin, cette réponse relevait soit du mensonge, soit d’une déconnexion totale avec la réalité des émotions humaines. “Le naturel revient au galop”, a commenté la voix off, soulignant l’incapacité du chroniqueur à sortir de sa posture idéologique même face à l’évocation du pire cauchemar personnel. Ce moment a cristallisé l’opposition entre deux mondes : celui des victimes, qui vivent la chair et le sang, et celui des observateurs, qui vivent dans les concepts et les principes.
Le procès de l’État et la colère politique

Mais la colère de Patrick Jardin ne se limitait pas à Gilles Verdez. Au détour de l’échange, c’est tout l’appareil d’État qui en a pris pour son grade. Le père endeuillé a exprimé son dégoût face à ce qu’il considère comme une trahison des élites. Il a évoqué ce ministre qui lui promettait une indemnisation comme on donne une aumône, alors que lui réclamait des comptes. Il a fustigé l’ancien Président de la République et le Ministre de l’Intérieur de l’époque, les accusant d’avoir su que des menaces pesaient et de n’avoir rien fait.
“Je ne peux pas accepter ça”, a-t-il martelé. Pour lui, le procès des attentats du 13 novembre a été une “mascarade”, un spectacle judiciaire qui a permis de condamner les exécutants mais qui a laissé les responsables politiques “blanchis comme neige”. Sa création de l’association “Ni pardon ni oubli” témoigne de cette volonté de ne pas tourner la page, de ne pas accepter la résilience qu’on impose souvent aux victimes comme une injonction sociale. Jardin veut des coupables, il veut des responsables, et il refuse la paix des braves tant que la justice, la vraie selon lui, n’aura pas été rendue.
Le basculement : Christchurch, l’Islam et la ligne rouge
C’est dans la deuxième partie de l’entretien que le malaise a changé de camp. Cyril Hanouna, reprenant sa casquette d’arbitre, a posé la question qui fâche : pourquoi Patrick Jardin a-t-il semblé soutenir, ou du moins comprendre, le terroriste de Christchurch, Brenton Tarrant, qui a massacré 51 musulmans en Nouvelle-Zélande ?
La réponse de Patrick Jardin a glacé une partie de l’audience. “Il ne faut pas faire aux autres ce qu’on ne veut pas qu’on nous fasse”, a-t-il dit, invoquant une loi du talion biblique. Il a avoué qu’au moment de voir le corps de sa fille à la morgue, son seul désir était d’acheter une arme et de faire la même chose. Si cette confession d’une pulsion vengeresse peut s’entendre sous le coup de l’émotion immédiate, sa persistance des années après, et sa justification intellectuelle (“On s’est fait mitrailler 130 personnes…”), ont provoqué une levée de boucliers sur le plateau.
Cyril Hanouna, visiblement choqué, a tenté de le raisonner : “Vous ne pouvez pas dire ça. C’est le pire signal.” L’animateur a rappelé que les musulmans sont aussi des victimes du terrorisme, que ce soit en France ou ailleurs, et que cette logique de vengeance communautaire ne mène qu’au chaos. Marco Mouly, intervenant avec son franc-parler habituel, a tenté de ramener Jardin à la raison par l’expérience vécue, racontant sa fraternité avec des co-détenus musulmans en prison, lui qui est juif. “Je n’ai pas eu de problème de racisme”, a-t-il insisté, essayant de briser l’amalgame monolithique que Jardin semblait faire entre musulmans et terroristes.
Mais Jardin est resté inflexible, citant des versets du Coran pour justifier sa méfiance globale envers l’Islam, affirmant ne pas pouvoir soutenir une religion qui, selon sa lecture, appelle au meurtre des infidèles. “Vous vous trompez de combat”, lui a lancé Hanouna, “vous faites du mal aux musulmans qui souffrent autant que vous”.
Conclusion : L’impossible apaisement
L’émission s’est conclue sur un constat d’échec du dialogue. Gilles Verdez, malgré ses tentatives maladroites, n’a pas réussi à faire entendre sa nuance humaniste face à la douleur brute. Patrick Jardin, enfermé dans son deuil et sa colère politique, n’a pas réussi à rallier le plateau à sa vision vengeresse, finissant par s’isoler dans une rhétorique anti-islam qui a mis mal à l’aise même ceux qui compatissaient à sa peine.
Ce face-à-face restera comme un témoignage cru de la fracture française. D’un côté, une souffrance inextinguible qui se radicalise faute de réponses satisfaisantes de l’État ; de l’autre, une société qui tente désespérément de maintenir ses principes de droit et de fraternité face à la barbarie, quitte à paraître insensible aux yeux des victimes. “La peine vous aveugle”, a conclu Cyril Hanouna avec une tristesse perceptible. Une cécité tragique, née du sang et des larmes, qui semble condamner Patrick Jardin à errer dans un monde où les monstres sont partout, et où la justice a le goût amer de la vengeance inassouvie.
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