✍️ Quand la Star Tue le Mythe : Le Désamour Parisien

C’est un constat amer qui résonne dans les salles obscures. Alors qu’on devrait célébrer l’immense carrière de Brigitte Bardot, l’ambiance est glaciale. La phrase claque comme une gifle : “Elle s’est assise sur sa réputation”. Les cinéphiles parisiens, pourtant prompts à aduler leurs idoles, ne pardonnent pas les dérapages répétés de la star (condamnations pour incitation à la haine raciale, soutiens politiques controversés).

La vérité qui éclate au grand jour est celle d’un héritage encombrant. Le détail explosif ? Les organisateurs d’expositions ou de rétrospectives se retrouvent face à un dilemme impossible : comment honorer “Dieu créa la femme” quand la femme en question semble détester son époque ? Ce témoignage de rejet est le premier signe que pour beaucoup, l’image de BB est irrémédiablement ternie. Elle ne fascine plus, elle dérange.

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L’annonce de la disparition de Brigitte Bardot a provoqué une onde de choc planétaire, mais dans les rues de Paris, et plus particulièrement dans le milieu feutré de la cinéphilie, l’émotion se teinte d’une amertume complexe. Si le sud de la France pleure sa voisine de la Madrague, la capitale, elle, semble figée dans un dilemme moral. Entre l’icône qui a révolutionné les mœurs et la femme aux prises de position souvent jugées rances et radicales, le cœur des cinéphiles parisiens balance. Pour beaucoup, le deuil est impossible car, comme le glisse un habitué des cinémas du Quartier Latin, “elle s’est assise sur sa réputation” bien avant de s’éteindre.

Il est difficile de nier l’impact colossal de celle qui fut l’incarnation de la liberté dans les années 50 et 60. Bardot n’était pas seulement une actrice ; elle était un séisme sociétal. Sous la caméra de Godard dans Le Mépris ou de Clouzot dans La Vérité, elle a imposé une modernité brute, une sensualité sans artifice qui a fait voler en éclats le puritanisme de l’après-guerre. Pourtant, pour toute une génération de cinéphiles parisiens, cette image d’Épinal a été peu à peu recouverte par une autre réalité : celle des condamnations judiciaires pour provocation à la haine raciale et des sorties médiatiques d’une violence inouïe.

L’émotion est donc là, mais elle est troublée. Dans les files d’attente des cinémas d’art et d’essai, les discussions sont vives. On reconnaît le génie, on admire la beauté insolente, mais on ne peut oublier les mots. “C’est un déchirement”, explique une étudiante en cinéma. “On veut célébrer la femme qui a libéré le corps féminin, mais on se heurte à celle qui a tenu des propos d’un autre âge sur l’immigration ou les traditions religieuses.” Pour ces Parisiens, Bardot a elle-même saboté son piédestal, transformant son mystère en une tribune politique qui a fini par lasser, voire par dégoûter, une partie de son public originel.

Une photo de l'actrice Brigitte Bardot à une exposition. Photo d'illustration. (STEPHANE DANNA / AFP)

La vérité est que Brigitte Bardot a vécu deux vies distinctes, et que la seconde a fini par dévorer la première. En se retirant du cinéma à seulement 39 ans, elle pensait figer son image pour l’éternité. Mais son activisme pour la cause animale, bien que noble dans son intention, s’est souvent accompagné de diatribes xénophobes qui ont terni son aura. À Paris, ville monde par excellence, ces sorties n’ont jamais été digérées. L’hommage national que certains réclament se heurte à cette réalité : peut-on célébrer en grande pompe une femme qui a été condamnée à cinq reprises par la justice de son pays ?

Le malaise est tel que même les institutions culturelles hésitent. Si la Cinémathèque française prépare des rétrospectives, le ton n’est pas à la glorification aveugle. Le récit de sa vie est aujourd’hui relu à travers le prisme de ses contradictions. On se souvient de la BB qui dansait le mambo avec une énergie sauvage, mais on garde en tête l’image de la recluse de Saint-Tropez envoyant des lettres de haine aux ministres. Cette dualité empêche l’unanimité. L’émotion est fragmentée, partagée entre la nostalgie d’une France perdue et le rejet d’une idéologie jugée rance.

Pour beaucoup de riverains des cinémas parisiens, le destin de Brigitte Bardot est une tragédie grecque. Celle d’une femme qui, à force de vouloir protéger ce qu’elle aimait (la nature, les animaux, une certaine idée de la France), a fini par se couper du monde et de son époque. “Elle a fini par détester les humains, et les humains le lui ont bien rendu”, soupire un cinéphile âgé. Ce divorce entre la star et son peuple de cinéphiles est le point d’orgue d’une vie passée à provoquer, d’abord pour le plaisir, puis par amertume.

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En conclusion, si la mort de Brigitte Bardot marque la fin d’une ère, elle ne clôt pas le débat. Paris, ville de culture et de politique, peine à rendre un hommage serein à celle qui fut sa plus belle ambassadrice avant de devenir son épine la plus douloureuse. Elle reste une figure incontournable, certes, mais une figure que l’on préfère désormais regarder à travers l’écran noir et blanc de ses chefs-d’œuvre, pour ne pas avoir à affronter les ombres trop sombres de sa vie réelle. Bardot est morte, mais le malaise qu’elle a sciemment entretenu lui survit, laissant derrière elle une réputation qu’elle a, elle-même, fini par piétiner.