La Légende et son dernier Gardien

Le nom de Romy Schneider évoque l’image d’une beauté éclatante mais vulnérable, une “Sissi” éternelle du cinéma européen. Pourtant, derrière les films étincelants et les couvertures de magazines se cachait une femme aspirant à la paix, mais traquée par le destin jusqu’au bout. Pendant plus de 40 ans, Daniel Biasini – son second mari, celui qui lui a tenu la main à travers les triomphes et les abîmes les plus sombres – a choisi le mutisme. Mais à 76 ans, il a décidé de parler, non pour créer le scandale, mais pour rendre sa vérité à la femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer.

Daniel Biasini rencontre Romy en 1973 alors qu’il n’a que 24 ans et qu’elle est une star de 35 ans, fragilisée par ses ruptures passées. D’assistant, il devient l’ancre la plus solide au milieu de la tempête de sa vie. Ils se marient en 1975 et donnent naissance à leur fille, Sarah. Ces années furent, selon Daniel, les plus heureuses de Romy, où elle pouvait vivre une vie de mère et d’épouse normale, loin des projecteurs.

Une tragédie atroce et l’instant fatidique

Cette vie paisible est pulvérisée en juillet 1981 par un accident effroyable. David – le fils de Romy qu’il aimait comme son propre enfant – meurt après avoir tenté d’escalader le portail de la maison de ses grands-parents. L’adolescent glisse et les pointes de fer sectionnent son artère fémorale. « David est mort dans mes bras avant même l’arrivée de l’ambulance », se souvient Daniel avec émotion. Cette douleur n’a pas seulement tué un enfant de 14 ans, elle a amorcé la destruction de l’âme de Romy Schneider.

Daniel dénonce la cruauté des paparazzi qui n’ont pas hésité à photographier clandestinement les funérailles de David, et même son corps. Romy a hurlé de douleur : « Ils l’ont tué une deuxième fois ! » Dès ce jour, Romy Schneider était physiquement présente, mais son cœur s’était arrêté depuis longtemps. Elle passait des heures dans la chambre de son fils, parlant à ses baskets restées près de la porte.

Décryptage de la mort mystérieuse de “Sissi”

Moins d’un an après le décès de son fils, le 29 mai 1982, Romy Schneider est retrouvée sans vie dans son appartement parisien, à seulement 43 ans. Le monde entier spécule sur le suicide, l’overdose ou l’alcool. Mais Daniel Biasini, qui connaissait intimement son état, rejette catégoriquement ces versions. « Ce n’était pas un suicide », affirme-t-il avec force.

Il révèle que la santé de Romy était gravement déclinante après une opération pour retirer un rein défaillant en 1980, laissant une cicatrice de 30 cm sur son abdomen. Elle ne voulait pas mourir, mais elle ne savait plus comment continuer à vivre avec un cœur brisé par l’absence de son fils. Pour Daniel, Romy n’est pas morte de ses excès ; elle est morte d’un cœur simplement épuisé par des tragédies accumulées.

Le combat d’une vie pour l’honneur

Flashback : les deux mariages de Romy Schneider | Vogue France

Après la disparition de Romy, Daniel Biasini a consacré le reste de son existence à protéger leur fille Sarah et la mémoire de son ex-femme. Il a notamment poursuivi en justice les producteurs du film “Trois jours à Quiberon” pour avoir dépeint Romy comme une femme instable et alcoolique. Il s’insurge contre une scène fictive où Romy ignorerait un appel de son fils à cause de l’ivresse : « Jamais ! Elle n’a jamais manqué un appel de David. Jamais ! »

Bien qu’il ait perdu le procès, son but n’était pas financier mais portait sur la dignité de Romy. À 76 ans, il vit toujours avec le souvenir d’une femme qui aimait rire, cuisiner et chérir ses enfants. Il refuse que le monde se souvienne d’elle comme d’une “actrice maudite”, mais plutôt comme une mère passionnée et profondément blessée.

L’héritage vivant et la réconciliation tardive

PORTFOLIO · Romy Schneider en lumière - TroisCouleurs

Aujourd’hui, Daniel vit discrètement dans le sud de la France, s’occupant de ses oliviers tout en voyant sa fille Sarah perpétuer l’héritage maternel. Sarah Biasini, qui n’avait que 4 ans et demi à la mort de sa mère, a parcouru un long chemin pour accepter le nom de Romy Schneider, non pas comme une icône nationale, mais comme une mère partie trop tôt. Son livre “La Beauté du ciel” est une lettre adressée à sa mère, une tentative de retrouver la femme derrière la légende.

La prise de parole de Daniel Biasini après 40 ans de silence est un cadeau pour ceux qui aiment Romy Schneider. Elle dessine un portrait honnête, loin des rumeurs toxiques. « Elle méritait la vérité. Elle méritait l’amour », conclut Daniel. Leur histoire nous rappelle que parfois, le plus grand courage n’est pas de briller sous les projecteurs, mais de protéger en silence ceux qu’on aime et de ne parler que lorsque la vérité est déformée. Romy Schneider est partie, mais à travers les mots de Daniel, elle vit encore – non pas comme une reine triste à l’écran, mais comme une âme vibrante qui n’aspirait qu’à aimer et être comprise.