L’hémicycle de l’Assemblée nationale a été le théâtre, cette nuit, d’une scène aussi surréaliste que passionnée. Alors que les débats sur le budget s’étiraient dans la fatigue et la tension des heures tardives, Jean-Philippe Tanguy, figure de proue du Rassemblement National, a livré une performance oratoire qui restera gravée dans les annales de cette législature. Entre invectives, éclats de rire et défense acharnée du « peuple de France », le député a transformé une discussion technique en un véritable duel politique.

Un climat de “spiritisme” parlementaire

Tout a commencé par une vive interrogation sur la genèse de certains amendements. Avec une ironie mordante, Jean-Philippe Tanguy a dénoncé ce qu’il appelle la « préscience » des socialistes, s’étonnant de voir leurs propositions arriver juste avant celles du gouvernement. « Il se passe du spiritisme dans cette salle ! » s’est-il exclamé, évoquant des « voix venant des couloirs de Bercy et de Matignon ». Pour le député, cette fluidité suspecte entre l’opposition de gauche et l’exécutif relève de la « 5ème dimension ».

La tension est montée d’un cran lorsque les échanges ont dévié vers des attaques personnelles. Face aux piques de ses collègues, notamment de la part de l’opposition qui l’invitait à la “camomille” ou à “se faire soigner”, Tanguy a répliqué avec une répartie cinglante. Il a balayé les accusations d’obsession, affirmant avec aplomb qu’il n’était « ni sourd, ni aveugle » et qu’il n’avait aucune « passion coupable » pour ses détracteurs, malgré les rumeurs de couloirs.

La “Haute Bourgeoisie” contre le “Peuple qui se lève”

Le cœur du message de Jean-Philippe Tanguy s’est rapidement déplacé vers une critique sociologique et économique virulente. Il a accusé la gauche de collaborer avec la « haute bourgeoisie française », laquelle préférerait, selon lui, sacrifier l’industrie et les entreprises plutôt que de toucher au patrimoine personnel des plus riches. « On vous connaît, c’était déjà le cas avec les mitterrandiens ! » a-t-il lancé, inscrivant son combat dans une tradition de défense des classes populaires, particulièrement celles des Hauts-de-France.

Dans un moment de solennité, il a tenu à saluer l’engagement de Marine Le Pen, la créditant d’avoir été la première à imposer la question du pouvoir d’achat dans le paysage politique. C’est « au nom de tous les gens qui, à cette heure-là, vont se lever pour que le pays tienne debout » qu’il a revendiqué son action parlementaire.

Un “sketch” constructif et des combats à venir

Le député Rassemblement national de la Somme Jean-Philippe Tanguy, le 23 mai 2023 à l'Assemblée nationale, à Paris. (ANDREA SAVORANI NERI / NURPHOTO / AFP)

Malgré la virulence des propos, le député a tenu à souligner le caractère « constructif » de son groupe. Il a rappelé que, malgré le rejet de leurs amendements — comme la baisse des frais bancaires ou la réduction du coût des abonnements téléphoniques en zones blanches — le RN a voté certaines mesures pour pouvoir « regarder les Français droit dans les yeux » en rentrant en circonscription.

Mais pour Jean-Philippe Tanguy, ce n’était qu’un début. Il a d’ores et déjà pris date pour les prochains rounds, annonçant une offensive majeure sur la TVA, qu’il qualifie de « socle injuste et spoliateur » de la fiscalité française depuis 30 ans. Il prône une redistribution massive de cet impôt au « peuple de France », tout en exigeant des économies structurelles drastiques, notamment sur l’immigration et l’Union européenne.

La séance s’est terminée sur une note mêlant humour et fermeté. Remerciant ironiquement la gauche pour leur côté « parfois très pénible » qui permet au moins d’être « drôle », il a conclu par une dernière pique sur l’incapacité de ses adversaires à « compter », laissant l’Assemblée dans un mélange de stupeur et d’agitation alors que se profile déjà le prochain tour de force législatif.