Dans une atmosphère politique de plus en plus électrique, le président du Rassemblement National (RN), Jordan Bardella, vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de contre-offensive. Face aux critiques acerbes et répétées du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, Bardella ne se contente plus de parer les coups : il attaque de front, dénonçant ce qu’il qualifie de “manœuvres de diversion” d’un gouvernement aux abois.

Une “séance d’archéologie” politique

Tout commence par les sorties médiatiques du ministre de la Justice, qui n’a de cesse de renvoyer le Rassemblement National à ses racines des années 1940. Pour Jordan Bardella, cette stratégie est non seulement usée, mais elle frise le ridicule. “C’est plus un débat, c’est une séance d’archéologie”, ironise-t-il, soulignant que le ministre semble obligé de fouiller dans des “dossiers poussiéreux” pour exister politiquement.

L’attaque est claire : le gouvernement, et plus particulièrement Éric Dupond-Moretti, chercherait à diaboliser le RN en agitant le spectre du maréchal Pétain ou de Vladimir Poutine pour éviter de parler de son propre bilan. Bardella rappelle avec force qu’il est né en 1995 et que les références à la Seconde Guerre mondiale n’ont aucun lien avec sa réalité politique ou celle de ses millions d’électeurs.

Le mépris des millions de Français ?

Au-delà de la joute verbale, c’est une véritable fracture sociétale que pointe Jordan Bardella. Selon lui, en insultant les dirigeants du RN, le ministre insulte avant tout les millions de citoyens qui votent pour ce parti. “Quand ils nous insultent, ils insultent des millions de gens qui ne se sentent pas d’extrême droite, mais simplement français et fiers de l’être”, martèle-t-il.

Bardella dénonce une forme de “fascination-répulsion” de la part de l’exécutif. Il s’étonne du contraste entre les critiques publiques et l’attitude en coulisses, racontant des anecdotes où les membres du gouvernement semblent obsédés par la montée du RN dans les sondages tout en refusant le débat de fond.

Le défi du débat : Dupond-Moretti accusé de se “débiner”

L’un des points les plus saillants de cette confrontation est l’invitation répétée au débat. Jordan Bardella affirme que le ministre de la Justice aurait annulé une confrontation prévue sur BFM TV. “Il s’est débiné”, lance le président du RN, invitant le garde des Sceaux à sortir des plateaux de télévision “spectacles” où il est applaudi pour venir se confronter aux chiffres et aux idées.

Pour Bardella, ce refus du débat cache une incapacité à défendre un bilan qu’il juge catastrophique. Il cite notamment un chiffre choc : une agression gratuite toutes les 44 secondes en France. Selon lui, le rôle d’un ministre de la Justice devrait être de lutter contre l’insécurité et le harcèlement scolaire plutôt que de passer son temps à faire le procès moral d’un parti d’opposition.

Entre normalisation et racines historiques

Le débat s’est également déplacé sur la sémantique. Pourquoi le terme “extrême droite” fait-il encore bondir Bardella ? Pour lui, cette étiquette ne correspond plus à la réalité du RN. Il définit l’extrême droite par le rejet du parlementarisme et l’éloge de la violence, des critères dont il se sent totalement étranger.

Il n’hésite pas à renvoyer la balle dans le camp de la majorité, pointant du doigt les méthodes d’Élisabeth Borne et l’utilisation répétée du 49.3. “Faire passer des textes de loi sans les faire voter à l’Assemblée nationale, n’est-ce pas cela qui est dangereux pour la démocratie ?” s’interroge-t-il. Il rappelle également le passé socialiste de la Première ministre, suggérant avec ironie que si l’on doit juger les gens sur leur héritage politique lointain, personne n’est à l’abri.

Une menace pour les postes, pas pour les Français

En conclusion, Jordan Bardella voit dans cet acharnement gouvernemental un signe de succès. Pour lui, si le RN est devenu la cible prioritaire, c’est parce qu’il représente une menace réelle, non pas pour la France, mais pour les privilèges de ceux qui sont au pouvoir.

Le message est envoyé : le Rassemblement National se sent prêt pour le pouvoir et ne se laissera plus intimider par les rappels historiques d’un “vieux monde” politique. Le duel entre le jeune leader nationaliste et le ténor du barreau devenu ministre ne fait sans doute que commencer, promettant des échanges de plus en plus virils à l’approche des prochaines échéances électorales.