Scandale des 40 milliards : Le député Tanguy étrille la Ministre et exige des démissions immédiates en dénonçant « l’incompétence » sans conséquences

L’Assemblée Nationale est régulièrement le théâtre d’échanges vifs, mais il est rare qu’un réquisitoire atteigne une telle virulence et une telle pertinence factuelle. Récemment, le député Jean-Philippe Tanguy s’est dressé face à la Ministre des Finances Publiques pour délivrer un discours magistral qui a dégommé, selon ses propres mots, non seulement la Ministre, mais l’ensemble de la méthode de gouvernement en vigueur. Son attaque, d’une implacable logique, s’est appuyée sur une comparaison saisissante et émotionnellement engageante entre la gestion de l’État et celle d’une entreprise privée. Le constat est sans appel : un gouffre financier de 40 milliards d’euros dans les prévisions budgétaires, et une absence totale de sanction ou de responsabilité. La question n’est plus seulement budgétaire ; elle est fondamentalement démocratique.

Le discours de M. Tanguy résonne comme un cri de colère pour des millions de Français, lassés de voir les règles d’intégrité et de responsabilité s’appliquer à tous, sauf à ceux qui détiennent les rênes du pouvoir. C’est le récit d’une confiance trahie, où le langage de la démocratie est détourné pour masquer l’échec de la gestion publique.

L’Implacable Logique des 40 Milliards : L’Échec de la Prévision

Le cœur de la critique du député Tanguy réside dans la faillite des prévisions budgétaires du gouvernement. S’adressant directement à la majorité présidentielle, il rappelle le vote en 2023 de la Loi de programmation des finances publiques, un engagement formel qui s’est transformé en un monument d’erreur. Selon M. Tanguy, le gouvernement a « eu faux sur tout ».

Cette erreur est d’autant plus grave qu’elle est survenue alors que tous les facteurs de crise étaient connus : l’hyperinflation, la guerre en Ukraine, les événements climatiques. Le gouvernement disposait de toutes les données nécessaires pour établir des projections solides, mais a néanmoins affiché une défaillance de près de 40 milliards d’euros sur les dépenses publiques. Pour le député, cette faute est un signe d’incompétence flagrante et d’une incapacité à exécuter les programmes pourtant votés par le Parlement.

Le chiffre de 40 milliards, jeté dans l’hémicycle, est lourd de conséquences. Ce n’est pas un simple dérapage statistique; c’est, pour l’élu, la preuve d’une gestion hasardeuse qui impacte directement la vie des citoyens. Cette somme représente l’équivalent de budgets entiers, de politiques publiques cruciales qui auraient pu être mieux financées ou de déficits qui auraient pu être évités. L’émotion suscitée par ce chiffre est d’autant plus vive que la réponse apportée par l’exécutif est jugée insignifiante.

La Démolition par l’Analogie du Privé

Le passage le plus magistral du réquisitoire de Jean-Philippe Tanguy est sans conteste sa comparaison entre les standards de la sphère publique et ceux du secteur privé. C’est là que son discours gagne en puissance émotionnelle et en légitimité. Il rappelle à la majorité, souvent prompte à donner des leçons de gestion aux entreprises, que les règles qu’ils appliquent aux autres ne semblent pas les concerner.

« Dans le privé, quand on annonce une erreur même de 40 milliards sur les dépenses publiques… vous dégageriez tous ! » Il insiste sur l’hypocrisie d’un gouvernement qui se pose en expert de l’économie d’entreprise tout en échouant lamentablement à appliquer les principes de base de la responsabilité.

Poursuivant son analogie, il imagine une entreprise cotée annonçant à ses actionnaires un écart aussi colossal : promettre 3% de résultats et n’en réaliser qu’un seul. La sanction serait immédiate et brutale. « Vous dégagez ! Et entre nous, bon débarras. » Ce ton direct, ironique et cinglant, frappe l’imaginaire collectif. Il souligne le sentiment d’impunité qui semble régner au sommet de l’État, une impunité que M. Tanguy rêverait d’abolir : « J’envie assez franchement les entreprises cotées parce que je me dis au moins si j’étais actionnaire du macronisme, je pourrais tous vous dégager. »

Cette métaphore est plus qu’une simple figure de style; elle est un puissant outil de persuasion. Elle permet de transférer l’exigence de performance et de transparence, que les Français acceptent et comprennent dans le monde des affaires, à la gestion des fonds publics, soulignant l’iniquité du traitement.

L’Ombre de la Cour des Comptes et le Silence

La critique de M. Tanguy ne s’arrête pas aux prévisions budgétaires. Elle s’appuie également sur un document dont l’autorité est incontestable : le rapport de la Cour des comptes. Le député mentionne un rapport qui fait état de « problèmes de gestion gravissime » au sein d’un service public recevant 4 milliards d’euros par an.

Ce qui indigne le plus l’élu, c’est l’absence totale de réaction ou de conséquence suite à ces signalements. Un service public riche, recevant des milliards, commet des erreurs de gestion pouvant aller jusqu’au « risque de dissolution », et pourtant, « il y a pas de réponse, il y a pas de bilan, personne n’est responsable de rien. Circulez brave gens, il y a rien à voir ».

Ce silence de la part de l’exécutif face aux conclusions de la Cour des comptes est dénoncé comme symptomatique d’un « état d’esprit » et de la « vraie méthode de gouvernement du macronisme ». Cette méthode consiste, selon lui, à « répondre qu’aux questions qui vous arrangent » et à ignorer les interpellations collectives qui mettent le gouvernement en difficulté. Le message est clair : l’exécutif se soustrait au contrôle parlementaire et ignore les injonctions des institutions garantes de la bonne gestion.

La Démocratie Contre « L’Extrémisme » de l’Exigence

Face à ces attaques cinglantes, la défense habituelle du gouvernement est rapidement mise à nu. M. Tanguy raille le recours systématique à la carte de la diabolisation : dès qu’ils sont mis en difficulté, les macronistes rétorquent en évoquant « les extrêmes », une tactique qu’il qualifie de « niveau zéro de l’argumentation ».

C’est sur ce point que le discours du député prend une dimension encore plus politique et philosophique. Il oppose la simplicité et la noblesse du principe républicain à la confusion sémantique entretenue par le pouvoir.

« Si vous considérez que appliquer des rapports de la Cour des comptes, demander des comptes aux agents publics, aux services publics c’est de l’extrémisme, bah effectivement là il y a un grave problème et il y a un grave problème politique qui fait la différence entre vous et nous, » assène-t-il.

Le cœur de la différence est formulé de manière limpide : « Nous considérons que chaque euro d’argent public doit être sérieusement justifié et que si les gens gèrent mal l’argent public, ils doivent partir. C’est pas l’extrémisme, c’est la démocratie et c’est même la République. »

Cette conclusion est un coup de marteau qui ramène le débat à l’essentiel : la responsabilité de la dépense publique est la pierre angulaire de la confiance citoyenne. L’incompétence et le gaspillage, surtout à cette échelle, ne peuvent être tolérés sans éroder les fondations mêmes du système démocratique. L’appel de Jean-Philippe Tanguy pour une sanction immédiate et le départ des gestionnaires fautifs est donc un appel à restaurer la dignité et la crédibilité de la République face à l’échec budgétaire. C’est un engagement à rétablir une règle fondamentale : la loyauté envers l’argent public doit être absolue et son non-respect doit entraîner des conséquences, à l’image des exigences appliquées à l’ensemble de la société française. Son discours demeure un moment clé dans la bataille pour la transparence et la responsabilité politique.