L’ambiance était électrique sur les plateaux de télévision ces derniers jours, marquant un tournant dans le débat public sur le financement de l’audiovisuel d’État en France. Deux séquences, que l’on pourrait qualifier de lunaires tant elles bousculent les codes établis, ont captivé l’attention des citoyens et des internautes. D’un côté, Sarah Knafo a littéralement séché le plateau de BFM TV, laissant les journalistes face à une incapacité flagrante de défendre les dérives de plus en plus visibles du service public. De l’autre, Pascal Praud a jeté un pavé dans la mare en s’interrogeant publiquement sur le train de vie et les rémunérations de figures emblématiques comme Patrick Cohen via des sociétés de production privées.

L’argumentation de Sarah Knafo repose sur une réalité historique et technologique implacable. Elle rappelle qu’à l’origine, la création de chaînes de télévision publiques répondait à une nécessité technique et financière : les coûts fixes étaient si colossaux que seul l’État possédait les reins assez solides pour porter de tels projets. Cependant, le monde a changé. Aujourd’hui, avec un simple micro et un ordinateur, n’importe quel citoyen peut créer son propre média. La multiplication des canaux, avec plus de 300 chaînes disponibles, rend l’intervention étatique dans ce secteur non seulement obsolète mais aussi profondément injuste pour le contribuable.

La question de la légitimité est au cœur de son intervention. Sarah Knafo dresse un constat amer sur l’état de la France. Elle évoque ces commissariats vétustes où le plafond menace de s’effondrer, ces armées qui manquent cruellement de munitions pour assurer la défense nationale, et surtout ces policiers qui, dans un dénuement total, en sont réduits à s’acheter eux-mêmes leurs propres gilets par balle pour protéger leur vie sur le terrain. Face à cette détresse des services régaliens, elle pose la question qui fâche : est-il moralement acceptable d’utiliser les maigres moyens financiers restants pour financer le salaire de personnalités comme Patrick Cohen ?

Pour elle, la réponse est sans appel : l’audiovisuel n’est plus, et ne doit plus être, une mission de service public. Un véritable service public, c’est une école qui instruit nos enfants et un hôpital qui soigne nos malades, deux piliers de notre société qui tombent aujourd’hui en ruine. Bien que certains défenseurs de l’audiovisuel public citent le rôle d’enseignement joué pendant la pandémie de Covid-19 comme une justification de son existence, Sarah Knafo balaye cet argument. Elle souligne que les chaînes privées, elles aussi, sont soumises à un cahier des charges rigoureux. L’État a tout le pouvoir nécessaire pour imposer des missions d’information ou d’enseignement aux acteurs privés, sans pour autant piocher dans la poche des Français.

Elle prend pour exemple la suppression récente de C8 pour illustrer le pouvoir de contrôle de l’État sur le privé. Une fois que l’on accepte que le secteur privé peut remplir toutes les missions actuellement dévolues au public, la seule différence majeure réside dans le financement. En privatisant, on ne “saignerait” plus le peuple à hauteur de 4 milliards d’euros par an en impôts. Mieux encore, ces entreprises devenues privées seraient responsables de leur propre rentabilité, obligées de séduire un audimat par la qualité de leurs programmes plutôt que de se reposer sur une rente d’État. En redevenant rentables, elles rapporteraient même de l’argent à l’État via l’impôt sur les sociétés, au lieu d’être un gouffre sans fond.

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Au-delà de l’aspect purement financier, Sarah Knafo dénonce ce qu’elle appelle la “propagande de gauche” omniprésente sur les antennes financées par l’argent public. C’est ce sentiment d’injustice, de payer pour être endoctriné par une pensée unique, qui alimente la colère de nombreux Français. Cette critique rejoint celle de Pascal Praud, qui s’est focalisé sur l’opacité financière entourant certaines émissions phares du service public, notamment “C à vous”.

Pascal Praud, avec son style direct, a soulevé des questions qui ont provoqué un malaise palpable. Il exige de savoir combien l’émission est facturée chaque soir et quelle est la part exacte touchée par Patrick Cohen via la société Mediawan. Le montage est subtil : Mediawan est une société privée, mais elle signe des contrats juteux avec le service public. C’est donc bel et bien l’argent des citoyens qui finit par engraisser des structures privées et des animateurs-producteurs. Pascal Praud insiste : c’est notre argent, ces 4 milliards d’euros, et nous avons le droit de savoir comment ils sont dépensés.

Le malaise est profond car cette interrogation touche au “cœur du réacteur” du système médiatique français. Patrick Cohen a beau affirmer qu’il s’agit d’argent privé parce que Mediawan est une société privée, la source initiale des fonds reste la contribution publique. Pascal Praud va plus loin en demandant la transparence totale sur les salaires de tous ceux qui gravitent autour de ces émissions. Pour lui, tant que la réponse n’est pas donnée, le doute subsiste sur une forme de détournement moral de l’argent public.

Le problème soulevé ici dépasse la simple gestion budgétaire. Il s’agit d’un problème d’éthique, de monopole et de cumul de rémunérations. Certains animateurs bénéficient de montages financiers extrêmement avantageux, agissant à la fois comme prestataires et comme visages du service public. Ce mélange des genres, arrosé généreusement par l’argent des contribuables, est jugé écoeurant par une partie croissante de la population qui peine à boucler ses fins de mois.

En conclusion, ces interventions marquent une rupture. La défense de l’audiovisuel public devient de plus en plus difficile à tenir face aux besoins criants du pays dans d’autres secteurs vitaux. Entre la vétusté des services essentiels et le train de vie exorbitant de certaines stars du petit écran, le fossé se creuse. Le système tremble car pour la première fois, les chiffres et les privilèges sont mis sur la table de manière brute et sans concession. Le débat sur l’utilité réelle de ces 4 milliards d’euros ne fait que commencer, et il promet d’être l’un des enjeux majeurs des mois à venir pour la cohésion sociale et la justice fiscale en France. Chaque citoyen est désormais invité à se demander si sa contribution doit servir à payer des programmes télévisés ou à reconstruire une école et un hôpital dignes de ce nom. La réponse semble, pour beaucoup, de plus en plus évidente.