C’est un retour que la France entière attendait, espérait, guettait presque comme on guette le retour d’un membre de la famille après une trop longue absence. Le 29 décembre dernier, TF1 a rallumé la lumière sur l’une de ses étoiles les plus brillantes, celle que l’on croyait presque figée dans le ciel rassurant de nos souvenirs télévisuels : Mimie Mathy. Après des mois de silence, de rumeurs et d’inquiétudes, la comédienne de 68 ans a repris son claquement de doigts légendaire dans un épisode inédit de “Joséphine Ange Gardien”. Mais derrière la magie de l’écran, derrière ce sourire qui a bercé des générations, se cache une réalité bien plus crue, plus sombre et infiniment plus humaine que le conte de fées qu’elle incarne depuis plus de vingt ans. Ce n’est pas seulement un retour, c’est une mise à nu. À l’occasion de cette diffusion événement, Mimie Mathy s’est confiée au journal Le Parisien, et loin de la langue de bois habituelle des promotions télévisuelles, elle a livré une vérité brute, parfois dérangeante, qui a fait l’effet d’une déflagration dans le petit monde feutré de l’audiovisuel français.

La première onde de choc est venue d’une phrase, d’apparence anodine, mais lourde de conséquences. Alors qu’on l’interrogeait sur son état d’esprit, la réponse a fusé, directe et sans filtre : “Oh là là, je suis crevée”. Ces mots ne sont pas ceux d’une star capricieuse, mais le cri du cœur d’une femme dont le corps porte les stigmates du temps et des épreuves. Sa voix, encore fragile lors de l’entretien, trahissait une bronchite tenace contractée juste avant les fêtes. Et c’est là, au détour d’une explication sur cette fatigue, que l’actrice a lâché une petite bombe qui a immédiatement enflammé les conversations. Sans détour, avec une franchise désarmante, elle a pointé du doigt l’origine de son mal, et par extension, un coupable tout désigné : le tournage des “12 Coups de Noël”, l’émission phare animée par son ami de toujours, Jean-Luc Reichmann.

L’accusation n’est pas formulée avec haine, mais avec une lucidité qui la rend d’autant plus percutante. Mimie Mathy décrit une scène de huis clos qui ressemble plus à un calvaire sanitaire qu’à une fête de fin d’année. “Six heures enfermés dans une pièce”, raconte-t-elle, décrivant une promiscuité inévitable, un air vicié où les microbes circulent librement entre les convives et les techniciens. “Je pense que c’est là que j’ai attrapé quelque chose”, conclut-elle, presque fataliste. Cette phrase, simple en apparence, brise un tabou. Elle lève le voile sur les conditions réelles de ces tournages que l’on imagine glamour et pailletés, mais qui peuvent se transformer en pièges pour des organismes fragilisés. En désignant implicitement le plateau de Jean-Luc Reichmann comme le lieu de sa contamination, Mimie Mathy ne cherche pas la polémique stérile, mais elle refuse de taire la vérité : la télévision, derrière ses sourires de façade, est une machine qui peut broyer ou, à tout le moins, épuiser ceux qui la font.

Cependant, réduire la parole de Mimie Mathy à ce seul incident serait passer à côté de la profondeur vertigineuse de ses confidences. Ce qui frappe, ce qui serre le cœur à la lecture de ses mots, c’est la dignité bouleversante avec laquelle elle aborde le sujet tabou par excellence : le vieillissement et la perte d’autonomie. Elle ne cherche plus à cacher ce que tout le monde redoutait. Elle évoque ses douleurs au dos, cette mobilité qui se réduit jour après jour, la nécessité parfois humiliante mais vitale de se faire aider pour de simples déplacements. “Je ne souffre pas, c’est juste plus compliqué pour marcher”, dit-elle. Une litote terrible pour dire l’entrave, pour dire le corps qui ne suit plus la cadence de l’esprit. Mais aussitôt, elle ajoute : “Il y a bien pire dans la vie”. Cette phrase résonne comme une leçon de courage magistrale dans une époque obsédée par la performance, la jeunesse éternelle et la perfection physique. Mimie Mathy refuse de tricher. Elle refuse de faire semblant d’être encore cet ange virevoltant des années 90. Elle impose au public, et à ses patrons, la réalité de ce qu’elle est devenue : une femme de 68 ans, une battante qui avance malgré tout.

L’ironie du sort est cruelle : celle qui a passé sa vie à incarner un ange gardien protecteur, capable de résoudre tous les problèmes d’un claquement de doigts, se retrouve aujourd’hui confrontée à ses propres fragilités, sans magie pour les effacer. Mais loin de ternir son image, cette vulnérabilité la grandit. Elle n’est plus l’ange éthéré, elle est un “ange expérimenté”, comme elle aime à le dire. Un ange qui a vécu, qui a aimé, qui a traversé les tempêtes et qui revient, le dos un peu courbé peut-être, mais l’âme plus forte que jamais. L’émotion suscitée par son retour est à la hauteur de l’inquiétude qui l’a précédé. Car l’absence de Mimie Mathy a été longue, trop longue, alimentant les rumeurs les plus folles. Avait-elle quitté la série ? Était-elle trop malade pour tourner ? Était-elle, pire encore, mise au placard ?

Sur ce point aussi, la comédienne brise le silence et pointe les responsabilités. Si elle n’a pas tourné, ce n’est pas seulement parce que son corps le lui refusait, mais parce que des décisions ont été prises, là-haut, dans les bureaux feutrés de TF1. Elle reconnaît que certaines contraintes étaient économiques, que des choix de programmation ont gelé des projets, repoussé des tournages, laissant planer le doute pendant de longs mois. Une attente douloureuse, parfois incomprise, même pour elle qui a tant donné à la chaîne. On sent, en filigrane, la peur viscérale de l’artiste qui craint d’être oubliée, remplacée, effacée des tablettes parce qu’elle ne correspond plus aux standards du moment ou aux impératifs budgétaires. “Même dans la rue, on m’interpellait : alors c’est fini Joséphine ?”, raconte-t-elle. Et elle devait répondre, avec ce mélange d’agacement et de sourire qui la caractérise : “Mais non, je tourne encore !”. Une situation absurde qui révèle le fossé entre l’affection du public et la froideur des logiques de production.

Mais aujourd’hui, le constat est là : TF1 a dû relancer la machine. La pression populaire, sans doute, et l’évidence que Mimie Mathy reste une icône irremplaçable ont eu raison des hésitations. Un épisode inédit a été diffusé, quatre autres sont déjà tournés. C’est une promesse silencieuse faite aux millions de fidèles : on ne referme pas brutalement une page qui appartient à la mémoire collective. Ce retour a pourtant une saveur particulière, presque un goût de revanche sur le sort. L’épisode du 29 décembre n’était même pas une vraie nouveauté, la Belgique l’ayant découvert six mois plus tôt, mais peu importe. Ce qui comptait, c’était l’instant, ce moment précis où son visage est réapparu à l’écran, rassurant, familier, comme une évidence retrouvée.

L’avenir de la série, Mimie Mathy l’envisage avec une lucidité nouvelle. Elle sait que les choses ne peuvent plus être comme avant. Les tournages ont été repensés, adaptés à ses capacités physiques. Moins de déplacements inutiles, des scènes ajustées, une organisation plus souple. Loin de voir cela comme un privilège de diva, elle y voit une forme de respect mutuel, une intelligence de la production qui a compris qu’il fallait préserver son actrice principale pour continuer l’aventure. “Tant que je peux jouer, je joue”, a-t-elle souvent répété. Cette phrase prend aujourd’hui une résonance presque militante. Le travail n’est pas une corvée, c’est sa colonne vertébrale, sa source de vitalité. Retrouver une équipe, apprendre un texte, sentir l’énergie d’un plateau, c’est ce qui la tient debout, littéralement et figurativement.

Elle évoque aussi, avec une tendresse infinie, l’arrivée d’une nouvelle génération à ses côtés, comme l’acteur Artus, révélé récemment au grand public. C’est une rencontre entre deux mondes, une transmission symbolique sans effacement. Mimie Mathy n’est pas une actrice qui s’accroche à son trône en repoussant les jeunes loups ; elle est une institution qui accueille, qui partage, qui passe le relais tout en restant au centre du jeu. Elle a bâti sa carrière sur le talent, l’autodérision, mais aussi sur une sincérité rare qui lui permet aujourd’hui d’aborder la vieillesse non comme un naufrage, mais comme une transformation.

Dans cet entretien fleuve, une autre dimension apparaît, plus intime encore : celle de la solitude de l’artiste face au temps qui passe. Mimie Mathy parle de ces moments où l’on regarde la télévision en se demandant si l’on y retrouvera encore sa place. Des moments de doute vertigineux, jamais dramatisés mais bien réels, où la peur de disparaître sans avoir pu dire au revoir vous saisit. Son retour apparaît alors comme une forme de réparation, une reconnaissance tardive de ce qu’elle représente pour la télévision française. Elle sait ce qu’elle a accompli, elle sait ce qu’elle a traversé. Elle n’idéalise rien, mais ne renonce à rien. Chaque tournage devient une victoire discrète sur la douleur, sur la fatigue, sur les préjugés.

Elle aborde aussi la question du regard des autres, ce public qui s’inquiète “parce qu’il l’aime”. Elle ne s’offusque pas des questions intrusives sur sa santé, elle comprend qu’elles sont le revers de la médaille d’une popularité immense. Être une figure populaire, c’est accepter que son corps devienne un sujet de conversation nationale. Mais elle insiste : l’inclusion, la diversité à l’écran, ne doivent jamais se faire au détriment de la sincérité artistique. “Le public sent quand ce n’est pas vrai”, souligne-t-elle. Une conviction forgée par des décennies d’expérience.

Au final, ce que Mimie Mathy nous offre avec ce retour et ces confessions, c’est une leçon d’humanité. Elle nous montre qu’il est possible de durer sans se renier, de traverser les épreuves sans se durcir, de vieillir sans s’effacer. Son accusation contre les conditions de tournage chez Jean-Luc Reichmann n’est qu’un épiphénomène, révélateur d’une femme qui n’a plus peur de dire les choses, qui protège son intégrité physique parce qu’elle sait que c’est son outil de travail le plus précieux. Elle avance désormais à son rythme, dans une continuité qui s’écrit jour après jour, au gré de ce qu’elle peut encore offrir. Et tant que le public sera là pour recevoir, tant que TF1 comprendra la valeur inestimable de cet “ange expérimenté”, Mimie Mathy continuera de claquer des doigts, non plus pour faire des miracles impossibles, mais pour accomplir le plus beau d’entre eux : rester debout, vivante et vibrante, sous la lumière des projecteurs.