
En cette fin d’année 2025, alors que le monde du cinéma se tourne de plus en plus vers le numérique et l’artificiel, une plongée dans les archives du quotidien Le Monde nous offre une bouffée de réalité brute, un écho d’une époque où les batailles se livraient à coup de mots et d’encre. Il est fascinant, presque vertigineux, de relire aujourd’hui les proses de Jean de Baroncelli, figure tutélaire de la critique cinématographique française, lorsqu’il s’attaquait — ou plutôt, lorsqu’il tentait de comprendre — le phénomène Brigitte Bardot. Le 28 décembre 2025 marque symboliquement la redécouverte de ces textes, non pas comme de simples reliques poussiéreuses, mais comme le témoignage vibrant d’un choc des cultures, d’une collision frontale entre la vieille garde intellectuelle et l’ouragan de la modernité sensuelle.
Jean de Baroncelli n’était pas n’importe qui. Aristocrate de la plume, homme de culture, il incarnait une certaine idée du cinéma : celle du texte, de la mise en scène maîtrisée, de l’élégance intellectuelle. Face à lui, Brigitte Bardot ne proposait rien de tout cela. Elle proposait le corps, l’instinct, l’immédiateté. Relire Baroncelli critiquant le jeu de Bardot, c’est assister en direct à l’incompréhension d’un monde face à celui qui vient. C’est voir un horloger suisse tenter d’analyser une tornade.
Il faut se replacer dans le contexte de l’époque, celui de la sortie de Et Dieu… créa la femme en 1956, ou plus tard, lors des tentatives de Bardot de s’imposer dans des rôles plus dramatiques. Baroncelli, avec sa rigueur habituelle, ne se laissait pas aveugler par le mythe naissant. Là où le public masculin voyait une déesse de la fécondité moderne, le critique voyait une actrice en difficulté. Ses mots, d’une précision chirurgicale, n’étaient pas méchants par plaisir, mais cruels par lucidité. Il pointait du doigt ce que beaucoup refusaient de voir : l’absence de technique.
Pour Baroncelli, le “jeu” d’acteur était un métier, un artisanat qui s’apprenait, se polissait. Bardot, elle, arrivait devant la caméra avec sa démarche de danseuse désarticulée, sa moue boudeuse et cette diction traînante qui allait devenir sa signature mais qui, pour un puriste de la langue française, relevait de l’hérésie. Dans ses chroniques, on sent poindre une forme d’agacement distingué. Comment cette jeune femme, qui semble se moquer des règles élémentaires de la dramaturgie, peut-elle captiver à ce point les foules ? Il décrivait son jeu comme une “absence”, un vide rempli uniquement par une présence physique écrasante.
“Elle ne joue pas un personnage,” écrivait-il en substance dans l’une de ses analyses les plus percutantes, “elle promène sa propre indifférence et sa propre insolence devant un objectif qui en redemande.” C’était là le cœur de la critique baroncellienne : le refus de valider le narcissisme de l’époque. Il voyait en Bardot le symptôme d’un cinéma qui ne cherchait plus à raconter des histoires, mais à exposer des phénomènes. Il critiquait son incapacité à sortir d’elle-même, à habiter une autre psyché que la sienne. Pour lui, une actrice devait être capable de transformation ; Bardot, elle, imposait sa propre réalité au film, le tordant jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un documentaire sur sa propre beauté.
Pourtant, et c’est là toute la subtilité de Jean de Baroncelli, sa critique n’était jamais aveugle. Même en dénonçant les faiblesses techniques de la star — ses maladresses dans l’expression des émotions complexes, son incapacité à tenir des dialogues trop littéraires — il reconnaissait, presque à contrecœur, la puissance dévastatrice de son apparition. Il y a dans ses textes une forme d’aveu : celui de l’impuissance de l’intellect face à la biologie. Il admettait que Bardot possédait quelque chose que le conservatoire ne donnait pas : la grâce animale.
Il la comparait parfois à une bête sauvage lâchée dans un salon bourgeois, renversant la porcelaine et déchirant les rideaux. Le “jeu” n’existait pas, mais “l’être” était incandescent. Baroncelli, en bon observateur des mœurs, comprenait que Bardot marquait la fin du cinéma de papa, où les actrices étaient des dames. Avec elle, l’actrice devenait une force de la nature, brute, non dégrossie. Il critiquait la comédienne, mais il ne pouvait nier la star. C’est cette dualité qui rend ses articles si précieux aujourd’hui. Ils ne sont pas de simples éreintements ; ils sont le sismographe d’un tremblement de terre culturel.

L’un des points les plus fascinants de cette relation critique est la manière dont Baroncelli analysait la voix de Bardot. Cette voix, devenue iconique, était pour lui un sujet d’étude constant. Il relevait son manque de projection, cette façon de “mâchonner” les mots, comme si le langage l’ennuyait. Pour un homme de lettres, voir le verbe traité avec tant de désinvolture était une souffrance. Il notait que lorsqu’elle devait exprimer la colère ou le désespoir, elle semblait souvent empruntée, recourant à des cris d’enfant gâtée plutôt qu’à la palette émotionnelle d’une tragédienne.
Cependant, au fil des années et des films, notamment avec La Vérité d’Henri-Georges Clouzot, le ton de Baroncelli a dû s’nuancer. Face à la performance viscérale de Bardot dans ce film, même le critique le plus sévère a dû admettre qu’il se passait quelque chose. Mais là encore, sa plume restait vigilante. Il soulignait que ce n’était toujours pas du “grand jeu” au sens classique, mais une mise à nu, une forme d’exhibitionnisme émotionnel qui, s’il était efficace, n’en restait pas moins, à ses yeux, artistiquement suspect.
Ce qui frappe à la lecture de ces archives en 2025, c’est l’élégance du style. Baroncelli ne cherchait pas le buzz, il ne cherchait pas la petite phrase assassine pour faire vendre du papier. Il cherchait la vérité du film. Lorsqu’il critiquait Bardot, c’était avec des arguments, avec des références, avec une hauteur de vue qui manque cruellement à l’époque actuelle des réseaux sociaux. Il ne disait pas “c’est nul”, il expliquait pourquoi l’artifice ne prenait pas, pourquoi la couture était trop visible, pourquoi l’émotion sonnait faux.
Mais au-delà de la critique technique, c’est le portrait d’une époque qui se dessine. Baroncelli vs Bardot, c’est Paris vs Saint-Tropez, c’est la bibliothèque vs la plage, c’est le passé vs le futur. Le critique défendait une citadelle assiégée, celle de la culture classique, face aux barbares de la Nouvelle Vague et de la libération sexuelle. Bardot était le cheval de Troie de cette révolution. En critiquant son jeu, Baroncelli tentait, peut-être inconsciemment, de repousser l’avènement d’une ère où l’image l’emporterait sur le texte, où l’instinct dominerait la raison.
Il est intéressant de noter que les défauts pointés par Baroncelli — le naturel excessif, le refus de la technique, la confusion entre l’acteur et le rôle — sont devenus, quelques décennies plus tard, les qualités ultimes recherchées par le cinéma moderne. Ce qu’il voyait comme une carence est devenu un style. L’histoire a donné raison à Bardot sur le plan de l’impact, mais elle a donné raison à Baroncelli sur le plan de l’analyse : elle n’a jamais été une “comédienne” au sens où il l’entendait. Elle était autre chose. Elle était un événement.
Relire ces critiques aujourd’hui nous force aussi à nous interroger sur notre propre rapport aux stars. Sommes-nous encore capables de voir les failles derrière le glamour ? Baroncelli, avec sa sévérité bienveillante, nous rappelle que l’admiration ne doit pas éteindre l’esprit critique. On peut être fasciné par Bardot tout en reconnaissant, comme lui, que sur tel plan, l’intention est floue, ou que dans telle scène, le geste est maladroit. C’est cette honnêteté intellectuelle qui fait la grandeur de la critique.
Il y a aussi une dimension tragique dans ces écrits. On sent que Baroncelli aurait aimé que Bardot soit une grande actrice. Il aurait aimé voir ce potentiel explosif canalisé, discipliné, mis au service de grands textes. Il y a une forme de regret dans ses lignes, le regret d’un gâchis magnifique. Une Ferrari conduite sur un chemin de terre. Il voyait en elle une énergie vitale qui, si elle avait été travaillée, aurait pu donner une nouvelle Sarah Bernhardt. Mais Bardot n’avait que faire de Sarah Bernhardt. Elle voulait danser le mambo, pieds nus, et se moquer du monde.
Ce dialogue de sourds entre le critique et la star est l’un des feuilletons les plus passionnants de l’histoire de la critique française. D’un côté, l’homme qui avait vu tous les films, lu tous les livres, qui portait en lui l’histoire de l’art. De l’autre, la jeune femme qui vivait dans l’instant absolu, sans passé et sans futur, brûlant la pellicule par sa simple existence. Baroncelli écrivait pour l’éternité, Bardot jouait pour l’immédiat.
L’article du Monde qui resurgit aujourd’hui nous rappelle également la violence dont Bardot a fait l’objet. Si Baroncelli restait courtois, ses analyses légitimaient parfois des attaques beaucoup plus basses venant d’autres horizons. En décortiquant son incompétence technique supposée, il donnait des munitions à ceux qui ne voyaient en elle qu’une “pauvre fille” propulsée trop haut. Mais c’était mal connaître la résilience de BB, qui se nourrissait de cette hostilité pour forger sa légende.
Finalement, qui a gagné ce duel ? Le temps a fait son œuvre. Baroncelli est resté dans les mémoires comme un géant de la critique, une référence absolue. Bardot est devenue un mythe universel. Les deux ont survécu, chacun dans son couloir. Mais ce qui reste, c’est cette tension fertile, cette électricité qui se dégageait de leurs rencontres par presse interposée. C’est la preuve que le cinéma est vivant, qu’il est un champ de bataille où s’affrontent des visions du monde.
En 2025, alors que nous sommes inondés de contenus lisses et consensuels, la lecture de ces critiques est un régal. On y retrouve le goût de la controverse argumentée, le plaisir du style, l’amour exigeant du cinéma. Baroncelli aimait le cinéma assez fort pour ne pas supporter la médiocrité, même lorsqu’elle avait le visage d’un ange. Et Bardot était assez forte pour supporter ce regard impitoyable et continuer à avancer, tête haute, indifférente et superbe.

C’est peut-être cela, la grande leçon de cette exhumation médiatique : la critique, même sévère, est une forme d’hommage. Si Baroncelli a consacré tant de lignes, tant d’analyses, tant de temps à Brigitte Bardot, c’est parce qu’elle en valait la peine. On ne critique pas ce qui est insignifiant. On critique ce qui nous dérange, ce qui nous questionne, ce qui nous bouscule. Bardot a bousculé Baroncelli, et Baroncelli a tenté, avec ses mots, de remettre de l’ordre dans ce chaos blond.
Aujourd’hui, nous pouvons lire ces textes avec un sourire nostalgique. Nous savons la suite de l’histoire. Nous savons que Bardot arrêtera le cinéma en 1973, fatiguée d’être cet objet d’analyse perpétuelle. Nous savons que Baroncelli continuera d’écrire jusqu’à la fin, fidèle à son poste d’observateur. Mais l’instant de leur confrontation reste figé, cristallisé dans ces paragraphes d’une densité remarquable.
Pour les jeunes générations qui découvrent Bardot via des extraits TikTok ou des filtres Instagram, lire Baroncelli est indispensable. C’est comprendre que derrière l’image, il y a un travail, ou une absence de travail, qui fait sens. C’est comprendre que la célébrité n’est pas le talent, et que le talent n’a pas toujours besoin de la célébrité. C’est une leçon de discernement.
En conclusion, la réapparition de ces chroniques dans l’actualité de décembre 2025 n’est pas un hasard. Elle répond à un besoin de profondeur. Nous avons besoin de réentendre ces voix qui ne cherchaient pas à plaire, mais à voir juste. Jean de Baroncelli critiquant le jeu de Brigitte Bardot, c’est bien plus qu’une anecdote de cinéma. C’est un moment de vérité, un face-à-face entre l’œil et l’objet, entre l’esprit et la chair, qui continue de résonner bien après que les projecteurs se soient éteints et que l’encre ait séché. Une leçon d’histoire culturelle à méditer sans modération.
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