Ce mercredi 7 janvier restera à jamais gravé dans la mémoire de Saint-Tropez comme le jour où la lumière de la Riviera s’est voilée de deuil. La ville, habituellement vibrante et ensoleillée, s’est figée dans un recueillement solennel pour accompagner sa plus célèbre résidente, Brigitte Bardot, vers sa dernière demeure. L’icône du cinéma français et ardente défenseuse de la cause animale, disparue le 28 décembre à l’âge vénérable de 91 ans, a reçu un hommage à son image : vibrant, émouvant, mais empreint d’une authenticité brute qui a touché chaque personne présente. Si les regards du monde entier étaient tournés vers l’église Notre-Dame de l’Assomption, c’est à l’intérieur de cet édifice sacré que s’est joué le véritable drame humain, loin des flashs et des paillettes, au cœur même d’une famille longtemps dispersée par les vents de la vie.

Dès les premières heures de la matinée, une atmosphère particulière régnait sur la petite ville varoise. La foule des admirateurs, massée respectueusement aux abords de l’église, témoignait de l’impact indélébile que “BB” a laissé sur plusieurs générations. La messe, célébrée sur invitation stricte, a vu défiler des personnalités de tous horizons, venues saluer la mémoire d’une femme qui n’a jamais laissé personne indifférent. Mireille Mathieu, la voix d’or de la chanson française, a élevé son chant en un hommage poignant, faisant résonner les voûtes de l’église d’une émotion pure. À ses côtés, des figures comme Paul Watson, le combattant des océans, Chico des Gipsy Kings, ou encore Marine Le Pen, étaient présents, illustrant la diversité des mondes que Brigitte Bardot a traversés et marqués de son empreinte.

Cependant, au-delà de ce parterre de célébrités et de figures publiques, c’est vers les premiers rangs, là où le cœur de la cérémonie battait le plus fort, que l’attention s’est inévitablement portée. La famille de l’actrice, souvent restée dans l’ombre ou à distance au fil des décennies tumultueuses, était là, réunie dans la douleur de la perte. Le cercueil, simple et symbolique, tressé en osier comme pour rappeler une dernière fois l’amour inconditionnel de la star pour la nature et la simplicité, trônait au centre de toutes les pensées. C’est près de ce berceau d’éternité que Nicolas-Jacques Charrier, le fils unique de Brigitte, s’est tenu. Sa présence, à elle seule, racontait une histoire complexe, faite de blessures passées, d’éloignement, mais aussi, en ce jour fatidique, de réconciliation silencieuse face à la mort.

L’arrivée de Nicolas Charrier a donné lieu à une scène d’une tristesse et d’une humilité bouleversantes, rapportée par un journaliste témoin de l’événement. Alors qu’il s’approchait de l’entrée, cet homme de 65 ans, qui a construit sa vie loin du tumulte médiatique de sa mère, n’a pas été immédiatement reconnu par les invités et le service d’ordre. Dans un moment qui souligne cruellement la distance qui a pu exister, il a dû décliner son identité avec une simplicité désarmante. “Bonjour, famille Charrier”, a-t-il simplement prononcé pour se frayer un chemin vers le cercueil de sa mère. Cette phrase, prononcée sans amertume ni revendication, a résonné comme un écho de la pudeur de cet homme qui, malgré les mots parfois durs du passé, a tenu à être présent pour l’ultime voyage. Il ne connaissait que peu de monde parmi l’assemblée, se tenant là comme un étranger dans le monde de sa mère, mais comme un fils dans son cœur.

Mais l’émotion a atteint son paroxysme avec l’apparition d’une autre figure, encore plus discrète et tout aussi touchante : Théa, la petite-fille de Brigitte Bardot. Venue spécialement de Norvège, où elle réside, la jeune femme a fait le déplacement pour honorer la mémoire de cette grand-mère qu’elle voyait peu mais qui occupait une place mythique dans son histoire familiale. Théa n’était pas seule ; elle était accompagnée de ses trois enfants, les arrière-petits-enfants de la star, symbolisant la continuité de la vie face au deuil. Dans une tenue sobre, le visage dissimulé derrière des lunettes de soleil noires, elle tentait de contenir une émotion visiblement débordante. Malgré la barrière de la langue et la distance géographique, le chagrin, lui, était universel.

Cette présence résonnait particulièrement avec des confidences faites par Brigitte Bardot elle-même en 2020. Lors d’un entretien rare et intime, l’actrice avait évoqué avec une tendresse teintée de mélancolie cette descendance lointaine. “Mes petites-filles ont 30 ans, elles ont deux enfants de 7 et 3 ans. Je suis arrière-grand-mère d’une descendance qui a la nationalité norvégienne et ne parle pas le français”, confiait-elle alors, ajoutant que les contacts étaient “difficiles mais charmants”. Ce mercredi, ces contacts sont devenus une présence physique, tangible et douloureuse. Voir Théa là, avec ses propres enfants, offrait une image de rédemption familiale, prouvant que les liens du sang finissent toujours par se resserrer quand l’essentiel est en jeu.

La cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère de dignité absolue. Pas de cris, pas d’hystérie, juste le silence respectueux d’une assemblée consciente de vivre la fin d’une époque. Le choix du cercueil en osier, humble et écologique, était le dernier message de Brigitte à ce monde : un retour à la terre, sans fioritures, en accord avec ses convictions profondes. Autour de ce symbole, la famille Charrier, bien que peu familière des codes de cet entourage médiatique, a tenu son rang avec une noblesse discrète. Nicolas, Théa et les enfants ont formé un rempart d’intimité autour de la défunte, rappelant à tous que derrière l’icône mondiale, il y avait une mère, une grand-mère et une arrière-grand-mère.

Les larmes de Théa, cachées mais devinées derrière ses verres fumés, racontaient l’histoire de ces rendez-vous manqués que la mort rend définitifs, mais aussi l’amour qui persiste malgré tout. Pour Nicolas, ce retour à Saint-Tropez, ville témoin de la gloire de sa mère et de son propre éloignement, a dû être une épreuve autant qu’une nécessité. Le fait qu’il ait dû se présenter à l’entrée de l’église illustre à quel point deux mondes ont coexisté sans se toucher pendant si longtemps. Pourtant, en ce jour de janvier, ces deux mondes se sont enfin rejoints.

Alors que le convoi funéraire quittait l’église sous le ciel d’hiver de la Côte d’Azur, les admirateurs et les proches ont partagé un même sentiment de vide. Mais au-delà de la tristesse, c’est cette image de réunion familiale qui restera. Celle d’un fils digne et d’une petite-fille en pleurs, venus de loin pour dire “je t’aime” et “adieu” à celle qui fut, pour le monde entier, une légende, mais pour eux, une origine. Brigitte Bardot est partie, mais elle a réussi, dans son dernier instant, à rassembler autour d’elle ce qu’elle avait de plus précieux et de plus complexe : sa famille.