C’est une séquence d’une violence rare qui secoue actuellement le paysage médiatique et politique français. Loin de l’ambiance festive de “N’oubliez pas les paroles”, Nagui, l’animateur préféré des Français, se retrouve au centre d’une tempête qui mêle gros sous, argent public et accusations gravissimes. Tout est parti d’une commission d’enquête sur l’audiovisuel public, menée avec une rigueur inédite par le député Charles Alloncle. Ce dernier a osé poser la question qui fâche : combien gagnent réellement les stars du service public, et à quel prix pour le contribuable ? La réponse de Nagui ne s’est pas fait attendre, et elle a pris tout le monde de court par sa virulence et son angle d’attaque : le racisme.

L’étincelle : “L’homme qui valait 100 millions”

Le cœur du conflit réside dans les chiffres, et ils donnent le vertige. Charles Alloncle, rapporteur de la commission, a révélé, en utilisant prudemment le conditionnel, que Nagui serait l’une des personnalités s’étant le plus enrichies grâce à l’argent public ces dernières années. Ces allégations ne sortent pas de nulle part. Elles font écho à une enquête fouillée de Mediapart datant de juillet 2020, intitulée “Nagui, l’homme qui valait 100 millions d’euros d’argent public”. À l’époque, le pure-player révélait un contrat mirobolant entre l’animateur-producteur et France Télévision pour la période 2017-2020. Curieusement, à ce moment-là, Nagui n’avait pas crié au loup, ni accusé Mediapart de discrimination.

Mais aujourd’hui, alors que le contexte politique se tend et que la France traverse une crise budgétaire sans précédent, la question de l’utilisation de la redevance (ou de ce qu’il en reste) devient explosive. Charles Alloncle a simplement fait son travail de parlementaire : auditer, vérifier, questionner. Il a souligné la capacité de Nagui, via sa société de production, à générer des marges colossales en enregistrant plusieurs émissions par jour. Une mécanique industrielle financée par l’impôt des Français.

La contre-attaque de Nagui : La carte du racisme

Nagui répond avec ironie aux accusations de Charles Alloncle sur ses  revenus dans le service public

Piqué au vif, Nagui a choisi une ligne de défense qui a stupéfié les observateurs. Plutôt que de répondre sur le fond, sur la transparence des comptes ou la justification de ses émoluments, il a contre-attaqué sur le terrain moral. Dans un long message publié sur ses réseaux sociaux, il accuse Charles Alloncle de le cibler en raison de ses origines égyptiennes. “Certaines mauvaises langues me disent que vous n’aimez pas les végétariens, d’autres me disent que ce sont mes origines égyptiennes”, écrit-il, insinuant que le député serait motivé par une xénophobie latente.

Cette sortie a provoqué l’indignation sur le plateau d’Europe 1. Gabriel Cluzel, directrice de la rédaction de Boulevard Voltaire, n’a pas mâché ses mots, qualifiant cette défense de “pitoyable” et d’”indigne”. “C’est une ligne de défense très pauvre. Quand on n’a rien à opposer sur le fond, on tire la ligne victimaire”, analyse-t-elle. Elle compare même cette stratégie à celle d’Anne Hidalgo, qui invoquait sa condition de femme et ses origines espagnoles face aux critiques sur sa gestion de Paris. Pour les commentateurs, c’est une fuite en avant : Nagui tente de délégitimer l’enquête parlementaire en la salissant avec l’accusation infamante de racisme.

Un deux poids, deux mesures flagrant

Les chroniqueurs soulignent l’hypocrisie de la situation. Lorsque Jean Messiha, lui aussi d’origine égyptienne, se fait traiter de “tête de chameau” sur les plateaux télé, personne dans le show-business ne monte au créneau pour dénoncer le racisme. Mais quand on demande des comptes à Nagui sur l’argent public, l’argument racial surgit instantanément.

Éric Tegner rappelle également que Charles Alloncle n’a jamais, à aucun moment, fait allusion aux origines de l’animateur. Il n’a jamais remis en cause ses compétences professionnelles, unanimement reconnues. Il interroge simplement le système. “On demande simplement à un animateur public de dire combien est facturée une émission par rapport au privé avec l’argent des Français”, résume un auditeur en colère.

La transparence : Un tabou français ?

Au-delà du clash de personnalités, cette affaire révèle un malaise profond vis-à-vis de l’argent public en France. Alors que dans des pays comme le Royaume-Uni, la BBC publie en toute transparence les salaires de ses stars, en France, le sujet reste opaque, presque sacré. Vouloir savoir, c’est commettre un crime de lèse-majesté. “On a l’impression que c’est un crime de vouloir savoir ce qui se passe à l’intérieur de cette télévision publique qui coûte 4 milliards par an”, s’insurge Gabriel Cluzel.

Dans un contexte où les agriculteurs crient leur détresse et où les Français sont appelés à se serrer la ceinture, l’attitude de Nagui passe mal. Son refus de répondre sur le fond et sa menace de procès contre un élu de la République qui ne fait que son devoir de contrôle apparaissent comme une tentative d’intimidation. Nagui a peur. Peur non seulement de Charles Alloncle, mais de la caisse de résonance médiatique qui est en train de se former. Des patrons, des contribuables, des citoyens ordinaires commencent à soutenir cette quête de vérité.

Conclusion : Une fin de règne ?

En choisissant l’attaque ad hominem et la victimisation, Nagui a peut-être commis une erreur stratégique majeure. Il a transformé une question comptable en affaire d’État et d’honneur. Il a montré une fébrilité qui suggère que les questions de Charles Alloncle visent juste. L’animateur, habitué à être adulé, découvre qu’il n’est pas au-dessus des lois ni au-dessus du devoir de rendre des comptes.

Cette affaire laissera des traces. Elle marque peut-être la fin d’une époque, celle où les stars du service public pouvaient disposer de budgets pharaoniques sans jamais avoir à s’en justifier devant ceux qui les paient : les Français. La “guerre” est déclarée, et il n’est pas sûr que l’accusation de racisme suffise, cette fois, à éteindre l’incendie de la vérité.