Le monde du football français s’est réveillé avec une gueule de bois terrible ce 13 janvier 2026. Rolland Courbis, la voix de rocaille, le “Coach” aux milles vies, l’homme qui a fait vibrer Marseille, Bordeaux et Montpellier, s’est éteint à l’âge de 72 ans. Mais alors que les hommages pleuvaient, saluant la mémoire d’un passionné au verbe haut, une notification est venue figer les timelines, provoquant une onde de choc bien plus puissante que l’annonce du décès elle-même.

Zinedine Zidane, l’homme qui ne parle jamais pour ne rien dire, l’icône murée dans sa réserve légendaire, a brisé le silence. Et quel silence. Pas de “RIP”, pas de condoléances polies. À la place, un message cryptique, presque clinique, posté sur les réseaux sociaux, qui sonne moins comme un adieu que comme une libération. Ce que Zidane a “enfin osé dire” après la mort de Courbis n’est pas une lettre d’amour. C’est l’épilogue brutal d’une guerre froide qui aura duré plus de trente ans.

Le Choc des Mots, le Poids des Maux

“Certains silences durent une vie et puis il y a ces moments où le silence devient une réponse. J’ai longtemps tu ce que je ressentais mais aujourd’hui je peux dire que tout n’a pas été dit ni montré. Repose en paix.”

Ces quelques lignes, sans photo, sans émoji, ont fait l’effet d’une bombe. Pour le grand public, cela peut ressembler à de la philosophie zidanienne. Mais pour les initiés, pour ceux qui connaissent les coulisses du football marseillais, chaque mot est une lame de rasoir. “Tout n’a pas été dit”. La phrase résonne comme une menace, ou du moins comme la révélation d’une immense frustration.

Pourquoi attendre la mort de l’autre pour lâcher ce lest ? Est-ce de la dignité mal placée ou une rancune tenace que même le trépas ne saurait effacer ? Pour comprendre la violence sourde de ce message, il faut remonter le temps, revenir aux racines de ce malentendu entre deux enfants de Marseille que tout aurait dû réunir, mais que tout a opposé.

Deux Marseillais, Deux Mondes

L'émotion de Zinédine Zidane après la disparition de Rolland Courbis -  12/01/2026 à 16:38 - Boursorama

D’un côté, Rolland Courbis. Né en 1953, enfant des quartiers populaires, il s’est construit par la tchatche, le défi, l’affrontement. Joueur rugueux, entraîneur charismatique, consultant omniprésent : Courbis existait par le bruit. Il prenait la lumière, quitte à brûler ceux qui l’entouraient.

De l’autre, Zinedine Zidane. L’enfant de la Castellane, le génie taiseux. Lui s’est construit dans l’ombre, laissant ses pieds parler pour lui. Là où Courbis cherchait la polémique, Zidane cherchait la perfection. Ces deux trajectoires n’étaient pas seulement différentes, elles étaient incompatibles.

L’origine de la fracture remonterait à 1992. Une histoire de recrutement manqué, un rendez-vous raté avec l’histoire. On raconte que Courbis, alors consultant officieux pour des clubs du sud, aurait eu l’occasion de valider le profil du jeune Zidane. Son verdict, rapporté par des témoins de l’époque, aurait été cinglant : “Un joueur talentueux mais il devra apprendre à se faire respecter ou il finira par se taire.” Une phrase prophétique, mais cruelle. Zidane s’est tu, certes, mais il est devenu le meilleur joueur du monde. Courbis, lui, a continué à parler, mais il n’a jamais atteint les sommets de son cadet.

La Guerre des Petites Phrases

Pendant des décennies, Rolland Courbis a semblé courir après une reconnaissance que Zidane lui refusait obstinément. L’entraîneur à la gouaille légendaire ne manquait jamais une occasion d’égratigner la statue du Commandeur. “Le talent c’est bien, mais sans tripes tu ne gagnes pas un vestiaire”, disait-il. Ou encore cette pique terrible en 2003 : “C’est sûr que quand on est entouré de Blanc ou Thuram, on peut se permettre d’être discret.”

Chaque remarque était une goutte d’acide. Courbis ne supportait pas d’être effacé de l’histoire. Il voulait que Zidane le cite, le reconnaisse, valide son existence dans le grand livre du football. Mais Zidane, impérial, ne répondait jamais. Il l’ignorait. Et dans le monde de l’ego, l’indifférence est la pire des insultes.

Ce silence de Zidane a nourri l’amertume de Courbis jusqu’à ses derniers jours. Des proches racontent qu’il vivait ce mutisme comme une injustice, une trahison de la part d’un “frère” de quartier. “Il m’a oublié”, répétait-il.

Une Réponse d’Outre-Tombe ?

En publiant ce message au lendemain du décès, Zidane a donc, paradoxalement, donné raison à Courbis tout en l’achevant définitivement. Il a reconnu qu’il y avait un sujet, une tension, une histoire non résolue. Mais en le faisant maintenant, alors que Courbis ne peut plus répondre, Zidane reprend le contrôle total du récit.

Certains y voient une élégance froide, une manière de dire “Je ne t’ai pas pardonné, mais je te laisse partir”. D’autres sont choqués par ce timing. N’est-il pas indécent de régler ses comptes avec un mort ? Les réseaux sociaux s’enflamment, divisés entre les partisans de la vérité brute et ceux du respect sacré dû aux défunts.

Ce qui est certain, c’est que ce message change tout. Il éclaire d’un jour nouveau la carrière des deux hommes. On comprend mieux pourquoi ils ne se croisaient jamais, pourquoi Zidane fuyait les plateaux où Courbis officiait. Ce n’était pas du hasard, c’était de l’évitement.

La Triste Fin d’une Histoire Impossible

Au final, cette histoire laisse un goût amer. C’est l’histoire de deux légendes qui n’ont jamais su se parler. L’un est mort avec ses regrets et sa rancœur, l’autre reste vivant avec ses secrets et ses blessures. Le “Tout n’a pas été dit” de Zidane sonne comme un avertissement : il y a encore des cadavres dans les placards du football français.

Rolland Courbis est parti avec sa verve et ses excès, laissant derrière lui un vide immense. Mais il laisse aussi cette dernière énigme, ce dernier duel perdu contre le silence de Zidane. Une rivalité tragique, presque shakespearienne, sous le soleil de Marseille. Adieu Rolland, et peut-être que là-haut, loin des caméras et des non-dits, vous pourrez enfin avoir cette discussion que la vie vous a refusée. Quant à nous, il nous reste ce tweet, froid comme le marbre, pour méditer sur la fragilité des liens humains, même au sommet de la gloire.