« J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. » Déjà star, devenue une véritable icône avec Et Dieu créa la femme, BB avait dit adieu aux écrans il y a cinquante ans mais restait un mythe. Ses sympathies à l’extrême droite et ses condamnations répétées pour ses propos racistes ont fortement terni l’image qu’on garde d’elle. Brigitte Bardot est morte à Toulon à l’âge de 91 ans.
![]()

Une photo d’archives du 23 janvier 1978 montre l’actrice française Brigitte Bardot prononçant un discours au Conseil européen de Strasbourg lors d’un débat sur la protection des animaux et contre la chasse aux phoques. Ce n’est pas une actrice mais une icône. On va s’intéresser autant, sinon plus, à ses amours qu’à ses films.
© AFP
Brigitte Bardot est morte à Toulon à 91 ans. Icône du cinéma, elle avait pourtant quitté les écrans en 1973. On pourrait commencer par cette improbable rencontre dont témoignent quelques photos. Sur l’une d’elles, elle est debout, les jambes bien plantées dans le sol avec le maintien de la danseuse qu’elle est. Chaussée de simples ballerines, elle porte une robe à fleurs au décolleté en carré, à la jupe largement évasée.
Devant elle se tient un petit homme râblé, avec une chemise en damier. La vaste pièce est encombrée de sculptures, de tableaux. C’est Picasso. Il a 75 ans, elle en a 22. Au Festival de Cannes, nous sommes en 1956, elle n’a encore que quelques films à son actif, dont le Trou normand, de Jean Boyer, avec Bourvil, le racoleur Manina, la fille sans voiles, de Willy Rozier, un rôle secondaire dans les Grandes Manœuvres, de René Clair, un autre dans un péplum américain de Robert Wise, Hélène de Troie…
Les photographes ne voient qu’elle
À Cannes, pourtant, elle éclipse toutes les actrices et même les stars que sont Sophia Loren et Gina Lollobrigida. Les photographes ne voient qu’elle. Elle découvre en projection le documentaire d’Henri-Georges Clouzot, le Mystère Picasso. Il n’est pas loin, à Vallauris. Que se disent-ils ?
On l’ignore, mais à l’évidence, ils se comprennent. On s’attendrait à ce qu’il fasse son portrait. Il ne le fera pas. Il aurait pu, même après une simple entrevue. Il l’avait déjà fait deux ans auparavant pour une de ses jeunes voisines, Sylvette David, à qui, deux heures après l’avoir entrevue, il apporte deux dessins d’elle. Mais sans doute Bardot est « trop », comme on dit aujourd’hui. Trop belle, trop gracieuse, trop libre…
Sur le même thème

Bardot, la femme et la starlette
Picasso le Minotaure a besoin de dominer, mais là, il est devant une égale, dans deux mondes différents. Ils sont comme deux étoiles qui ne se ressemblent en rien mais de même intensité. Deux ans auparavant, Roland Barthes a déjà inscrit Bardot dans ses Mythologies, comme la DS 19, la déesse, bien sûr, le jeu de mots est vendu avec. « Elle représente un érotisme dépouillé de tous ces substituts faussement protecteurs qu’étaient le semi-vêtement, le fard, le fondu, l’allusion, la fuite. »
L’explosion pourtant n’a pas encore eu lieu. Quelques mois après, le mambo qu’elle danse devant Curt Jurgens et Jean-Louis Trintignant est une bombe à fragmentation. Les pieds nus, ses longues cuisses dévoilées dans le mouvement. C’est une transe magique, tribale. Un saint, écrit Simone de Beauvoir, « vendrait son âme au diable pour la voir danser ».
« Et Dieu créa la femme… et le diable a inventé BB »
Et Dieu créa la femme, de Roger Vadim, qui est encore son mari alors que sur le tournage elle va commencer une nouvelle histoire avec Trintignant, est un manifeste de liberté et de sensualité. Nous sommes en novembre 1956. Un mois auparavant, invitée à Londres, elle a rencontré la reine d’Angleterre et croisé Marilyn Monroe. Sur les Champs-Élysées, l’affiche du film proclame : « Et Dieu créa la femme… et le diable a inventé BB. »
La femme. Ce n’est pas la sainte Vierge, la mère de famille, la compagne de l’homme. La femme dans son essence, sa vérité de femme. La pilule est loin, l’avortement est toujours sévèrement sanctionné, le MLF n’est même pas encore dans les cartons. Bardot ne sera jamais de ces combats-là mais elle apparaît, une douzaine d’années seulement après la Seconde Guerre mondiale, comme une promesse de liberté.
La petite bourgeoise née à Paris n’était pas spécialement destinée à cela. Son père est un industriel, catholique convaincu, descendant d’un maréchal d’empire ; sa mère, fille d’un directeur de société d’assurances, voulait être ballerine et va reporter sur elle son désir contrarié, gifles à l’appui s’il le faut pour qu’elle se tienne droite.
Elle a 15 ans, quand la directrice du magazine Elle et du Jardin des modes, Hélène Lazareff, une amie de sa mère, la remarque. Elle fait la une de Elle. Le réalisateur Marc Allégret lui fait tourner une scène dans Les lauriers sont coupés. Elle donne la réplique à Roger Vadim qui est son assistant. Ils sont amoureux, mais papa et maman Bardot ne l’entendent pas ainsi. La jeune fille fait une tentative de suicide, alors oui, ils pourront se marier, mais quand elle aura 18 ans.
« Ça gagne des millions pour se montrer à poil et pendant ce temps-là, mon frère il est en Algérie »
Et Dieu créa la femme ne séduit pas d’emblée le public, ni la critique en France, à l’exception notable de Chabrol, Truffaut et Godard, mais quelques mois plus tard, il triomphe aux États-Unis, puis en Angleterre, en Allemagne et fait un retour de tsunami en France. Les Américains inventent le terme de bardolâtrie. BB est née. Ce n’est pas une actrice mais une icône. On va s’intéresser autant, sinon plus, à ses amours qu’à ses films.
Sa grossesse, qu’elle vivra douloureusement, presque sur le mode du refus, et la naissance de son fils Nicolas qu’elle a avec l’acteur Jacques Charrier sont des événements nationaux et même au-delà des frontières. Elle achète son refuge, La Madrague, dans ce qui n’est encore qu’un village de pêcheurs. « Je me crée mon monde à l’intérieur du monde des autres. »
Exécutions, tortures, pillages… l’Algérie vote une loi condamnant les crimes coloniaux et demande des excuses à la France
Le monde l’atteint, toutefois. Trintignant a dû partir en Algérie… En 1961, l’OAS qui multiple les attentats criminels au nom de l’Algérie française veut la racketter en la menaçant. L’Humanité va publier sa réponse à la une, avec sa photo : « Moi, je ne marche pas, parce que je n’ai pas envie de vivre dans un pays nazi. »
Trois films, ou quatre si l’on retient le délicieux l’Ours et la poupée de Michel Deville, vont marquer profondément son parcours. La Vérité, de Clouzot, en 1960, avec un tournage difficile, suivi par une nouvelle tentative de suicide après celle de son adolescence. Vie privée, de Louis Malle, un an plus tard, avec là aussi un tournage difficile, en Suisse.
Elle est insultée publiquement : « La putain, en France. Qu’elle aille chez elle faire ses saloperies ! » Dans le film où Malle la saisit souvent en gros plan, une femme l’invective : « Ça gagne des millions pour se montrer à poil et pendant ce temps-là, mon frère il est en Algérie. »
Dans le Mépris, en 1963, de Godard d’après Moravia, on retient souvent la scène dite culte où elle interroge Piccoli – « Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? » –, mais la vérité du film est davantage dans son regard, lorsqu’elle comprend pourquoi il la laisse seule avec le producteur du film en chantier. Au fond, c’est peut-être son plus grand rôle, celui où Godard semble traduire en images ce qu’elle dira elle-même plus tard : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. »
En 1973, alors qu’elle tourne avec Nina Companeez l’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise, elle se trouve soudain stupide en se regardant costumée dans un miroir : « Tout cela me sembla dérisoire, superflu, ridicule, inutile. » Elle met fin à sa carrière d’actrice. Les icônes sont toujours des mensonges.
La cause animale au cœur
C’est désormais à Brigitte Bardot de jouer son propre rôle. Elle a commencé dès 1962 en obtenant après une émission de télévision et une entrevue avec le ministre de l’Intérieur d’alors, Roger Frey, la généralisation du pistolet d’abattage pour une mort indolore du gros bétail. En 1976, sa campagne pour les bébés phoques secoue l’opinion. On s’émeut ou on la raille, que va-t-elle faire sur cette banquise ?
On stigmatise ce qu’on pense être sa méconnaissance de la vie des Inuits… Reste que cette chasse annuelle aux jeunes animaux assommés, parfois dépecés encore vivants, pour les fourrures blanches que vont porter les riches élégantes est assez abominable.
Elle reçoit de multiples soutiens dont celui de l’académicienne Marguerite Yourcenar. L’Union européenne finit par interdire l’importation de ces fourrures. On passe de 200 000 phoques abattus en 1981 à 20 000 en 1985. En 1986, elle crée sa Fondation Brigitte Bardot pour la protection des animaux.
Sans parti pris, il faut bien reconnaître qu’elle va obtenir de réelles avancées dans le traitement de la souffrance animale et le regard porté sur ce qui est devenu un véritable sujet sociétal et politique, que l’on parle des fermes industrielles, des poules en cages, des abattoirs, des animaux de cirque…
Cela n’empêche pas les critiques acerbes à son encontre. En 1990, Marlene Dietrich dit, dans Paris Match : « Brigitte Bardot est encore une légende vivante mais elle est devenue tellement bizarre qu’il est impossible de lui garder intacte son aura d’autrefois. L’admiration qu’elle voue aux chiens est effarante quand on pense à l’horreur dans laquelle se débat le monde, face à la mort, la douleur, la misère et le désespoir des enfants malades et affamés. »
« Je vais finir par devenir communiste… non, quand même pas »
Quelques années plus tard, c’est le père de son propre enfant, Jacques Charrier, qui répond à ses mémoires, Initiales B.B., référence à Gainsbourg : « Pour elle, l’humanité se divise en trois : les êtres humains (race inférieure et méprisable), les animaux (dignes d’être aimés) et elle-même (digne d’être adulée). »
Ce sont les annonces de ses dernières années. Elle dit, elle écrit ouvertement sa haine de l’humanité, elle vit avec ses chiens, son compagnon Robert d’Aumale, un proche de Le Pen. Elle multiplie les déclarations abjectes et racistes sur les musulmans ou les Réunionnais qui ont des « gènes de barbares et des réminiscences de cannibalisme ». Condamnée à de fortes amendes à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale, elle semble en tirer des raisons de persister et signer. Politiquement, elle se lie à l’extrême droite et apporte son soutien aux candidatures présidentielles de Marine Le Pen en 2012 puis d’Éric Zemmour en 2022, avant de se raviser en faveur de Nicolas Dupont-Aignan.
Quelques très rares déclarations font penser à une courte embellie. Sur les Gilets jaunes, elle dit, dans le Parisien : « Vous avez d’un côté des ministres avec chauffeurs, de l’autre des gens qui ont trois francs six sous pour finir le mois. Je vais finir par devenir communiste… non, quand même pas. Mais Macron tue les petites gens. » Ces petites gens qu’elle n’a jamais connus. Elle retourne à ses chiens. On pense de nouveau à ses mots : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. » C’était assez, peut-être.
News
Affaire Brigitte Macron : Lionel Labosse lâche une bombe de 900 pages et dénonce “l’omerta d’État” sur le plus grand tabou de la Ve République
C’est un pavé dans la mare, ou plutôt un rocher lancé en pleine vitrine de la macronie. Dans un paysage…
Brigitte Bardot et la petite-fille invisible : Enquête sur le secret le mieux gardé d’une famille qui a choisi l’effacement
C’est une énigme qui défie les lois du “star-système”, un vide sidéral au cœur d’une galaxie médiatique pourtant saturée d’images….
Pascal Praud atomise François Hollande : Quand la “France d’en bas” règle ses comptes avec l’arrogance d’une élite faillie
C’est une séquence qui restera gravée dans les annales de la télévision et, peut-être, dans l’histoire politique de notre pays….
Nagui et Yann Barthès, la chute des idoles : Pourquoi les Français rejettent massivement les “donneurs de leçons” de la télévision
C’est un séisme médiatique, une secousse tellurique qui fait trembler les fondations mêmes du petit écran français. Le verdict du…
Nagui, le clown triste : Quand Mélanie Page révèle enfin la “tragique vérité” et les blessures secrètes de l’animateur préféré des Français
C’est une confession qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel serein du paysage audiovisuel français, une de…
Brigitte Bardot et le “fils maudit” : Bernard d’Ormale révèle enfin la brutale vérité sur une maternité sacrifiée
C’est une histoire qui hante les coulisses du cinéma français depuis plus de soixante ans, une ombre tenace planant sur…
End of content
No more pages to load






