C’est une séquence qui restera sans doute gravée dans les annales de ce début d’année 2026, non pas pour son éclat diplomatique, mais pour le vertige qu’elle suscite. Mardi 6 janvier, Emmanuel Macron est apparu sur les écrans de télévision, affichant cette assurance presque déconcertante qui est devenue sa marque de fabrique. Il s’est gargarisé d’avoir conclu un “accord historique” pour assurer la sécurité de l’Ukraine. Sur le papier, les mots sonnent fort : déploiement de troupes européennes au sol, soutien des États-Unis, force de réassurance. Une posture de chef de guerre, de garant de la paix continentale. “Personne n’a craqué, ça va bien se passer”, semble-t-il dire implicitement.

Pourtant, à y regarder de plus près, comme le soulignent de nombreux observateurs, tout cela ressemble tragiquement à de la “poudre de Perlimpinpin”. Derrière la rhétorique martiale et les promesses de “plusieurs milliers d’hommes” potentiellement déployés, la réalité du terrain et de la géopolitique est bien plus sombre, et la solitude du président français, plus criante que jamais.

L’illusion de la force multinationale : Macron seul contre tous ?

Le cœur du problème réside dans ce projet de déploiement au sol. Emmanuel Macron a tenté de rassurer en précisant qu’il ne s’agissait pas de forces engagées au combat, mais d’une présence pour “le jour d’après”, pour garantir la paix. “Nous avons montré notre disponibilité aussi pour nous être déployés dans cette force multinationale”, a-t-il déclaré, évoquant la potentialité de milliers de soldats.

Mais cette annonce se heurte à un mur de réalité diplomatique. Primo, comme le rappellent les analystes, un tel déploiement ne peut se faire qu’après la signature d’un cessez-le-feu avec la Russie. Or, imaginer Vladimir Poutine accepter une telle condition relève aujourd’hui de la pure science-fiction, ou comme le disent certains avec ironie, “à la Saint-Glinglin”. Le maître du Kremlin a toujours été catégorique : il refuse toute présence de troupes étrangères sur le sol ukrainien. Penser qu’il changera d’avis du jour au lendemain est, au mieux, de la naïveté, au pire, une méconnaissance dangereuse de l’adversaire.

Secundo, et c’est là que le bât blesse pour la diplomatie française, Emmanuel Macron semble être le seul à vouloir jouer aux petits soldats. Où sont les alliés ? Où est cette fameuse Europe de la défense qu’il appelle de ses vœux ? L’Italie, l’Allemagne, la Pologne… tous ont poliment mais fermement décliné l’offre. “Non non, nous on veut bien contribuer, mais envoyer des militaires…”. Le message est clair : ils ne suivront pas Paris dans cette aventure.

La France se retrouve donc dans une position d’isolement préoccupante. Si les autres grandes puissances européennes se désistent, qui composera cette force ? Des Français et des Britanniques, tout au plus ? Cette solitude stratégique donne à l’intervention présidentielle une tonalité “fleur au fusil” qui choque. En jetant à la figure des Français l’idée d’envoyer des milliers de leurs enfants sur un terrain miné, sans mandat clair et sans coalition solide, Emmanuel Macron adopte une attitude jugée “provocante”. C’est un “je vais envoyer des milliers d’hommes” lancé avec une légèreté déconcertante, comme s’il disait aux citoyens : “De toute façon, j’aurai raison et vous verrez, c’est comme ça que ça se passera”. Une verticalité du pouvoir qui ne passe plus.

La guerre intérieure : Blindés contre tracteurs

L’ironie de la situation est cruelle. Alors que le Président rêve de projeter la puissance française à l’Est, c’est sur son propre sol que se déploient actuellement les forces de l’ordre. Et pas contre n’importe qui : contre ceux qui nourrissent le pays.

La colère des agriculteurs ne faiblit pas. Toujours mobilisés contre la signature du traité de libre-échange Mercosur, qu’ils considèrent comme une condamnation à mort de leur profession, ils occupent le terrain. Mais face à leurs tracteurs et à leur désespoir, ce n’est pas le dialogue qu’ils trouvent, ce sont des blindés.

L’image est saisissante et, pour beaucoup, “indigne”. Des milliers de soldats et de policiers sont mobilisés non pas pour une mission de paix lointaine, mais pour contenir la grogne rurale. Les blindés Centaure de la Gendarmerie face aux paysans français : le contraste avec les discours onusiens du Président est violent. D’un côté, on promet la sécurité à l’Ukraine ; de l’autre, on répond par la force à la détresse de ses propres citoyens.

Une fin de règne sous tension ?

Cette séquence médiatique et politique révèle une “fuite en avant inquiétante”. Emmanuel Macron donne l’impression de chercher à l’extérieur une stature et des succès qu’il ne trouve plus à l’intérieur. Mais en agissant ainsi, il creuse le fossé avec le peuple.

Certains commentaires sont sans appel : “Il est complètement fou ce mec”. Si l’expression est familière, elle traduit une incompréhension profonde face à la stratégie présidentielle. Entre des ambitions géopolitiques déconnectées des réalités de ses alliés et une gestion ultra-sécuritaire des conflits sociaux nationaux, le chef de l’État semble s’enfermer dans une tour d’ivoire.

L’année 2025 avait déjà été marquée par ce que certains appellent un “Top 10 des humiliations de Macron”. L’année 2026 commence sur les chapeaux de roues avec ce qui s’apparente à un déni de réalité. La France n’a jamais semblé aussi seule sur la scène européenne, et aussi fracturée en son sein. Le “en même temps” macronien, qui consistait à concilier les contraires, semble avoir laissé place à un “seul contre tous” beaucoup plus périlleux. Reste à savoir jusqu’où cette logique mènera le pays, alors que les crises s’accumulent et que la parole présidentielle semble, pour beaucoup, avoir perdu de sa valeur performative pour ne devenir que de la “poudre de perlimpinpin”.