C’est un événement qui restera gravé dans les annales de la République, non pas pour son faste, mais pour son silence assourdissant et l’absence stupéfiante qui l’a caractérisé. Le 7 janvier 2026, alors que le petit cimetière marin de Saint-Tropez s’apprêtait à accueillir la dépouille de Brigitte Bardot, décédée quelques jours plus tôt à l’âge de 91 ans, tous les regards cherchaient les officiels. Où étaient les ministres ? Où était le préfet ? Et surtout, où était Emmanuel Macron, le Président de la République, pourtant si prompt à saluer la mémoire des grandes figures françaises ? La réponse a claqué comme un coup de fouet : ils n’étaient pas là, car ils n’avaient pas le droit d’être là.

Ce qui aurait dû être un moment d’union nationale s’est transformé en un bras de fer posthume inédit. Officiellement, la cérémonie était “strictement privée”. Mais officieusement, la vérité est bien plus brutale : l’Élysée a été purement et simplement exclu. Le clan Bardot, mené par son époux Bernard d’Ormale, a opposé un refus net et sans appel à toute présence présidentielle. Une humiliation feutrée, mais violente, qui pose une question vertigineuse : comment la plus grande icône féminine du pays a-t-elle pu interdire à la République de lui rendre hommage ?

Pour comprendre cette rupture totale, il ne faut pas s’arrêter à l’émotion de l’instant. Il faut remonter le fil d’une vie marquée par une méfiance viscérale envers les institutions. Brigitte Bardot, née dans la bourgeoisie parisienne rigide, a passé son existence à briser les chaînes. D’abord celles de son éducation, puis celles de son image de sex-symbol planétaire qui l’a broyée au point de la pousser au suicide en 1960, et enfin celles du politiquement correct. Son combat pour les animaux, entamé dans les années 70, n’était pas une passion de retraitée, mais une guerre. Et dans cette guerre, l’État est rapidement devenu l’ennemi.

La relation entre Bardot et le pouvoir a toujours été électrique. Si elle a accepté d’être le visage de Marianne en 1985, elle l’a fait sans euphorie, refusant d’être “engagée” par cet honneur. Elle a décliné la Légion d’honneur à de multiples reprises, rejetant les médailles d’un pays qu’elle jugeait cruel envers ses bêtes. Mais avec Emmanuel Macron, le fossé s’est creusé jusqu’à devenir infranchissable. Dès 2017, elle l’avait interpellé. Au fil du quinquennat, ses lettres sont devenues des pamphlets, culminant en février 2023 avec ce cri de rage public : “Oui, je vous engueule Emmanuel Macron !” Elle l’accusait de lâcheté, de cynisme, d’inaction criminelle. L’Élysée n’avait pas répondu, mais le Président, dit-on, avait été profondément blessé.

Dans les derniers mois de sa vie, à La Madrague, le nom même du chef de l’État était devenu tabou. Bernard d’Ormale confiait en privé que les “lettres sans actes” ne les intéressaient plus. Bardot, lucide et intransigeante, préparait sa sortie. Elle savait que la machine d’État voudrait s’emparer de sa mort pour en faire un grand moment de communion nationale, une récupération politique qu’elle haïssait par-dessus tout. Alors, elle a pris les devants. Elle a rédigé des consignes strictes, des notes manuscrites annexées à ses dernières volontés, dont la teneur a été révélée par le Journal du Dimanche après son inhumation. Les mots sont cinglants : “Je ne veux pas de fleurs d’État ni de baiser présidentiel. Qu’il m’oublie, c’est encore la plus belle preuve de respect.”

Brigitte Bardot accuse Emmanuel Macron de faire de la France « un centre de  loisirs pour extermination d'animaux » - Voici.fr

Le jour de sa mort, le 28 décembre, Emmanuel Macron a pourtant tenté le coup. Son hommage sur le réseau social X était lyrique, parlant d’un “souffle de liberté”. Mais en coulisses, la diplomatie funéraire s’est heurtée à un mur. Le couple Macron a proposé d’assister à l’inhumation. La famille a dit non. Le ministère de la Culture a suggéré un hommage. Non. Des médiateurs ont essayé de négocier une présence discrète. Toujours non. Bernard d’Ormale a tenu bon, respectant à la lettre le vœu de sa femme : “Que personne ne vienne me pleurer en uniforme. Je veux qu’on me laisse partir comme j’ai vécu : libre.”

Le 7 janvier, dans la petite église de Saint-Tropez, il n’y avait donc que 80 personnes. Des amis, des proches, mais aucun drapeau tricolore, aucun élu. L’ambiance était sobre, presque austère. À l’extérieur, la rumeur enflait : Macron a été interdit d’entrée. Pour l’Élysée, le camouflet est terrible. Le Président aurait confié en privé trouver ce refus “violent”, bien qu’il dise respecter le choix de la famille. Mais il est trop tard. Bardot a gagné son dernier combat. Elle a privé la République de ses adieux.

Ce geste n’est pas un caprice de star. C’est un acte politique majeur. En rejetant l’hommage national, Brigitte Bardot signifie que la France officielle ne la mérite pas, ou plutôt, qu’elle ne se reconnaît plus dans cette France-là. Elle a refusé la mascarade des discours élogieux prononcés par ceux qu’elle considérait comme des adversaires de sa cause. C’est une exclusion choisie, orchestrée avec la précision d’un scénario de film.

Certains y verront de l’ingratitude, d’autres une cohérence absolue. Bardot n’a jamais cherché à plaire. Elle a cherché à être vraie. Et sa vérité, c’était que les honneurs ne valent rien face à la souffrance des animaux ignorée par les puissants. En imposant ce silence politique autour de son cercueil, elle a laissé un dernier message assourdissant : sa liberté ne se négocie pas, même dans la mort. Elle est partie sans la bénédiction de l’État, mais avec celle, bien plus précieuse à ses yeux, de sa propre conscience. Une sortie de scène magistrale pour l’éternelle insoumise.