
Il est des silences qui, lorsqu’ils se rompent, provoquent un vacarme assourdissant capable de fissurer les plus belles vitrines médiatiques. Pendant quatorze ans, Lola Marois et Jean-Marie Bigard ont incarné aux yeux du public français une certaine idée de l’amour : atypique, bruyant, passionné, capable de défier les normes et surtout le temps. On les voyait comme la Belle et la Bête des temps modernes, un duo improbable où l’énergie solaire de la jeune comédienne semblait revitaliser l’humoriste vétéran. Mais derrière les photos glamour sur tapis rouge et les déclarations enflammées, une autre réalité, beaucoup plus âpre et solitaire, se dessinait dans l’ombre. Aujourd’hui, à l’aube d’une nouvelle étape de sa vie, Lola Marois a décidé de ne plus se cacher. Avec une lucidité désarmante, elle admet enfin ce que beaucoup soupçonnaient sans oser le nommer : son mariage, miné par les années et les décalages, s’est transformé en une cage dorée, voire en un enfer silencieux.
Pour comprendre la portée de cette confession, il faut revenir à la genèse de leur histoire. Lorsqu’ils se rencontrent, le choc est frontal. Lui est un monstre sacré de l’humour, abîmé par la vie, sortant d’un divorce et d’une longue lutte pour la paternité. Elle est une jeune artiste de 30 ans, fille de photographe et d’écrivaine, vibrante, affamée de vie et de lumière. L’écart est vertigineux : 28 ans. Presque une vie entière les sépare. Au début, cette différence agit comme un aimant. Elle apporte la fougue, il offre la sécurité. La naissance prématurée de leurs jumeaux, Jules et Bella, en 2012, scelle leur union dans l’urgence et la peur. Dans les couloirs stériles de l’hôpital, face à la fragilité de la vie, l’âge n’existe plus. Ils font corps, solidaires face à l’épreuve. C’est le ciment qui tiendra l’édifice debout pendant une décennie.
Mais la vie quotidienne n’est pas une urgence médicale permanente. Elle est faite de rythmes, d’envies, de fatigue. Et c’est là que le piège du temps s’est refermé sur Lola. Alors qu’elle entrait dans la plénitude de sa femme, assoiffée de projets, de sorties, de créativité – portée notamment par son rôle dans “Plus belle la vie” –, Jean-Marie, lui, entamait le dernier tiers de son existence. Il aspirait au repos, à la tranquillité, son corps marqué par les années de scène réclamant grâce. Lola raconte avec une pudeur qui n’enlève rien à la dureté du propos : “On ne peut plus faire de marathon ensemble”. La phrase, lancée comme une boutade, cache une tristesse infinie. C’est l’aveu d’une désynchronisation totale. Quand elle veut courir, il veut marcher. Quand elle veut mordre la vie, il veut la contempler.

Le mot “enfer” qu’elle utilise aujourd’hui n’est pas à prendre au sens de violence ou de haine, mais dans celui d’une solitude partagée, peut-être la pire de toutes. “Je vivais avec quelqu’un mais je n’étais plus certaine de vivre avec lui”, confie-t-elle. Imaginez la scène : le soir, dans l’intimité du foyer, elle est là, bouillonnante d’énergie, face à un homme qui s’endort, épuisé. Les regards ne se croisent plus au même niveau. La complicité intellectuelle et physique se heurte à la barrière biologique. Lola s’est retrouvée à porter seule la charge mentale de la jeunesse du couple, à devoir sans cesse s’adapter, ralentir, attendre. Elle est devenue l’infirmière des âmes, la gardienne du temple familial, étouffant ses propres cris pour ne pas perturber l’équilibre précaire de la maison.
C’est cette fracture intime qu’elle expose désormais. Non par vengeance, car on sent dans ses propos une tendresse intacte pour le père de ses enfants, mais par nécessité vitale. Lola Marois ne veut plus être seulement “la femme de”. Elle ne veut plus être celle qui sacrifie sa lumière pour ne pas éblouir un astre déclinant. Sa démarche récente, qu’il s’agisse de poser pour des magazines de charme ou de revendiquer une liberté artistique totale, est un cri d’existence. Elle veut prouver qu’elle est vivante, désirable, autonome. C’est une réappropriation de son corps et de son temps. Elle refuse que la vieillesse de son mari devienne la sienne par contagion.
Cette prise de parole est d’une maturité rare. Elle ne joue pas à la victime, elle dresse un constat lucide sur les limites de l’amour face à l’usure du temps. Elle brise le tabou des couples à grande différence d’âge, souvent présentés comme des idylles parfaites, en montrant la réalité crue des années qui passent. Oui, l’amour peut être fort, mais il ne suffit pas toujours à combler le fossé des générations. Lola Marois nous tend un miroir : jusqu’où peut-on aller par amour sans se perdre soi-même ? Sa réponse est claire : il arrive un moment où il faut choisir de se sauver. En admettant que son mariage est devenu un piège, elle ne le détruit pas forcément, mais elle en change les règles. Elle reprend sa liberté pour ne pas mourir à petit feu. C’est le geste d’une femme qui a décidé que la seconde moitié de sa vie lui appartiendrait pleinement, quitte à devoir avancer seule sur certains chemins que son mari ne peut plus emprunter.
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