L’ex-épouse Marie-Dominique Culioli dévoile enfin l’envers du décor glacé sur Nicolas Sarkozy : “J’ai été effacée pour servir sa légende” 

Pendant trente ans, elle a été une ombre. Une silhouette floue dans les albums photos officiels, un nom prononcé à voix basse, voire totalement gommé des registres de la mémoire collective. Marie-Dominique Culioli, la première épouse de Nicolas Sarkozy, la mère de ses deux fils aînés Pierre et Jean, a vécu ce que l’on pourrait appeler une “disparition sociale” orchestrée. Aujourd’hui, dans un témoignage d’une rare puissance émotionnelle, elle brise enfin l’omerta. Ce n’est pas une vengeance, c’est une résurrection. C’est le cri digne d’une femme qui refuse que son histoire, et celle de ses enfants, soit définitivement ensevelie sous le poids d’une légende politique construite sur des oublis volontaires.

Tout commence au cœur des années 80, à Neuilly-sur-Seine. Nicolas Sarkozy est alors un jeune avocat ambitieux de 23 ans, Marie-Dominique Culioli est issue d’une famille bourgeoise corse, fille de pharmacien. Leur union, célébrée dans une simplicité élégante, ressemble à une alliance pragmatique autant qu’à une romance naissante. Lui cherche une stabilité pour asseoir sa carrière politique foudroyante ; elle voit en lui une énergie vitale. Mais très vite, la mécanique du pouvoir se met en marche et broie l’intimité. Dès la naissance de leur premier enfant, Pierre, en 1985, Marie-Dominique sent la fissure. Nicolas est déjà ailleurs, happé par sa conquête de la mairie, puis de la députation. Il devient un courant d’air, un père absent dont la présence n’est que pour l’apparence, jamais pour le partage vrai. “Je me sentais effacée”, confie-t-elle. “Il ne me voyait plus, ne m’adressait plus la parole.”

La cruauté atteint son paroxysme en 1988. Une date clé, non seulement pour la carrière de Nicolas Sarkozy, mais pour la destruction méthodique de son premier foyer. C’est l’année où il officie, en tant que maire, au mariage de Jacques Martin et Cécilia Ciganer-Albéniz. Ce que l’on sait moins, et que Marie-Dominique confirme avec une douleur intacte, c’est que la trahison avait déjà commencé. Tandis qu’il unissait Cécilia à un autre, une liaison se nouait déjà, ou allait se nouer très vite, sous les yeux de son épouse légitime. Marie-Dominique décrit des appels anonymes, des déplacements inexpliqués, une froideur hostile. Elle apprendra plus tard que la séparation était orchestrée depuis des mois, la laissant seule gérer le quotidien et les enfants pendant qu’il construisait sa nouvelle vie publique avec Cécilia.

Le divorce, prononcé officiellement en 1996, arrive bien après la rupture émotionnelle. Pourquoi ce long silence ? “Je tenais à préserver mes fils”, explique-t-elle. Elle a encaissé les humiliations, les rumeurs, et même des pressions subtiles – appels anonymes, recommandations insistantes de l’entourage politique – pour qu’elle reste muette. On lui a fait comprendre que sa parole pourrait nuire à “l’image républicaine” de l’homme qui visait déjà l’Élysée. Elle est devenue un vestige encombrant, un chapitre à rayer.

L’effacement ne s’est pas arrêté à elle. C’est là que le récit de Marie-Dominique devient bouleversant : il touche à la chair de sa chair, ses enfants. Pierre et Jean ont grandi dans l’œil du cyclone, héritiers d’un nom illustre mais orphelins d’une reconnaissance paternelle équilibrée. Marie-Dominique raconte des scènes qui brisent le cœur. Des anniversaires où Nicolas brille par son absence, justifiée par des “obligations d’État”. Ce fameux jour où Pierre, 10 ans, attend son père jusqu’à 22 heures pour couper son gâteau, les yeux rivés sur la porte. Nicolas ne viendra pas, retenu par une réunion avec Jacques Chirac. Le lendemain, un coursier livre une console de jeux hors de prix. “Il voulait juste que je sois content sans qu’il ait à être là”, analysera Pierre plus tard. Ou encore Jean, 12 ans, courant montrer un bulletin scolaire exceptionnel à la mairie, pour ne recevoir qu’un regard distrait et une critique sur sa note de maths. “Ton père voit les chiffres, pas les efforts”, devra le consoler sa mère.

L’apogée de ce cynisme politique survient lors de l’investiture de Nicolas Sarkozy à l’Élysée en 2007. Une photo officielle est prise. Pierre et Jean, présents par protocole, posent à l’extrémité. Quelques jours plus tard, la photo circule dans la presse : ils ont été coupés. Recadrés. Effacés pour ne laisser place qu’au couple présidentiel glamour du moment et à leur famille recomposée “idéale”. L’explication officielle invoque un “problème technique”. Personne n’est dupe. “On n’existe que quand on sert l’image”, constatera amèrement Pierre.

Cette invisibilisation a eu des conséquences profondes sur les deux garçons. Pierre a fui la lumière, se réfugiant dans la musique rap sous le pseudonyme de Mosey, refusant d’être un “faire-valoir” pour l’UMP. Jean, l’aîné, a tenté de suivre les traces paternelles à Neuilly, avant de comprendre qu’il n’était qu’un pion sur l’échiquier. Dès qu’il a voulu exprimer une pensée autonome, la sanction est tombée : exclusion, silence radio de son père pendant des mois. “J’ai compris que pour lui, l’amour c’est l’obéissance”, confiera-t-il à sa mère.

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Aujourd’hui, Marie-Dominique Culioli ne parle pas pour la gloire, ni pour la compassion. Elle parle pour la vérité. Elle parle pour que ses fils, qui la soutiennent désormais ouvertement, sachent qu’elle n’a pas abdiqué. “Mes fils ne sont pas des victimes, ils sont des survivants”, dit-elle avec force. Ils se reconstruisent loin de la politique, Pierre à Los Angeles, Jean à Londres, tissant leur propre récit. Lors d’un dîner récent, Pierre a levé son verre “à ceux qui restent”. Marie-Dominique a ajouté doucement : “Et à ceux qui choisissent de partir”.

Ce témoignage est celui d’une femme qui reprend le contrôle de sa narration. Elle n’est plus la “première femme” oubliée, elle est le pilier central d’une famille qui a survécu à la brutalité du pouvoir. Son histoire nous rappelle que derrière les ors de la République et les sourires de façade, il y a des vies humaines, des cœurs d’enfants et de mères, que l’ambition dévorante n’hésite parfois pas à piétiner. Mais comme le dit Marie-Dominique : “La vérité finit toujours par trouver sa place.” Et cette place, aujourd’hui, est en pleine lumière.