
Nous sommes à la fin de l’année 1986. Dans les entrailles de Paris, un flux ininterrompu d’anonymes déferle quotidiennement dans les couloirs de la station de métro Châtelet-Les Halles. On y croise des touristes perdus cherchant leur chemin, des cadres pressés en costume, des adolescents bruyants et, parmi cette foule dense, un homme qui semble tout à fait ordinaire. En empruntant ce long couloir vers la sortie, il est loin de se douter que cet instant précis marquera le début d’une incroyable histoire. Ce jour-là, sans le savoir, il va être à l’origine de l’un des plus grands tubes de la chanson française, d’une amitié profonde et sincère, mais aussi, tragiquement, d’un meurtre qui marquera les esprits à jamais.
Pour comprendre l’ampleur de ce drame, il faut remonter quelques mois en arrière. Nous sommes au milieu de l’année 1986 et le paysage musical français est dominé par une figure devenue incontournable : Jean-Jacques Goldman. Depuis le début de la décennie, l’artiste enchaîne les succès avec une régularité impressionnante. Avec quatre albums à son actif, il s’est imposé comme l’un des auteurs-compositeurs les plus talentueux et respectés de sa génération. Ses concerts affichent complet, ses apparitions télévisées sont des événements, et il fait indéniablement partie des artistes qui comptent. Pourtant, durant cette année charnière, Goldman se heurte à un obstacle créatif. Il travaille sur une chanson intitulée “Là-bas”, un titre qui évoque le dilemme déchirant et la relation conflictuelle entre un homme avide d’évasion et une femme qui désire le garder à ses côtés. En réalité, la chanson est terminée, la musique est composée, les paroles sont écrites, mais il manque l’essentiel : une âme. Le morceau est conçu comme un dialogue, un duo intense, et pour l’instant, Jean-Jacques Goldman n’a pas trouvé la voix féminine capable d’incarner cette émotion brute qu’il recherche.
C’est ici que le destin intervient sous les traits de notre homme du métro. Il s’appelle Philippe Delettrez. À l’époque, ce jeune musicien de 26 ans produit des spectacles et, bien qu’il ne soit pas encore le collaborateur renommé qu’il deviendra par la suite pour des artistes comme Charles Trenet ou Sylvie Vartan, il a déjà l’oreille fine. Lorsqu’il descend à la station Châtelet-Les Halles ce jour-là, il est frappé par un véritable coup de foudre artistique. Au milieu du brouhaha incessant, des bruits de pas et des annonces sonores, une voix cristalline s’élève et suspend le temps. Il s’arrête net. Devant lui, une jeune femme d’une vingtaine d’années, armée de sa seule guitare électrique et d’un ampli de fortune, chante avec une intensité bouleversante. Séduit, il écoute un morceau, puis deux, puis trois, oubliant presque son rendez-vous professionnel.
Il finit par l’aborder. Elle s’appelle Sirima Nicole Viratunga. Née dans la banlieue de Londres en 1964 d’un père sri-lankais et d’une mère française, elle vit en France depuis quatre ans. Elle gagne sa vie en chantant des reprises de Joan Baez ou Barbra Streisand dans les couloirs du métro. Le courant passe immédiatement entre les deux musiciens. Philippe Delettrez lui propose d’intégrer son groupe et de l’aider à démarcher des maisons de disques. Elle accepte. Ils enregistrent une cassette démo qui circule bientôt entre les mains de plusieurs producteurs. Tous sont unanimes : cette voix a quelque chose de spécial. Pourtant, Sirima reste insaisissable. Elle refuse plusieurs propositions alléchantes, préférant sa liberté à un contrat qui l’enfermerait. Malgré un avenir prometteur qui lui tend les bras, elle choisit de retourner chanter dans sa station préférée, Châtelet-Les Halles, vivant modestement dans un petit appartement du quartier Saint-Michel avec son compagnon.

Pendant ce temps, Jean-Jacques Goldman est toujours dans l’impasse pour son titre “Là-bas”. Il sollicite sa maison de disques, écoute des dizaines de chanteuses, mais aucune ne correspond à la voix qu’il entend dans sa tête. Le déclic viendra finalement de son entourage proche. Son saxophoniste, Philippe Delacroix-Herpin, est un ami de Philippe Delettrez. Ce dernier lui a parlé de cette chanteuse du métro, Sirima. Il fait écouter la fameuse cassette démo à Goldman, accompagnée d’une lettre écrite par Sirima et Delettrez. Immédiatement, l’intérêt du chanteur est piqué. Mais Goldman ne fonctionne pas qu’à l’oreille, il a besoin de sentir la personne. Il veut la voir.
La rencontre a lieu sur le terrain de Sirima : le métro. Jean-Jacques Goldman se déplace en personne à la station Châtelet-Les Halles pour l’écouter. La magie opère instantanément. Convaincu, il lui propose d’être la voix féminine de son prochain album. La réaction de Sirima est surprenante et témoigne de son intégrité artistique : elle ne dit pas oui tout de suite. Elle exige d’écouter la chanson d’abord. Elle ne veut pas de la célébrité pour la célébrité, elle ne veut pas utiliser la notoriété de Goldman. Elle veut juste chanter de belles choses. Cette précaution finira de convaincre Goldman qu’il a trouvé la perle rare. Heureusement, la chanson la touche, et elle accepte.
“Là-bas” sort en novembre 1987 sur l’album “Entre gris clair et gris foncé”. Le succès est foudroyant. Le titre se hisse au sommet des classements et s’écoule à des centaines de milliers d’exemplaires. La France entière s’interroge : qui est cette voix pure et mélodieuse qui tient tête à Goldman ? Sirima devient célèbre du jour au lendemain. Les propositions professionnelles affluent de toutes parts. Tout le monde veut travailler avec elle. Une belle amitié naît entre elle et Jean-Jacques Goldman. Le tournage du clip en Espagne renforce leur complicité. Goldman, protecteur, guide la jeune femme inexpérimentée, l’aide à apprivoiser la caméra. Sur les plateaux de télévision et à la radio, leur entente est évidente, faite de rires et de respect mutuel. Goldman admire le talent brut de ce “diamant” qu’il a déniché.
Mais derrière ce conte de fées apparent se cache une réalité beaucoup plus sombre, un drame qui se noue dans l’intimité de la chanteuse. Sirima garde un secret qui va briser cet avenir radieux. Elle est victime de violence conjugale. Son compagnon, un musicien guitariste dont le talent est jugé médiocre par l’entourage professionnel, est un homme maladivement jaloux et possessif. Il vit très mal le succès de sa compagne, lui qui rêve de lumière mais reste dans l’ombre. Depuis leur rencontre dans un bar chinois l’année précédente, il exerce sur elle une emprise totale. Il exigeait déjà d’être présent lorsqu’elle chantait dans le métro, la surveillant constamment sous prétexte de la protéger.
Cette jalousie maladive éclaire d’un jour nouveau les refus passés de Sirima face aux producteurs. Ce n’était pas seulement un désir de liberté, c’était aussi la conséquence de l’influence toxique de son conjoint. Il voit d’un très mauvais œil les demandes d’autographes, l’adulation du public et l’attention portée à la voix de sa femme. Il est partout, tout le temps. Sirima participe à quelques concerts avec Goldman à Paris, Lyon ou Bruxelles, mais elle refuse inexplicablement d’intégrer la tournée officielle. La raison officielle est qu’elle souhaite se concentrer sur son album solo. La terrible vérité est que son compagnon lui interdit de partir.
Les témoignages de cette emprise sont nombreux et glaçants. En mai et juin 1988, on voit Sirima obligée de rejoindre son compagnon dans le métro juste après être sortie de scène au Zénith ou au Bataclan, passant sans transition de la gloire à l’emprise. Elle est épiée en permanence. Dans une tentative désespérée d’apaiser son conjoint, elle essaie même de l’imposer comme musicien sur l’enregistrement de son album solo, signé chez CBS. Mais le niveau musical de l’homme est insuffisant, et ses prises ne sont pas conservées, ce qui ne fait qu’attiser sa rancœur. Dans les textes de son premier album, on trouve a posteriori de véritables appels au secours, des messages de détresse que personne n’a su décrypter à temps.
Malgré cet enfer quotidien, Sirima tente d’avancer. Elle est consciente de son talent et des opportunités qui s’offrent à elle. Son album solo, “A Part of Me”, sort le 18 novembre 1989. Jean-Jacques Goldman y participe même en tant que choriste, signe de sa fidélité. Professionnellement, tout semble réussir à la jeune femme qui envisage déjà la suite, parlant même de faire de la scène en solo au printemps suivant. C’est cette volonté d’émancipation qui va précipiter le drame.
Décidée à reprendre le contrôle de son existence, Sirima annonce à son conjoint le 6 décembre 1989 qu’elle le quitte. La réaction de cet homme, rongé par la jalousie et la perte de son “objet”, est d’une violence inouïe. Furieux, il saisit un couteau de cuisine et la poignarde sauvagement à plusieurs reprises. Les coups, portés au poumon et au cœur, sont fatals. Sirima s’effondre. Elle avait 25 ans. Elle laisse derrière elle un fils, Kym, et une carrière brisée en plein envol.
L’annonce de sa mort fait l’effet d’une bombe dans le milieu musical et auprès du public. La brutalité de la nouvelle contraste terriblement avec la douceur de l’artiste. Sa maison de disques se retrouve face à un dilemme moral : faut-il continuer à promouvoir l’album d’une artiste assassinée ? Par respect pour sa mémoire et pour ne pas donner l’impression de capitaliser sur ce drame sordide, ils décident de retirer l’album des bacs seulement trois semaines après sa sortie. La voix de Sirima se tait, laissant un vide immense.
Jean-Jacques Goldman est dévasté. La perte de celle qui était devenue une amie proche le marque profondément. Il ne s’exprimera que très peu sur le sujet, sa pudeur légendaire prenant le dessus, mais sa douleur transparaîtra dans son art. Dix ans plus tard, dans sa chanson “On ira”, il glissera un hommage subtil mais poignant à Sirima. Alors que dans “Là-bas”, les paroles disaient “Ici tout est joué d’avance”, il répondra dans “On ira” : “Et même si tout est joué d’avance, on ira”. Une façon de dire que malgré la tragédie, la vie et la musique continuent.
Mais l’hommage le plus vibrant se trouve sur scène. Goldman continuera de chanter “Là-bas” lors de ses tournées pendant des décennies. Cependant, il ne remplacera jamais Sirima. Il n’invitera aucune autre chanteuse pour interpréter ces couplets si particuliers. À chaque concert, au moment où la voix de Sirima devait s’élever, il laissait le public chanter à sa place. Une communion émouvante, une façon de faire résonner la voix de l’absente à travers celle de milliers de personnes. Le silence de Sirima est devenu, grâce à ce geste, un cri immense qui résonne encore aujourd’hui.
L’histoire de Sirima n’est pas seulement celle d’une chanteuse talentueuse partie trop tôt. C’est le rappel brutal d’une réalité qui tue encore des centaines de femmes chaque année. En France, les statistiques sont effrayantes : une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les trois jours en moyenne. Sirima Nicole Viratunga est l’un de ces visages, l’une de ces victimes dont le destin a été volé par la violence masculine. Derrière la mélodie que nous fredonnons tous, il y a le souvenir d’une femme qui voulait juste chanter et être libre, et qui l’a payé de sa vie.
News
Affaire Brigitte Macron : Lionel Labosse lâche une bombe de 900 pages et dénonce “l’omerta d’État” sur le plus grand tabou de la Ve République
C’est un pavé dans la mare, ou plutôt un rocher lancé en pleine vitrine de la macronie. Dans un paysage…
Brigitte Bardot et la petite-fille invisible : Enquête sur le secret le mieux gardé d’une famille qui a choisi l’effacement
C’est une énigme qui défie les lois du “star-système”, un vide sidéral au cœur d’une galaxie médiatique pourtant saturée d’images….
Pascal Praud atomise François Hollande : Quand la “France d’en bas” règle ses comptes avec l’arrogance d’une élite faillie
C’est une séquence qui restera gravée dans les annales de la télévision et, peut-être, dans l’histoire politique de notre pays….
Nagui et Yann Barthès, la chute des idoles : Pourquoi les Français rejettent massivement les “donneurs de leçons” de la télévision
C’est un séisme médiatique, une secousse tellurique qui fait trembler les fondations mêmes du petit écran français. Le verdict du…
Nagui, le clown triste : Quand Mélanie Page révèle enfin la “tragique vérité” et les blessures secrètes de l’animateur préféré des Français
C’est une confession qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel serein du paysage audiovisuel français, une de…
Brigitte Bardot et le “fils maudit” : Bernard d’Ormale révèle enfin la brutale vérité sur une maternité sacrifiée
C’est une histoire qui hante les coulisses du cinéma français depuis plus de soixante ans, une ombre tenace planant sur…
End of content
No more pages to load






