
L’histoire de la musique populaire est jalonnée de moments de gloire absolue, mais peu de trajectoires sont aussi vertigineuses que celle de Thomas John Woodward, plus connu sous le nom de Tom Jones. En 1975, le monde entier semblait appartenir à cet homme dont la voix de baryton faisait vibrer les fondations de Las Vegas. Pourtant, cette même année, une soirée fatidique allait marquer une rupture brutale, une blessure que même des décennies de succès ultérieurs n’effaceraient jamais totalement. À cette époque, Tom Jones gagnait la somme colossale de 100 000 dollars par semaine au Caesars Palace, mais derrière ce faste, la machine commençait à se gripper sous le poids des excès et des scandales privés qui ne demandaient qu’à exploser.
Le 27 octobre 1975, sur la scène du Las Vegas Hilton, le “Tiger” se présente devant deux mille fans, vêtu d’un costume à paillettes, prêt à livrer son show habituel. Mais l’ambiance est lourde, électrique d’une manière malsaine. Lorsqu’il entame une nouvelle ballade intitulée Darlin, le basculement est immédiat. Ce n’est pas de l’indifférence, c’est de la haine. Les huées couvrent sa voix, des verres commencent à voler vers la scène, et des cris jaillissent de la foule : “Rentre chez toi, Tommy !”. La sécurité, paniquée, doit former un rempart humain pour l’escorter hors de scène en plein milieu du spectacle, alors qu’il est trempé de sueur et visiblement sous le choc. Ce n’était pas seulement une réaction à une chanson moins inspirée, c’était le rejet massif d’un homme dont la vie privée, marquée par des rumeurs persistantes d’infidélité chronique et l’existence d’une chambre spéciale pour les groupies, commençait à dégoûter son propre public.
Pour comprendre comment cet homme est arrivé à ce point de rupture, il faut remonter aux racines profondes de son existence, dans les vallées froides et poussiéreuses du pays de Galles. Né le 7 juin 1940 à Pontypridd, Tommy a grandi dans l’ombre des mines de charbon, au sein d’une famille ouvrière où l’espace et l’argent étaient des luxes rares. Son père passait douze heures par jour sous terre pour subvenir aux besoins des siens, rentrant chaque soir épuisé et couvert de cette poussière noire qui imprégnait tout. C’est dans ce cadre spartiate que le jeune Tommy a forgé son caractère, mais aussi sa fragilité. À l’âge de 12 ans, son monde s’effondre une première fois : les médecins diagnostiquent une tuberculose pulmonaire. Pendant deux ans, de 1952 à 1954, il restera enfermé dans sa chambre, interdit de sortie et, plus cruel encore pour lui, interdit de chant pendant la première année. C’est durant cette longue solitude forcée, en écoutant la radio BBC tard la nuit et en découvrant le blues et le RnB américain, que sa voix s’est transformée, devenant ce baryton puissant et rauque qui ferait sa fortune.
Cette période d’isolement a également été marquée par les difficultés scolaires. Souffrant d’une dyslexie non diagnostiquée à l’époque, Tommy est considéré comme paresseux par ses professeurs. Décrochant totalement de l’école à 14 ans, il trouve son seul salut dans la musique, imitant les déhanchés d’Elvis Presley dans les pubs locaux pour quelques pièces. La vie adulte le rattrape à une vitesse fulgurante. À 16 ans, il rencontre Linda Trenchard, son amour d’enfance. Elle tombe enceinte et ils se marient dans la discrétion le 2 mars 1957. À 17 ans, Tom est déjà père d’un petit Marc et doit enchaîner les boulots exténuants dans une usine de caoutchouc et sur des chantiers pour nourrir sa famille, tout en continuant à chanter le soir dans des clubs enfumés.
Le tournant majeur survient en 1964 lorsque Gordon Mills, un ancien boxeur reconverti dans le management, découvre son talent brut dans un club de jeunes à Pontypridd. Mills voit en lui un potentiel mondial et décide de l’emmener à Londres. Il change son nom en Tom Jones, inspiré par un film à succès de l’époque, et sculpte son image de showman élégant et sexuel. Le succès est immédiat et fracassant. It’s Not Unusual devient un hymne planétaire en 1965, suivi de tubes iconiques comme What’s New Pussycat, Green Green Grass of Home et Delilah. Tom Jones n’est plus un chanteur gallois, c’est une déferlante transatlantique qui séduit aussi bien l’Amérique conservatrice de l’Ed Sullivan Show que la jeunesse du “Swinging London”.
Cependant, cette gloire s’accompagne d’un coût personnel dévastateur. À Las Vegas, Tom Jones devient le symbole de l’excès rock’n’roll. On murmure qu’il couche avec jusqu’à 250 groupies par an, organisant de véritables séminaires de débauche dans des chambres dédiées en coulisse. Sa liaison la plus célèbre et la plus destructrice fut celle avec Marjorie Wallace, couronnée Miss Monde en 1973. Leur relation, affichée publiquement, devient un cirque médiatique qui blesse profondément Linda. La confrontation finale entre les époux fut d’une violence rare : Linda, découvrant l’ampleur des trahisons, frappe Tom jusqu’au sang, hurlant qu’il a ruiné leur famille. Malgré ces tempêtes, elle restera à ses côtés, une présence silencieuse et résiliente pendant 59 ans, acceptant l’inacceptable pour préserver leur foyer, tout en sachant pertinemment qu’il finissait toujours par rentrer à la maison.

L’humiliation de 1975 au Hilton a marqué le début d’une traversée du désert. Tom Jones s’est retiré pendant six mois dans sa villa de Los Angeles, convaincu que sa carrière était terminée. C’est son fils Marc qui, en prenant les rênes de son management après la mort de Gordon Mills en 1986, va orchestrer sa spectaculaire résurrection. En 1988, sa reprise audacieuse de Kiss de Prince, en collaboration avec The Art of Noise, le propulse à nouveau sur MTV et le fait découvrir à une nouvelle génération. Il prouve alors qu’il n’est pas un vestige des années 60, mais un artiste capable d’évoluer avec les rythmes électroniques de son temps.
Les années 90 et 2000 consacrent son statut de légende vivante avec l’album Reload en 1999, qui se vend à plus de quatre millions d’exemplaires grâce à des titres comme Sex Bomb. En 2006, il est adoubé chevalier par la reine Elizabeth II, devenant Sir Tom Jones, une reconnaissance ultime pour le fils de mineur. Pourtant, les fantômes du passé ne sont jamais loin. En 1989, un test ADN confirme qu’il est le père de Jonathan Berkery, né d’une liaison avec un mannequin, mais Tom refusera obstinément tout contact avec cet enfant, une part d’ombre qui ternira son image d’homme de famille retrouvé.
La fin de sa vie est marquée par le deuil et la santé déclinante. En 2002, il combat un cancer du poumon agressif, mais sa volonté de chanter reste intacte. La mort de Linda en 2016, emportée par une leucémie, le laisse dévasté. Il vend leur manoir californien, incapable de supporter les souvenirs, et retourne vivre à Londres dans un appartement modeste. Aujourd’hui, à plus de 80 ans, Sir Tom Jones mène une vie plus calme, mais son héritage demeure complexe. Il reste ce chanteur à la voix d’une puissance inégalée, capable de passer du gospel au rock avec une aisance déconcertante, tout en portant les cicatrices d’une vie vécue à une intensité que peu d’êtres humains pourraient supporter. Comme il l’a lui-même confié lors d’une interview récente, la célébrité lui a coûté des morceaux de lui-même, mais la promesse faite dans sa petite chambre de Pontypridd, celle de ne jamais cesser de chanter tant qu’il pourrait marcher, reste le moteur de ses derniers jours. Tom Jones n’est pas seulement une star, c’est un survivant qui, malgré les huées de Vegas et les déchirements du cœur, a su transformer sa faiblesse en une force éternelle.
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