Dans l’immense et tumultueux livre de la vie de Johnny Hallyday, les chapitres amoureux se succèdent, marqués par la fureur, la passion et souvent, la douleur des séparations irrémédiables. On a beaucoup parlé de ses conquêtes, de ses mariages éclairs, de ses passions adolescentes destructrices comme celle avec Adeline, ou encore de la figure omniprésente de Laeticia, la gardienne du temple qui a veillé sur son dernier souffle. Mais au-dessus de cette mêlée sentimentale, une figure se détache avec une majesté singulière, intouchable et éternelle : Sylvie Vartan. Elle n’est pas seulement une ex-femme parmi d’autres, une ligne de plus dans une biographie surchargée. Elle est le premier grand amour, l’alter ego, celle qui a partagé avec lui l’ascension vertigineuse vers une gloire que personne d’autre ne pouvait comprendre à l’époque. Il est crucial, pour saisir la psychologie complexe du Taulier, de comprendre la nature exceptionnelle de ce lien qui défie le temps et la mort. Johnny a souvent répété qu’il avait vécu plusieurs vies, pourtant la décennie qu’il a passée avec Sylvie, des années 1960 au début des années 1970, possède une aura que rien, ni les décennies, ni les mariages ultérieurs, n’a jamais pu effacer.

Pourquoi elle ? Pourquoi Sylvie reste-t-elle, dans l’inconscient collectif français et dans le cœur secret du rockeur, la reine indétrônable ? La réponse réside d’abord dans leur statut unique. Contrairement aux compagnes qui ont suivi, Sylvie Vartan n’était pas une “femme de”. Elle n’était pas une fan éperdue, ni un mannequin cherchant la lumière, ni une jeune fille fragile à protéger. Lorsqu’ils se marient en 1965, provoquant une émeute nationale qui restera dans les annales, ils sont deux égaux. Ils sont les “fiancés de la France”, le roi et la reine du Yéyé, avançant main dans la main sous les projecteurs aveuglants. Elle est la seule femme qui pouvait le regarder dans les yeux sans être éblouie par sa lumière, car elle avait la sienne, tout aussi puissante. Johnny admirait cette force brute chez elle. Il aimait son caractère indomptable, cette blondeur froide qui cachait un tempérament de feu capable de lui tenir tête là où d’autres se soumettaient ou s’effondraient. Même des décennies après leur divorce, prononcé officiellement en 1980, une complicité quasi mystique subsistait entre eux, palpable à chaque apparition commune.

Il suffit de revoir les images de leurs retrouvailles sur scène, ces moments de grâce suspendus, notamment au Parc des Princes en 1993 ou à l’Olympia en 2009. Quand Johnny chante “Le bon temps du rock and roll” ou “L’Hymne à l’amour” avec Sylvie, son regard change. Il n’est plus le vieux loup solitaire, usé par les excès et les batailles ; il redevient instantanément le jeune homme fougueux de vingt ans. Il y a dans ses yeux une tendresse, un respect et une admiration qu’il ne réservait qu’à elle. Sylvie Vartan représente ce que Johnny a perdu à jamais : sa jeunesse, son innocence et cette époque bénie où tout était possible, où le monde leur appartenait. Elle est la mère de David, son premier fils, son “sang pour sang”. Ce lien charnel a scellé leur destin commun bien au-delà des contrats de mariage. Johnny savait que quoi qu’il arrive, quelles que soient les guerres de clans à venir, Sylvie resterait la gardienne de sa mémoire première. Elle est la seule qui l’a connu avant qu’il ne devienne un monument national intouchable, la seule qui l’a vu douter, pleurer et triompher à l’aube de sa légende. C’est pour cela que malgré les trente-sept années qui ont suivi leur séparation, Sylvie n’a jamais été remplacée. Elle a simplement changé de place : elle est passée du statut d’épouse à celui de mythe vivant, gravé à jamais dans l’ADN de Johnny.

Cette place unique, Sylvie Vartan ne l’a pas acquise dans la quiétude d’un foyer bourgeois, mais dans le bruit, la fureur et les larmes d’une décennie incandescente. Si l’on qualifie souvent leur histoire de légendaire, c’est parce qu’elle possède tous les ingrédients d’une tragédie grecque transposée à l’époque des Yéyés. On les appelait les “amants terribles”, et ce surnom n’était pas usurpé. Leur amour se conjuguait sur le mode de l’excès : excès de gloire, excès de vitesse, excès de passion. Tout commence véritablement par un mariage qui ressemble plus à une émeute qu’à une cérémonie romantique. Le 12 avril 1965, au manoir de Loconville, ils espèrent se dire oui dans l’intimité. Au lieu de cela, ils se retrouvent assiégés par deux mille fans hystériques et une armée de journalistes qui piétinent les parterres de fleurs et grimpent aux grilles. Ce jour-là, Johnny et Sylvie comprennent que leur vie privée ne leur appartiendra jamais totalement. Ils sont devenus des objets de consommation, des idoles que l’on adore et que l’on dévore.

Cette pression médiatique constante sera le troisième membre de leur couple, un invité indésirable qui ne quittera jamais leur lit conjugal. Leur quotidien est un tourbillon infernal. Entre les tournées de l’un, les galas de l’autre et les tournages de films, ils se croisent plus qu’ils ne vivent ensemble. L’absence nourrit la jalousie, et la jalousie nourrit des disputes homériques. Johnny, animal sauvage et instable, supporte mal l’indépendance farouche de Sylvie. Elle n’est pas femme à l’attendre sagement en tricotant au coin du feu ; elle est une star internationale qui conquiert l’Italie et le Japon. Cette rivalité artistique, mêlée à une attirance physique magnétique, crée une tension électrique permanente. Mais l’histoire de Johnny et Sylvie est aussi pavée de drames sombres, de moments où la mort a frôlé leur bonheur, laissant des traces indélébiles.

En 1966, alors que Sylvie porte leur enfant, Johnny sombre. Épuisé, perdu, terrorisé à l’idée de devenir père alors qu’il se sent encore lui-même un enfant abandonné, il tente de mettre fin à ses jours. C’est le temps du désespoir, le temps de “Noir c’est noir”. La naissance de David, le 14 août 1966, apporte une trêve, une lumière divine dans ce chaos, sacrant Johnny père de la nation autant que père de famille. Pourtant, le destin s’acharne. L’année 1970 marque un tournant sanglant avec ce terrible accident de voiture près de Besançon. Johnny conduit, Sylvie est à ses côtés. La route est glissante, le choc inévitable. Si Johnny s’en sort miraculeusement, Sylvie est gravement blessée, défigurée. Elle partira de longs mois aux États-Unis pour se reconstruire, loin de lui. Cette épreuve laissera des cicatrices invisibles bien plus profondes que celles sur la peau. Elles marquent le début de la fin de leur insouciance. Ils ont traversé le feu ensemble, ils ont survécu, mais quelque chose s’est brisé. Ils s’aimaient à en mourir, mais ils comprenaient doucement qu’ils ne pourraient peut-être pas vivre ensemble sans se détruire. C’était un amour trop grand pour une vie normale.

Le divorce est prononcé le 5 novembre 1980, mettant un terme légal à quinze années de passion tumultueuse. Pour la presse à scandale, c’est la fin d’une époque. On s’attend à des déchirements, à des règlements de compte sordides par avocats interposés, comme c’est si souvent le cas dans le show-business. Mais Johnny et Sylvie vont, une fois de plus, déjouer tous les pronostics. Au lieu de se tourner le dos, ils inventent une nouvelle forme d’amour, indéfinissable et indestructible, qui survivra à tout, même aux nouvelles compagnes du rockeur. Ils ne sont plus mari et femme, mais ils restent une famille. Le ciment de cette union sacrée porte un prénom : David. Pour Johnny, qui a tant souffert de l’absence de son propre père, il est hors de question de reproduire le schéma de l’abandon. Et Sylvie, avec une intelligence de cœur remarquable, ne fermera jamais la porte. Elle ne diabolisera jamais Johnny aux yeux de leur fils. Au contraire, elle entretient le mythe, elle protège l’image du père héros tout en offrant à David la stabilité affective que Johnny, éternel vagabond, est incapable de donner au quotidien.

Cette complicité post-conjugale se manifeste de la manière la plus éclatante là où ils sont nés l’un à l’autre : sur scène. Loin d’être des ex gênés qui s’évitent, ils continuent de chanter ensemble. Chaque duo est un événement, une messe païenne où le public célèbre la nostalgie d’un bonheur perdu. Quand Sylvie apparaît sur scène lors des concerts de Johnny, une clameur particulière monte des gradins. Ce n’est pas seulement de l’admiration, c’est de la gratitude. Le public sait que ces deux-là sont liés par un pacte secret. Johnny la présente toujours avec une déférence royale, l’appelant souvent “Ma Sylvie”. Il n’y a pas d’amertume, seulement une tendresse infinie. Sylvie devient au fil des années une sorte de conscience morale pour Johnny, une boussole qui ne perd jamais le nord. Elle est là dans les moments de gloire, mais surtout dans les moments de doute. Elle assiste, bienveillante mais lucide, aux mariages suivants, regardant passer Babette, Nathalie, Adeline. Elle ne juge pas, elle observe. Elle sait qu’elle détient une part de vérité que ces femmes ne posséderont jamais : elle a connu Jean-Philippe Smet avant Johnny Hallyday.

Cette loyauté sans faille trouvera son écho le plus puissant bien des années plus tard, lors de la sombre guerre de l’héritage. Alors que le clan se fissure, Sylvie sortira de sa réserve légendaire pour défendre l’honneur de son fils et de Johnny lui-même. Elle affirmera haut et fort que le Johnny qu’elle a aimé, l’homme généreux et juste, n’aurait jamais pu déshériter son sang. En faisant cela, elle ne défendait pas seulement David ; elle défendait la mémoire de leur amour, refusant qu’on réécrive l’histoire en effaçant le passé. Ils n’étaient plus mariés, c’est vrai, mais comme le dit la chanson, on a tous quelque chose en nous de Tennessee, et Johnny avait, jusqu’au bout, quelque chose en lui de Sylvie.

Après la tempête Sylvie et les années d’errance qui ont suivi, le début des années 1980 marque une rupture radicale, presque incompréhensible pour le grand public de l’époque. Johnny Hallyday, le fauve de scène, l’idole des jeunes en cuir noir, tombe amoureux d’une femme qui est son exacte opposée. Elle s’appelle Nathalie Baye. Elle n’appartient pas au monde du strass et des paillettes, mais à celui feutré et intellectuel du cinéma d’auteur. Elle est muse de Truffaut et de Godard ; il est la bête de foire du show-business. La presse goguenarde parle de “La Belle et la Bête”, ne donnant pas cher de la peau de ce couple improbable formé sur un plateau de télévision en 1982. Pourtant, cette rencontre va offrir à Johnny ce qu’il n’a jamais eu : une parenthèse de normalité, une trêve dans sa guerre contre lui-même. Nathalie ne cherche pas à briller dans sa lumière. Au contraire, elle l’emmène loin, très loin de Saint-Tropez et des nuits parisiennes. Elle l’entraîne dans la Creuse, une région rurale, verte et silencieuse. Là-bas, pour la première fois, Johnny découvre le goût des choses simples. Il apprend à se lever le matin, à prendre un petit-déjeuner sans alcool, à marcher dans l’herbe humide, à vivre sans gardes du corps. Avec Nathalie, il n’est plus l’idole, il redevient timidement Jean-Philippe Smet.

Elle le rassure, le structure, et surtout, elle le légitime. Grâce à elle, le monde du cinéma commence enfin à le regarder comme un véritable acteur, et non plus comme un chanteur qui joue la comédie. De cette alchimie inattendue naîtra, en novembre 1983, un miracle aux yeux bleus : Laura. L’arrivée de cette fille bouleverse Johnny d’une manière différente de la naissance de David. Avec David, il était un père-enfant dépassé par les événements. Avec Laura, il est un homme de quarante ans, plus mûr, qui réalise la fragilité de l’existence. L’amour qu’il porte à Laura est immédiat, viscéral, teinté d’une inquiétude sourde. Il veut la protéger de tout, et surtout de lui-même. C’est à cette époque que Jean-Jacques Goldman lui écrit l’une des plus belles balades de son répertoire, “Laura”, une promesse éternelle qu’il lui chante comme une berceuse. Cependant, la nature a horreur du vide et les démons de Johnny ne dorment que d’un œil. La vie paisible, intellectuelle et rangée auprès de Nathalie finit par peser sur les épaules du rockeur. L’appel de la route, le besoin d’adrénaline et les vieilles habitudes reprennent le dessus. La parenthèse enchantée se referme en 1986. La séparation est douloureuse mais digne. Il n’y a pas de vaisselle cassée, juste le constat mélancolique que l’eau et le feu ne peuvent pas cohabiter éternellement sans que l’un n’évapore l’autre. Nathalie Baye restera dans la vie de Johnny une figure respectée, une voix de la raison qu’il écoutera toujours. Elle lui a offert le calme, la crédibilité artistique et une fille qu’il chérira comme la prunelle de ses yeux.

Après la douceur de Nathalie Baye et une décennie 90 marquée par des excès et des mariages éclairs, Johnny semble au bord du précipice. C’est alors, en 1995, qu’entre en scène une jeune femme de vingt ans aux boucles blondes et au sourire timide : Laeticia Boudou. Personne ne mise un centime sur cette union. La différence d’âge est abyssale, trente-deux ans les séparant. On la dit trop jeune, trop fragile, une énième passade pour un rockeur vieillissant qui cherche à conjurer la mort. Le monde se trompe lourdement. Laeticia ne sera pas une passade ; elle sera son dernier port, son ancre définitive. Ce que le public ignore au début, c’est que cette jeune fille, derrière son apparence ingénue, possède une volonté de fer. Elle arrive dans la vie d’un homme brisé, usé par les drogues, l’alcool et la solitude des sommets. Elle se donne une mission presque sacerdotale : le sauver. Et elle va y parvenir. Avec une patience infinie, elle fait le ménage autour de lui, éloignant les faux amis, les profiteurs de nuit, pour recentrer Johnny sur l’essentiel. Elle devient sa directrice artistique de l’ombre, modernisant son image, le reconnectant avec une nouvelle génération d’auteurs et de musiciens. Sous son influence, Johnny redevient “le patron”, remplit les stades, enchaîne les succès colossaux.

Mais le grand œuvre de Laeticia, c’est la famille qu’elle lui offre. Johnny, hanté par l’échec de ses foyers précédents, rêve d’une tribu unie, d’un foyer stable où il pourrait enfin poser ses valises. L’impossibilité biologique d’avoir des enfants ensemble les conduit vers un autre chemin d’amour : l’adoption. En 2004 puis en 2008, Jade et Joy entrent dans leur vie. Venues du Vietnam, ces deux petites filles deviennent le centre absolu de l’univers de Johnny. À soixante ans passés, il découvre une paternité qu’il n’avait jamais pu vivre pleinement. Il change les couches, emmène ses filles à l’école, regarde des dessins animés. Il est un papa gâteau, comblé, apaisé. Les images de Johnny à Saint-Barth, jouant dans l’eau turquoise avec Jade et Joy, montrent un homme qui a enfin trouvé la paix. Laeticia est la maîtresse de ce temps retrouvé. Elle organise, gère, communique, veillant sur la santé fragile de son mari comme une louve. Elle est là lors du coma de 2009 à Los Angeles, où elle le veille nuit et jour, le ramenant littéralement à la vie. Elle est là pour le combat final contre le cancer, transformant leur maison de Marnes-la-Coquette en un hôpital de campagne où l’amour tente de repousser la mort. Pendant vingt-deux ans, elle a été tout pour lui : épouse, infirmière, mère, manager. Elle a cru, sans doute sincèrement, qu’en bâtissant cette forteresse autour de lui, elle le protégeait. Elle ne voyait pas que les murs qu’elle érigeait allaient bientôt devenir des remparts infranchissables pour le reste du clan, semant les graines de la guerre future. Elle a offert à Johnny une fin de vie entourée d’amour, mais elle a, sans le vouloir peut-être, isolé le roi de sa cour originelle.

Le 9 décembre, la France entière se fige devant les images des funérailles populaires à l’église de la Madeleine. Sur le parvis, le clan Hallyday offre au monde une image d’unité poignante. Laeticia, digne dans sa douleur, tient les mains de Jade et Joy, tandis que David et Laura se tiennent à leur côté, visages fermés par le chagrin. C’est une fresque familiale magnifique, le dernier chef-d’œuvre de Johnny : réunir tous ceux qu’il a aimés autour de son cercueil blanc. Mais cette harmonie de façade est un trompe-l’œil. Sous les lunettes noires et les étreintes publiques, la mèche est déjà allumée. Ce que le public prend pour une communion sacrée n’est en réalité que le calme avant la déflagration la plus violente de l’histoire du show-business français. L’explosion survient deux mois plus tard, en février 2018, non pas par une déclaration de guerre, mais par une lettre posthume d’une tristesse infinie. Laura Smet brise le silence avec des mots qui glacent le sang : “J’aurais tant aimé te dire au revoir papa…”

Elle révèle l’impensable : le testament américain de Johnny, rédigé sous l’égide des lois californiennes, déshérite totalement ses deux aînés, David et Laura, au profit exclusif de Laeticia. Pas un centime, pas un droit moral sur l’œuvre, pas une guitare, pas même la pochette signée de la chanson “Laura”. Rien pour les enfants de la balle, nés sous les projecteurs. Ce n’est pas une question d’argent, c’est une négation de leur filiation, une tentative d’effacement symbolique de leur existence dans la vie de leur père. C’est alors le choc frontal de deux mondes qui s’ignoraient poliment et qui désormais se déchirent. D’un côté, le “camp du sang”, soutenu par les figures tutélaires que sont Sylvie Vartan et Nathalie Baye. Elles sortent de l’ombre pour défendre leurs enfants, invoquant la tradition française, le droit du sang et la mémoire d’un Johnny généreux qui n’aurait jamais voulu ça. De l’autre, le “camp du cœur”, la forteresse de Laeticia, qui brandit la volonté dernière de son mari, arguant qu’il avait déjà mis ses aînés à l’abri de son vivant et qu’il voulait protéger ses plus jeunes filles, encore mineures.

Au milieu de ce champ de bataille juridique et médiatique, ce sont les liens fraternels qui sont les premières victimes collatérales. Jade et Joy, qui considéraient David et Laura comme des idoles, se sentent trahies, abandonnées par ceux qui promettaient de les protéger. David et Laura, blessés par la violence du testament, ne peuvent dissocier leurs petites sœurs de la belle-mère qu’ils combattent. Le dialogue est rompu, les regards complices échangés à Saint-Barth ne sont plus que des souvenirs amers. L’ironie tragique de cette histoire est cruelle : Johnny Hallyday, l’homme qui avait passé sa vie à fuir la solitude et l’abandon, a fini par orchestrer, par-delà la mort, l’éclatement définitif de sa propre tribu. Il voulait la paix, il a légué la guerre. Il voulait protéger tout le monde, il a fini par dresser les uns contre les autres. Aujourd’hui, le clan est brisé en deux morceaux irréconciliables, séparés par un océan d’incompréhension. Il reste la musique, éternelle, mais l’homme, lui, a emporté dans sa tombe le secret de ses véritables intentions, laissant ses femmes et ses enfants orphelins non seulement d’un père, mais d’une famille.