C’est une onde de choc qui traverse le paysage audiovisuel français et québécois, une déflagration émotionnelle que personne, absolument personne, n’avait vu venir. Dans l’imaginaire collectif, Jean-Marc Généreux est cette boule d’énergie inépuisable, ce juré survolté de “Danse avec les stars” capable de hurler des “J’achète !” à s’en briser les cordes vocales, cet homme solaire qui semble n’avoir jamais connu une seconde de tristesse ou d’hésitation. Il est l’incarnation même de la joie de vivre, du spectacle, de la lumière. Mais comme souvent dans ce milieu d’apparences trompeuses, plus la lumière est vive, plus l’ombre qu’elle projette est dense et profonde. Aujourd’hui, à 62 ans, le masque tombe. Jean-Marc Généreux a décidé de cesser de jouer. Il a rompu le silence pour révéler ce qu’il appelle lui-même, avec une gravité glaçante, “l’horrible vérité”.

Ce n’est pas un scandale financier, ni une affaire de mœurs, c’est quelque chose de bien plus intime, de bien plus insidieux, qui a rongé son existence de l’intérieur pendant des décennies. Une vérité tue, étouffée sous des tonnes de paillettes et de sourires de façade. “Je suis dyslexique”. Cette phrase, simple en apparence, presque banale pour certains, résonne pour lui comme l’aveu d’une vie de combat. Ce trouble, invisible et souvent mal compris, a été son bourreau silencieux, transformant chaque étape de son ascension vers la gloire en un parcours du combattant semé d’angoisses secrètes. Comment cet homme, qui manie le verbe avec tant de théâtralité, a-t-il pu cacher une telle faille ? Comment a-t-il survécu dans un monde où tout repose sur des scripts, des prompteurs et des consignes écrites ?

Pour comprendre l’ampleur de ce secret, il faut remonter le temps, loin des plateaux parisiens, vers un Québec enneigé où un petit garçon se sent terriblement seul. Dernier d’une fratrie de six enfants, le jeune Jean-Marc grandit avec le sentiment diffus mais persistant d’être “brisé”. À l’école, les mots lui résistent. Ils dansent devant ses yeux, se dérobent, refusent de faire sens. Là où ses camarades avancent, lui trébuche. Les regards des professeurs se font lourds, les jugements tombent, implacables : paresseux, lent, distrait. L’estime de soi de l’enfant se fissure en silence. Il observe, il écoute, il ressent tout avec une intensité décuplée, mais il ne peut pas le dire, pas avec des mots. C’est une prison intérieure dont personne ne possède la clé. Il apprend alors l’art de la dissimulation, l’art de se faire oublier pour ne pas avoir à lire à voix haute, pour ne pas avoir à affronter la honte publique.

C’est dans ce contexte de détresse scolaire que la danse va surgir, non pas comme un simple loisir, mais comme une bouée de sauvetage vitale. À dix ans, presque par hasard, pour rester près de celle qui allait devenir l’amour de sa vie, France, il pousse la porte d’un studio. Et là, le miracle opère. Ce que les mots lui refusent, le corps le lui offre. La danse devient son langage alternatif, son exutoire, sa revanche. Chaque pas, chaque mouvement, chaque chorégraphie est une phrase qu’il n’a pas besoin d’écrire. Là où l’esprit bloque sur l’alphabet, le corps, lui, s’exprime avec une fluidité déconcertante. Il comprend que le mouvement ne ment pas, qu’il est une vérité pure. La danse le sauve littéralement de la noyade scolaire et sociale. Il s’y jette à corps perdu, travaillant deux fois plus, dix fois plus que les autres, pour prouver qu’il n’est pas “nul”, qu’il a de la valeur.

Pourtant, même au sommet de sa carrière, même lorsque les trophées s’accumulent et que la reconnaissance internationale est au rendez-vous, le trouble ne disparaît jamais vraiment. Il accompagne Jean-Marc Généreux comme une ombre fidèle et cruelle. Dans les coulisses de “Danse avec les stars”, alors que le public voit un homme exubérant et sûr de lui, la réalité est tout autre. Il vit dans la peur constante d’être démasqué. La peur de mal lire un prompteur en direct, l’angoisse de découvrir un nouveau texte à la dernière minute, la fatigue mentale écrasante de devoir toujours redoubler d’efforts pour simplement “suivre” le rythme des autres. Imaginez la charge mentale de cet homme qui doit mémoriser visuellement chaque consigne, chaque nom, chaque note, parce que la lecture est une épreuve. C’est un acteur qui joue son rôle sans filet, chaque soir, avec la terreur au ventre de commettre l’irréparable.

TVA | Jean-Marc Généreux quitte Révolution | La Presse

C’est dans son livre événement, “Chaque pas est une leçon de vie”, publié récemment, que Jean-Marc Généreux a décidé de ne plus tricher. Ce récit autobiographique marque un tournant décisif. Il ne s’agit plus de faire le show, mais de dire la vérité. Il y raconte sans fard les sacrifices, les doutes et les renoncements que le succès ne montre jamais. Il ouvre les portes interdites de sa mémoire. Mais au-delà de la dyslexie, il aborde un autre drame, bien plus déchirant, qui a fait voler en éclats toutes ses certitudes : la maladie de sa fille, Francesca.

Face à la souffrance de son enfant, atteinte du syndrome de Rett, aucune notoriété ne protège, aucune carrière ne console. Là encore, Jean-Marc Généreux se retrouve confronté à l’impuissance absolue. Lui, l’homme d’action, le batteur, se retrouve désarmé face à un ennemi qu’il ne peut ni séduire, ni vaincre par la danse. Il raconte avec une pudeur bouleversante ce rôle de père face au handicap, cette solitude que connaissent tant de parents aidants, souvent dans le silence le plus total. Il parle de l’amour inconditionnel, de ces nuits sans sommeil, de cette peur viscérale de l’avenir. En révélant sa propre vulnérabilité face à la maladie de sa fille et son propre handicap, il ne cherche pas la pitié. Il cherche la connexion. Il veut dire à tous ceux qui souffrent en silence : “Je suis comme vous. Derrière les paillettes, je pleure aussi.”

Ce témoignage résonne particulièrement fort chez ceux qui ont grandi à une époque où l’on parlait peu des troubles invisibles, où la dyslexie était vue comme une tare et non comme une différence neurobiologique. En avouant sa faiblesse, Jean-Marc Généreux transforme son image. Il n’est plus seulement le juré rigolo à l’accent chantant ; il devient un homme d’une épaisseur humaine rare, un survivant. Il montre qu’on peut réussir, briller, être un leader, tout en portant des failles immenses. Cette révélation change profondément la manière dont on le regarde désormais à la télévision. Chaque éclat de rire, chaque larme versée sur le plateau prend une autre dimension. On comprend que cette hypersensibilité qui fait sa marque de fabrique n’est pas du cinéma : c’est la réaction épidermique d’un homme qui a appris à ressentir le monde plutôt qu’à le lire.

Mais l’actualité de Jean-Marc Généreux ne se limite pas à ces confessions intimes. Il doit aussi faire face aux tempêtes médiatiques qui secouent son émission fétiche. “Danse avec les stars” n’est pas un long fleuve tranquille. Entre les clashs retentissants, comme celui très commenté entre Inès Reg et Natasha St-Pier, et les critiques acerbes sur le niveau technique des candidats, le juré est monté au créneau. Cependant, sa réponse a changé. Fini les polémiques stériles. Face aux attaques, notamment celles du danseur Maxime Dereymez qui déplorait un manque de rigueur et de technique, Jean-Marc a choisi la voie de la sagesse et de l’apaisement.

Il défend une vision de la danse qui lui ressemble : humaine, imparfaite, mais vivante. “Danse avec les stars n’est pas une compétition de danse sportive classique”, martèle-t-il. Il refuse que l’on juge l’émission avec les critères froids d’un examen académique. Pour lui, le programme est un spectacle, un divertissement populaire fait pour émerveiller, pour offrir une parenthèse enchantée. Les portés spectaculaires, la mise en scène, l’émotion, ne sont pas des artifices pour cacher la misère technique, mais des ponts vers le public. “Mieux vaut une danse imparfaite qui touche qu’une perfection froide qui laisse indifférent”, telle est sa nouvelle devise. Cette philosophie est directement issue de son parcours. Lui qui a dû contourner ses propres limites techniques liées à la dyslexie pour exister par l’émotion, il sait que la vérité d’un artiste ne réside pas uniquement dans la justesse d’un pas, mais dans ce qu’il transmet.

Il assume pleinement les imperfections du show, car elles sont le miroir de la vie. La vie elle-même est faite de déséquilibres, de chutes, de moments de grâce inattendus et d’échecs cuisants. Vouloir aseptiser la danse, vouloir en faire une science exacte, c’est lui retirer son âme. En défendant cette vision, Jean-Marc Généreux se pose en gardien de l’émotion contre la dictature de la technique pure. Il rappelle que le public, ces millions de gens devant leur téléviseur, ne cherchent pas un cours magistral, mais une histoire. Ils veulent voir des célébrités douter, transpirer, pleurer, se relever. Ils veulent s’identifier. Et qui mieux que Jean-Marc, l’homme aux mille failles secrètes, pour comprendre ce besoin d’identification ?

Jean-Marc Généreux | Groupe Entourage

À travers ces prises de parole, on découvre un homme apaisé. À 62 ans, Jean-Marc Généreux semble avoir fait la paix avec lui-même. Il a cessé de courir après une légitimité qu’il possède déjà. Il a cessé de vouloir prouver qu’il savait lire comme les autres, qu’il était “normal”. Il accepte sa singularité. “Je valse avec ma vie”, dit-il. Cette phrase est magnifique. Elle résume tout. La valse est une danse qui tourne, qui donne le vertige, où l’on risque la chute à chaque instant, mais où l’on avance toujours. C’est une métaphore parfaite de son existence. Il ne lutte plus contre le courant, il danse avec. Il danse avec sa dyslexie, il danse avec la maladie de sa fille, il danse avec les critiques.

Cette sérénité nouvelle lui confère une aura particulière. Il n’est plus dans la justification, mais dans la transmission. Il veut dire aux jeunes, et aux moins jeunes, que les obstacles ne sont pas des murs, mais des tremplins. Que l’on peut construire un empire sur une faille. Que la honte ne doit jamais gagner. En parlant ouvertement, il libère la parole de milliers d’autres. Il reçoit des messages de parents, d’enfants dyslexiques, qui lui disent “Merci”. Merci d’avoir dit que c’était dur. Merci d’avoir montré que c’était possible. C’est peut-être là sa plus belle victoire, bien plus précieuse que tous les trophées de danse.

Au final, que reste-t-il de ces révélations ? L’image d’un homme profondément résilient. Un homme qui a transformé ses cicatrices en force. Jean-Marc Généreux nous apprend que la vraie force n’est pas de ne jamais tomber, ni de ne jamais avoir peur, mais d’avancer malgré tout, un pas après l’autre. Son livre, ses aveux, ses larmes, tout cela compose le portrait d’un être humain dans toute sa complexité et sa beauté. Il nous rappelle que derrière chaque sourire de star, il y a une histoire que l’on ignore, une bataille que l’on ne soupçonne pas. Alors, la prochaine fois que vous le verrez s’enflammer sur le plateau de TF1, ne voyez plus seulement le juré excentrique. Voyez le petit garçon qui ne savait pas lire, voyez le père inquiet pour sa fille, voyez l’homme qui a décidé de survivre par la passion. Et peut-être que son “J’achète !” résonnera alors différemment à vos oreilles, non plus comme une simple note artistique, mais comme un cri de victoire sur la vie. Une vie qu’il a décidé d’embrasser totalement, avec ses ombres et ses lumières, dans une valse éternelle et bouleversante.