Florent Pagny face au cancer : ses confessions chocs depuis la Patagonie, entre sérénité et acceptation de la mort

Florent Pagny, sur le plateau de l'émission "20h30 le Dimanche", parle de  Vianney. France 2

Il y a des voix qui marquent une génération, et des hommes qui, par leur force de caractère, forcent l’admiration. Florent Pagny est de ceux-là. Depuis l’annonce de son cancer du poumon en janvier 2022, le chanteur au timbre puissant mène un combat acharné, non pas dans l’ombre, mais sous le regard attentif et bienveillant de millions de fans. Aujourd’hui, c’est depuis son havre de paix, la lointaine Patagonie, qu’il se livre avec une honnêteté rare. Loin de l’agitation médiatique, il offre une leçon de vie poignante, où la maladie, bien que redoutable, n’a pas le dernier mot sur sa soif de vivre.

Un “Tueur en Série” Apprivoisé

Les mots qu’il emploie sont forts, presque cinématographiques. Pour décrire son cancer, Florent Pagny n’hésite pas à parler d’un “tueur en série”. Une métaphore glaçante qui illustre parfaitement la nature imprévisible et récidiviste de la maladie. “On sait que ce tueur en série peut revenir à n’importe quel moment”, confiait-il récemment. Cette personnification du mal qui le ronge n’est pas un signe de défaite, mais au contraire, une manière de le regarder en face, de le nommer pour mieux le combattre.

Ce combat, il le mène avec une discipline de fer, alternant les traitements lourds en France et les périodes de ressourcement vitales en Argentine. Chaque contrôle, tous les trois à six mois, est une épreuve, un moment de vérité où tout peut basculer. Mais Pagny a transformé cette angoisse en une routine, une étape nécessaire dans sa nouvelle existence. Il a appris à vivre avec cette épée de Damoclès, sans la laisser dicter son quotidien ni anéantir son moral.

Cette lutte a connu des hauts et des bas, des annonces de rémission suivies de rechutes, des montagnes russes émotionnelles que connaissent bien les malades du cancer. Il a lui-même admis avoir “fait le con”, avoir baissé la garde en arrêtant un traitement d’immunothérapie, ce qui a entraîné une récidive. Une erreur qu’il ne se pardonne pas mais qui lui a enseigné une leçon cruciale : face à ce “tueur”, la vigilance doit être permanente.

La Patagonie, Refuge de l’Âme et du Corps

Quand le tumulte parisien et l’oppression des hôpitaux deviennent trop lourds, c’est en Patagonie que Florent Pagny trouve refuge. Cette terre du bout du monde, sauvage et majestueuse, n’est pas un simple lieu de vacances. C’est son sanctuaire, l’endroit où il peut enfin respirer, au propre comme au figuré. Là-bas, au milieu des paysages infinis et de la nature brute, le chanteur se reconnecte à l’essentiel, loin des projecteurs et du statut de “star malade”.

“Là-bas, je ne suis plus le malade, je suis juste un homme qui vit”, explique-t-il. Cette distance géographique et psychologique est essentielle à son équilibre. En Patagonie, il n’est pas défini par ses scanners ou ses protocoles de chimiothérapie. Il est Florent, entouré de sa famille, de ses amis, de ses terres. Il peut monter à cheval, s’occuper de ses projets locaux, et surtout, oublier. Oublier la maladie, ne serait-ce que pour quelques instants, pour quelques jours. C’est cet oxygène qui lui permet de recharger ses batteries avant de retourner sur le ring, en France, pour poursuivre le traitement.

Ce va-et-vient entre deux continents, deux réalités, est devenu le rythme de sa vie. Un exil volontaire et salvateur qui lui offre une perspective unique sur son combat. La Patagonie lui rappelle la beauté et la force de la vie, lui donnant la rage nécessaire pour affronter les épreuves qui l’attendent à des milliers de kilomètres.

Azucena, son “Garde-Fou”, son Pilier

Dans cette tempête, un phare reste allumé en permanence : sa femme, Azucena Caamaño. Ensemble depuis plus de trente ans, leur couple a traversé bien des épreuves, mais celle-ci est sans doute la plus redoutable. Azucena n’est pas seulement son épouse ; elle est son roc, son “garde-fou”, celle qui le ramène à la réalité quand il pourrait flancher. C’est elle qui veille au grain, qui s’assure qu’il suit scrupuleusement les recommandations des médecins, qu’il ne baisse jamais les bras.

Photo : Florent Pagny souffre d'un cancer aux poumons Exclusif - Florent  Pagny et Vianney - Enregistrement de l'émission "Avec Florent, tout le  monde ELA" à La Seine Musicale à Paris, diffusée

Florent Pagny le reconnaît volontiers, sans elle, l’issue serait peut-être différente. Elle est la force tranquille qui le canalise, qui le pousse à rester discipliné. Leur amour, forgé dans la durée, est une arme redoutable contre la maladie. C’est elle qui l’a ancré en Patagonie, sa terre natale, lui offrant ce refuge qui lui est aujourd’hui si précieux. Leur complicité et leur soutien mutuel sont une source d’inspiration, la preuve qu’à deux, on est infiniment plus fort pour affronter l’adversité.

“S’habituer à l’Idée de Disparaître” : Une Philosophie de Vie

Peut-être la facette la plus déconcertante et la plus admirable de Florent Pagny aujourd’hui est sa sérénité face à la mort. Il en parle sans tabou, avec une lucidité désarmante. “Je me suis habitué à l’idée de disparaître un jour. Quand ça s’arrête, ça peut aller très vite”, déclare-t-il. Cette acceptation n’est pas du défaitisme, mais une forme de sagesse ultime. En regardant la mort en face, il a choisi de célébrer la vie avec encore plus d’intensité.

“Je ne suis pas dans le déni, je suis dans la réalité”, martèle-t-il. Cette réalité, c’est que la vie est finie, et que chaque jour est un cadeau. Cette prise de conscience l’a libéré de la peur. Il ne se projette plus dans un avenir lointain mais se concentre sur le présent, sur les moments de bonheur simples, sur l’amour des siens.

Il pense à l’héritage qu’il laissera, non pas matériel, mais humain. “Il y a deux-trois trucs que j’aimerais ne pas laisser en bordel”, confie-t-il, évoquant ses enfants, Aël et Inca. Sa priorité est de s’assurer qu’ils sont armés pour la vie, qu’ils seront solides et heureux. C’est là que réside son immortalité.

Aujourd’hui, Florent Pagny continue de chanter, de créer, de partager. Sa voix, peut-être un peu plus grave, est chargée d’une émotion nouvelle, celle d’un homme qui a traversé le feu et qui en est ressorti transformé. Il est devenu, malgré lui, un symbole de résilience, un guerrier qui nous rappelle avec force et humilité que même face au “tueur en série”, on peut choisir de vivre, et de vivre pleinement.