C’est une nouvelle d’une tristesse infinie qui vient assombrir le monde de la chanson française et le cœur de millions de fans qui ont grandi avec ses mélodies. Pierre Perret, l’ami Pierrot, celui qui a su marier avec tant de génie la poésie, l’humour et la tendresse, traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus sombres et les plus solitaires de son existence. À 91 ans, alors que l’on aspire à la sérénité des vieux jours, le destin vient de lui porter un coup fatal, rouvrant des blessures que l’on croyait apaisées par le temps, mais qui, en réalité, ne cicatrisent jamais tout à fait. Dans la nuit glaciale du 3 au 4 janvier 2026, son épouse, Simone Mazaltarim, celle que tout le monde surnommait affectueusement Rebecca, s’est éteinte, laissant derrière elle un homme dévasté et un vide abyssal.

Ce départ marque la fin brutale de plus de six décennies d’une union d’une solidité exceptionnelle, une rareté absolue dans l’univers impitoyable et souvent superficiel du spectacle. Là où les couples se font et se défont au gré des projecteurs et des tentations, Pierre et Rebecca ont traversé le temps, main dans la main, inséparables face aux tempêtes de la vie. Pour comprendre l’ampleur de cette perte, il faut mesurer la place immense que cette femme occupait dans l’ombre du géant. Derrière le chanteur populaire, l’auteur malicieux qui jouait avec la langue française comme un virtuose, il y avait cette présence constante, cette force tranquille qui veillait sur tout. Pierre Perret ne s’en est jamais caché ; il l’a répété à maintes reprises, avec une humilité touchante : sans sa Rebecca, il n’aurait jamais accompli la carrière phénoménale qui est la sienne. Elle était bien plus qu’une épouse ; elle était sa boussole, son ancrage, celle qui lui permettait de garder les pieds sur terre quand le succès pouvait faire tourner les têtes.

Leur histoire, digne des plus beaux romans, avait débuté en 1957, à l’aube de sa trajectoire musicale, alors qu’il signait à peine ses premiers contrats professionnels chez Barclay. Comme un clin d’œil du destin, c’est par une dispute que leurs chemins se sont croisés. Un désaccord banal autour d’une erreur de billet de train, où Rebecca s’était trompée, provoquant l’agacement du jeune Pierre qui avait haussé le ton. Mais comme c’est souvent le cas dans les grandes histoires d’amour, le clash initial a laissé place à la curiosité, puis à une passion dévorante. De cette friction est née une réconciliation, et de cette réconciliation, une vie entière.

Cinq ans plus tard, en 1962, ils scellaient leur union par un mariage qui n’était pas un simple détail administratif ou sentimental, mais le fondement même de leur existence commune. Rebecca est devenue son socle, celle sur qui il pouvait s’appuyer en toutes circonstances, la gardienne du temple familial pendant qu’il parcourait les routes.

Ensemble, loin des paillettes et des scénarios people préfabriqués, ils ont construit une vie dans la durée, faite de routine, d’exigences partagées, de choix difficiles et d’une protection mutuelle farouche. Ils ont fondé une famille, accueillant d’abord des jumeaux, Anne et Alain, en 1962, suivis de près par Julie, née en 1963. Cette image d’Épinal, celle d’une famille unie et heureuse, semblait inaltérable. Pierre Perret, avec son répertoire oscillant entre la chanson drôle, enfantine et des textes plus engagés et savoureux, incarnait une forme de bonheur simple et accessible. Pourtant, derrière les rires et les chansons légères, le couple allait devoir affronter l’innommable, l’épreuve qu’aucun parent ne devrait jamais avoir à subir.

Pierre Perret : les caractéristiques d'une relation heureuse avec sa  Rébecca depuis 58 ans

C’est là, au cœur de ce bonheur apparent, que la vie s’est fissurée au plus profond de leur être. En juillet 1995, le drame frappe avec une violence inouïe : leur fille Julie meurt prématurément à l’âge de 32 ans. La douleur est immense, insondable. Face à cette tragédie, Pierre Perret a fait le choix de la pudeur et du silence. Il refusera toujours d’exposer cette blessure béante sur la place publique, non par froideur ou indifférence, mais par respect pour la mémoire de sa fille et parce qu’il estimait, à juste titre, que la perte d’un enfant est une douleur intime qui n’appartient pas au public. Depuis ce jour maudit, l’artiste a dû composer avec un double visage : celui de l’homme public, jovial, qui sait faire sourire la France entière avec ses mots fleuris, et celui d’un père meurtri qui porte en lui une absence irréparable, un vide que rien ne pourra jamais combler.

Ce drame a malheureusement eu des répercussions terribles sur l’équilibre familial. L’ambiance, autrefois chaleureuse, s’est dégradée, et les liens se sont distendus, voire rompus. Depuis la mort de Julie, Pierre Perret s’est froissé avec ses deux autres enfants, les jumeaux Anne et Alain. Les relations sont devenues quasi inexistantes, au point que le chanteur a confié plus tard, avec une tristesse résignée, qu’il ne voyait plus beaucoup ses enfants et qu’il ignorait même s’il avait des arrière-petits-enfants.

Pierre Perret face à la mort de sa femme : retour en images sur son  histoire avec Rebecca, son grand amour - Yahoo Actualités France

Il s’est retrouvé coupé de sa descendance, ces enfants qui, semble-t-il, lui ont toujours gardé une certaine rancœur liée à sa vie de saltimbanque, cette vie d’artiste qui l’éloignait souvent du foyer mais qui était sa raison d’être. Dans ce contexte d’isolement familial progressif, Rebecca était devenue encore plus essentielle. Elle était le dernier lien, le dernier témoin de leurs jours heureux, la seule qui partageait avec lui le poids de ce passé douloureux et la mémoire de leur fille disparue.

Et voilà qu’en ce mois de janvier 2026, c’est cet ultime pilier qui s’effondre. L’annonce de la mort de Rebecca, partagée par un proche du couple, a provoqué une onde de choc et une émotion sincère parmi tous ceux qui suivaient leur parcours, précisément parce que leur histoire était faite de constance et de discrétion plutôt que de bruit et de fureur médiatique. Perdre sa fille, puis perdre son épouse, sont deux chocs qui ne se comparent pas, deux douleurs distinctes, mais qui laissent au final le même vide vertigineux : celui des voix familières qui se taisent à jamais, des repères qui disparaissent, et de ces habitudes de bonheur que l’on croyait éternelles et qui s’évaporent en un instant.

Aujourd’hui, à 91 ans, Pierre Perret se retrouve confronté à ce que la vie a de plus cruel et de plus injuste : l’obligation de continuer à avancer alors que ceux qu’on aime ne sont plus là. Il doit survivre dans un monde qui continue de tourner, mais sans celle qui donnait un sens à sa marche. Rebecca n’avancera plus à ses côtés, sauf dans sa tête, dans ses souvenirs, et dans chaque recoin de cette maison qu’ils ont habitée ensemble. C’est une solitude immense qui s’abat sur l’artiste, une solitude qui résonne d’autant plus fort qu’il est déjà éloigné du reste de sa famille. L’image de cet homme, qui a tant donné aux autres par ses chansons, se retrouvant seul face à son chagrin, est bouleversante. C’est la fin d’une époque, la fin d’un duo mythique, et le début d’un dernier chapitre mélancolique pour celui qui restera à jamais l’ami Pierrot, mais un Pierrot qui a perdu sa Colombine et qui pleure désormais loin des regards, dans le silence assourdissant de l’absence.