Brigitte Macron et la polémique « Sales connes » : Des excuses qui rallument le feu de la colère

Dans l’arène politique française, les mots ont souvent le poids d’un séisme. Brigitte Macron, d’ordinaire si mesurée et attentive à son image de « Première dame de France », se retrouve aujourd’hui au cœur d’une tourmente médiatique d’une intensité rare. Tout commence par une séquence captée en coulisse du spectacle d’Ary Abittan aux Folies Bergère, où elle qualifie de « sales connes » des militantes féministes venues protester contre la présence de l’humoriste. Une semaine après la fuite de cette vidéo, Brigitte Macron a choisi de briser le silence pour s’expliquer via le média Brut. Mais loin d’apaiser les esprits, sa défense semble avoir jeté de l’huile sur le feu.

La défense du « moment privé »

Face caméra, Brigitte Macron adopte un ton grave. Elle exprime ses regrets : « Je suis désolée si j’ai blessé des femmes victimes, ce sont elles et à elles seules que je pense. » Cependant, le cœur de son argumentaire repose sur la distinction entre sphère publique et sphère privée. Elle assure n’avoir pas réalisé qu’elle était filmée au moment des faits. « Quand je suis dans le privé, je peux me lâcher », assume-t-elle, tout en concédant que ses mots étaient « maladroits ».

Pour la Première dame, son intention était avant tout de rassurer un ami, Ary Abittan, qu’elle estime injustement mis en cause par l’action des militantes. Elle rappelle d’ailleurs avec fermeté que la justice a prononcé un non-lieu définitif en faveur de l’humoriste. Dans son esprit, l’action féministe ce soir-là n’était pas un acte de militantisme légitime, mais une forme de « censure » exercée contre un homme blanchi par les tribunaux.

LFI : L’indignation comme réponse

Polémique sur les "sales connes" : Brigitte Macron se dit "désolée" si elle  a "blessé les femmes victimes" - ICI

Si Brigitte Macron espérait clore le chapitre, elle s’est heurtée à une opposition politique qui n’attendait qu’une faille. À La France Insoumise (LFI), la réaction a été immédiate et cinglante. Manon Aubry, figure de proue du mouvement, a dénoncé ce qu’elle appelle un « renversement accusatoire ». Pour les Insoumis, il est inadmissible que l’épouse du chef de l’État utilise son statut pour défendre un homme mis en cause dans des affaires de violences sexuelles (même si la justice a tranché) au détriment de la parole des militantes.

Selon LFI, les explications de Brigitte Macron illustrent une « complaisance persistante » des élites envers les hommes de pouvoir. Manon Aubry reproche à la Première dame de réduire une action politique pour les droits des femmes à une simple nuisance qu’on évacue par une insulte. Le terme de « censure » employé par Brigitte Macron est perçu comme une attaque frontale contre la liberté de manifester et de s’exprimer des collectifs féministes.

Un débat de fond sur la responsabilité publique

Au-delà de l’échange d’amabilités entre l’Élysée et les bancs de l’Assemblée, cette affaire soulève des questions fondamentales sur la nature de la fonction de « Première dame ». Existe-t-il réellement une sphère privée pour la personne qui partage la vie du Président ? Pour beaucoup de commentateurs et d’internautes, la réponse est non. Chaque mot, même murmuré dans une loge de théâtre, porte une charge politique et symbolique.

La polémique « Sales connes » relance également le débat explosif sur la relation entre justice et féminisme. D’un côté, ceux qui défendent la présomption d’innocence et le respect des décisions de justice (le non-lieu d’Ary Abittan) ; de l’autre, celles qui estiment que la justice pénale échoue trop souvent à protéger les victimes et que la protestation sociale est le seul recours pour faire entendre une vérité étouffée.

Des excuses jugées « creuses » par l’opinion

Sales connes": les propos de Brigitte Macron ne passent pas

Sur les réseaux sociaux, le tribunal de l’opinion est encore plus sévère. Les excuses de Brigitte Macron sont largement jugées « creuses » ou trop calculées. On lui reproche une forme de condescendance et un sentiment d’impunité. Le fait d’assumer sa « maladresse » sans réellement regretter le fond de sa pensée (la défense de son ami contre les militantes) laisse un goût amer à de nombreuses associations.

En tentant de désamorcer la bombe, Brigitte Macron n’a fait que lui offrir un nouveau détonateur. Cette nouvelle prise de parole, au lieu de mettre fin à la séquence, l’installe durablement dans l’actualité. Elle fragilise sa position de figure rassembleuse et la place, malgré elle, en première ligne d’une guerre culturelle et politique sur le féminisme qui n’est pas près de s’éteindre. Dans une France déjà sous tension, ce nouvel épisode prouve que dans le monde d’aujourd’hui, le « off » n’existe plus et que la maladresse privée est, par définition, une faute publique.