Affaire Émile : L’expertise du crâne révèle un “coup volontaire” à l’aide d’un objet, l’avocat de la famille annonce de nouvelles recherches pour traquer la vérité

Mort d'Émile : ce que l'on sait une semaine après les derniers  rebondissements de l'enquête

Cela fait désormais deux ans et demi que la France entière retient son souffle, hantée par le visage angélique du petit Émile Soleil, disparu un après-midi d’été au Haut-Vernet. Si le temps passe, la douleur reste vive et les questions obsédantes. Contrairement aux rumeurs qui voudraient que le dossier prenne la poussière sur un bureau, l’enquête est loin d’être au point mort. Elle avance, inexorablement, portée par des éléments techniques d’une précision redoutable qui émergent semaine après semaine. Récemment, un tournant décisif a été opéré, plongeant l’affaire dans une dimension encore plus sombre et criminelle. Des expertises scientifiques de pointe, réalisées sur les ossements retrouvés, ont livré des secrets que la terre avait gardés trop longtemps. Ce ne sont plus de simples hypothèses, mais des constats biologiques froids qui dessinent le scénario de l’horreur.

L’élément central qui agite aujourd’hui les coulisses de la justice est une expertise anthropologique portant sur le crâne du garçonnet. Les analyses ont mis en évidence une lésion très spécifique située au niveau de l’os zygomatique, juste au-dessus de la pommette. Ce détail, invisible à l’œil nu pour le profane, est une pièce à conviction majeure pour les médecins légistes. Selon les rapports versés au dossier en ce début d’année 2025, cette fracture ne peut être le résultat d’un hasard malheureux. Elle permet d’écarter avec une quasi-certitude les pistes accidentelles qui avaient pu être envisagées au début : le choc avec un véhicule, une attaque animale ou même une simple chute mortelle dans ces reliefs alpins escarpés. La conclusion des experts est glaçante : cette lésion est consécutive à un coup volontaire, potentiellement porté à l’aide d’un objet. L’intervention d’un tiers dans la mort de l’enfant n’est plus une vague possibilité, elle est devenue l’hypothèse privilégiée, transformant ce drame en une scène de crime potentielle où la violence a frappé un enfant de deux ans et demi.

Face à ces révélations, la famille d’Émile vit un calvaire indescriptible. Maître Julien Pinelli, l’avocat de la grand-mère maternelle, Anne Vedovini, décrit une épreuve d’une cruauté sans nom. Sa cliente découvre, page après page, dans la froideur des procès-verbaux, ce qu’ont pu être les derniers instants de son petit-fils. C’est une lecture douloureuse, insoutenable pour une grand-mère endeuillée, mais paradoxalement nécessaire. Car au-delà du choc, ces éléments techniques sont porteurs d’un espoir fragile : celui de la vérité. Pour la famille, accepter la lucidité de ces rapports, c’est payer le prix fort pour espérer comprendre un jour qui a ôté la vie à Émile. Les grands-parents, ainsi qu’un oncle et une tante, ont eux-mêmes été placés en garde à vue, soupçonnés, interrogés pendant des heures avant d’être relâchés sans poursuite. Aujourd’hui parties civiles, ils tentent de survivre à la suspicion et de participer, à leur manière, à la manifestation de la vérité.

L'avocat de la grand-mère d'Émile déclare que sa cliente "mobilise  l'intégralité de ses facultés" pour "trouver des éléments de vérité"

L’enquête, qualifiée de laborieuse par les plus hauts gradés de la gendarmerie, se heurte à une complexité rare. Le mystère ne réside pas seulement dans la cause de la mort, mais dans le scénario macabre qui a suivi. Les experts estiment désormais que le corps de l’enfant n’est pas demeuré au même endroit pendant tout le processus de décomposition. Il n’a pas été enfoui. Cela suggère une manipulation, un déplacement, une volonté de dissimulation qui a duré des mois. Quelqu’un, dans ce périmètre restreint, a vécu avec ce secret, a peut-être déplacé la dépouille alors que le village était en effervescence, quadrillé par les gendarmes et les bénévoles. Cette personne a laissé l’enfant se décomposer avant de, peut-être, “rendre” une partie de lui en déposant ce crâne sur un chemin de randonnée, comme pour répondre aux suppliques déchirantes de la mère d’Émile qui implorait qu’on lui rende son fils pour pouvoir l’enterrer. Ce n’est pas l’acte d’un rôdeur de passage qui se serait débarrassé des preuves pour toujours. C’est un acte qui interpelle par sa psychologie trouble, mêlant cruauté et une forme étrange de remords ou de provocation.

Le hameau du Haut-Vernet, souvent décrit comme un huis clos oppressant, reste au cœur de toutes les attentions. On a beaucoup parlé des dix-sept personnes présentes lors de la reconstitution, mais la réalité est plus vaste. Ce jour-là, en plein mois de juillet, le village n’était pas désert. Des agriculteurs, des randonneurs, des résidents secondaires étaient là. Pourtant, dans ce laps de temps infime de sept à dix minutes entre la dernière aperçue d’Émile et l’alerte donnée par la famille, personne n’a rien vu. Les chiens de piste, ces Saint-Hubert au flair infaillible, se sont tous arrêtés au même endroit, près de l’abreuvoir. Un arrêt brutal qui signe souvent le moment où la trace olfactive disparaît, non pas parce qu’elle s’évapore, mais parce que l’enfant a été soulevé, emporté, sorti de la zone de marche. C’est là, dans ce périmètre géographique minuscule, que s’est joué le drame, et c’est là que les enquêteurs continuent de chercher inlassablement.

Maître Pinelli et la famille ne comptent pas rester passifs face à l’horreur. Loin de vouloir mener une contre-enquête par défiance envers les gendarmes dont ils saluent le travail titanesque, ils apportent leur connaissance intime des lieux. Ils ont arpenté le terrain, repris des photos, analysé les moindres recoins avec l’œil de ceux qui y vivent. Pour l’avocat, il existe encore des zones d’ombre, des terrains aux alentours du hameau qui n’ont pas, selon lui, révélé tous leurs secrets. Il s’apprête à déposer une série de demandes d’actes supplémentaires auprès des juges d’instruction dès le mois de janvier. De nouvelles fouilles, des investigations ciblées sur des lieux précis qui auraient pu échapper à la vigilance des premières recherches. Car même avec la meilleure volonté du monde, nul n’est infaillible, et l’immensité de la nature offre mille cachettes à celui qui veut dissimuler un crime.

Les parents d'Émile : « Nous n'avons pas peur de demander à Dieu un miracle  »

La tension est palpable, non seulement pour la famille mais pour tout le village. Des habitants ont été interrogés à de multiples reprises, les mêmes questions revenant en boucle comme une torture psychologique : “Où étiez-vous ?” “Qu’avez-vous fait ?”. Certains, comme ce jeune agriculteur soupçonné à tort de rouler trop vite, ont vu leur vie brisée par la rumeur et la calomnie, alors même qu’aucune charge n’a été retenue contre eux. Le traumatisme est collectif. Tout le monde soupçonne tout le monde, l’air est vicié par le doute. Pourtant, deux ans et demi plus tard, aucune mise en examen n’est venue soulager cette attente insupportable. Le procureur lui-même avoue ne pas avoir d’intime conviction figée, gardant plusieurs portes ouvertes, plusieurs hypothèses de travail. C’est la preuve d’une humilité nécessaire face à un dossier hors norme, où chaque certitude peut être balayée le lendemain.

Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que la thèse de l’accident simple s’éloigne définitivement. La science a parlé à travers les ossements : il y a eu violence. Il y a eu intervention humaine. Le petit Émile n’est pas simplement tombé, il n’a pas juste été perdu. Il a croisé la route de quelqu’un qui lui a fait du mal. Cette vérité, aussi insoutenable soit-elle, est le nouveau point de départ d’une traque qui ne s’arrêtera pas. Les enquêteurs de la section de recherches de Marseille continuent de se rendre sur place, de prélever des objets, de tester des scénarios. Le dossier n’est pas clos, il est plus vivant et plus brûlant que jamais. La justice doit désormais mettre un nom sur ce geste, pour qu’enfin, la famille puisse faire son deuil et que l’âme d’Émile trouve la paix. La vérité est en marche, laborieuse, douloureuse, mais inéluctable.