Une cérémonie “sans chichi”, comme elle le souhaitait: Saint-Tropez a fait  ses adieux à Brigitte Bardot | 7sur7.be

Il ne neigeait pas à Saint-Tropez ce jour-là. Au contraire, un grand soleil d’hiver, insolent et lumineux, inondait les ruelles de ce village de pêcheurs devenu le centre du monde pour quelques heures. C’était un mercredi pas comme les autres, marqué par le deuil et le recueillement d’une nation entière. Brigitte Bardot, l’icône absolue, la “plus belle femme du monde” devenue la voix des sans-voix, s’est éteinte à l’âge de 91 ans, laissant derrière elle un vide immense et un héritage incommensurable. La journée a débuté par une cérémonie religieuse en l’église Notre-Dame de l’Assomption, trop petite pour contenir l’amour que le monde lui portait, obligeant la retransmission de l’office sur trois écrans géants disséminés dans la ville.

Dès les premières heures, une foule immense s’était massée, composée d’anonymes, d’admirateurs venus de loin, parfois après huit heures de route, simplement pour être là, pour dire “merci”. “On se devait d’être là aujourd’hui”, confiait un couple venu d’Annecy, les yeux embués. Pour eux, comme pour tant d’autres, Brigitte Bardot n’était pas seulement une star de cinéma, c’était la France, une figure de liberté et de courage. De nombreuses personnalités avaient également fait le déplacement pour honorer la mémoire de leur amie. Mireille Mathieu, visiblement très émue, a résumé le sentiment général en déclarant que “Brigitte Bardot, c’est la France dans le monde. Elle avait cette beauté du cœur en plus de sa beauté physique”. Jean-Luc Reichmann, la voix tremblante, évoquait “beaucoup d’émotions” pour celle qui “a rayonné dans le monde entier et défendu les animaux en permanence”. Chico, des Gipsy Kings, parlait d’elle comme d’une “fée qui s’est penchée sur nous et qui nous a porté bonheur”.

Mais au-delà des hommages officiels et de la présence de figures politiques comme Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan ou encore Aurore Bergé, seule membre du gouvernement présente, c’est un moment d’une intimité rare qui a retenu tous les souffles. Peu après 11 heures, le cercueil a fait son entrée dans l’église. Fidèle à ses dernières volontés, Brigitte Bardot avait refusé l’hommage national et les ors de la République, préférant des adieux dans la simplicité qui caractérisait sa vie à la Madrague. Elle reposait dans un cercueil en osier, un choix humble et écologique qui lui ressemblait tant, elle qui détestait les artifices du luxe et préférait les fleurs des champs aux compositions sophistiquées.

Un caveau normal, comme elle le voulait" : Saint-Tropez a dit adieu  mercredi à Brigitte Bardot - YouTube

C’est alors que l’impensable s’est confirmé. Nicolas Charrier, le fils unique de la star, était là. Sa présence n’était pas certaine, tant leur relation avait été marquée par les orages, les silences et la distance géographique. Il avait fait le voyage depuis la Norvège pour présider aux funérailles de sa mère. C’était peut-être la seule fois que le public le voyait ainsi, lui qui n’était quasiment jamais apparu publiquement. Il portait avec lui un symbole bouleversant : une couronne de mimosas, ces fleurs jaunes et solaires qu’elle aimait, ornée d’un simple ruban portant l’inscription “À Maman”. Ces deux mots, d’une simplicité désarmante, balayaient des décennies de rumeurs sur leur désamour.

Mireille Dumas, proche de la star, a rappelé avec justesse que Brigitte Bardot avait toujours eu du mal avec la maternité, l’exprimant parfois avec des mots qui ont pu choquer, mais qui étaient ses mots à elle, ceux d’une vérité brute. Elle se sentait trop jeune, immature, ayant elle-même encore besoin de ses parents. Pourtant, ce que l’histoire retiendra aujourd’hui, c’est la réconciliation. Yves Bigot, son biographe, a confirmé que le lien avait été renoué depuis une quinzaine d’années. Les appels téléphoniques, les visioconférences avaient tissé à nouveau le fil rompu. Bernard d’Ormale, le dernier mari de Brigitte, a beaucoup œuvré pour ce rapprochement, accompagnant même la star en Norvège pour qu’elle retrouve son fils et rencontre ses petites-filles. Voir Nicolas là, au premier rang, aux côtés de Bernard, était la preuve ultime que l’amour finit toujours par triompher des blessures du passé.

La cérémonie, qui a duré un peu plus d’une heure, a été rythmée par des chants sacrés, dont une interprétation poignante de Mireille Mathieu. “Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité…”, a résonné sous les voûtes, accompagnant l’âme de celle qui fut bien plus qu’une icône, un véritable mythe planétaire. À la sortie de l’église, l’émotion a changé de tonalité. Les Gipsy Kings ont entamé une sorte de procession musicale dans les rues de Saint-Tropez, accompagnant le cercueil en osier vers sa dernière demeure. C’était un adieu en musique, vibrant et vivant, comme elle l’aurait voulu.

L’hommage populaire s’est ensuite poursuivi au pied de la citadelle. Partout dans la ville, c’était l’effervescence. Les commerçants, pris de court par l’afflux de visiteurs, ont dû s’organiser à la hâte. “On a été dévalisés”, racontait une vendeuse qui a vu ses stocks de t-shirts à l’effigie de BB fondre en quelques heures. Une dame en a même acheté un de chaque couleur, cherchant à travers ce geste à “l’avoir auprès d’elle”. Un fleuriste local a partagé une anecdote touchante : une commande de dernière minute venue du Prince de Monaco lui-même, une gerbe rouge et blanche pour Brigitte. “On va devoir courir pour l’emmener, c’est pas rien”, disait-il, ému par cette marque de respect princier.

Obsèques de Brigitte Bardot : les adieux d'une Française - Valeurs actuelles

Paul Watson, le célèbre fondateur de Sea Shepherd, était également présent pour saluer son engagement indéfectible en faveur de la cause animale. Il se souvenait de leur rencontre en 1977 sur la banquise canadienne, un moment charnière immortalisé par une photo mythique où Brigitte, joue contre joue avec un bébé phoque, avait changé le regard du monde sur la chasse à ces animaux. “Je suis là pour sa mémoire et pour ce qu’elle a fait pour les animaux”, disaient en chœur les anonymes présents, pour qui cet héritage-là est peut-être le plus précieux.

Pourtant, une absence a été remarquée, celle du monde du cinéma. Mireille Mathieu s’en est presque insurgée. Comment expliquer que le 7ème art, qui lui doit tant, ait été si peu représenté ? Les experts présents sur le plateau de l’émission spéciale ont avancé plusieurs raisons. Beaucoup de ses contemporains ont disparu. La nouvelle génération ne l’a pas connue actrice, elle qui a quitté les plateaux en 1973, à seulement 39 ans, pour se consacrer entièrement à sa fondation. De plus, ses prises de position politiques et ses condamnations judiciaires ont creusé un fossé avec une partie de la profession. Mais comme le soulignait Pierre Lescure, son talent reste “éclatant”. Son instinct de comédienne, cette façon de se lâcher tout en maîtrisant son art, restera unique.

Ce jour-là, Saint-Tropez n’a pas seulement enterré une actrice ou une militante. Elle a dit adieu à une partie de son âme. Brigitte Bardot, insoumise jusqu’au bout, repose désormais dans la terre qu’elle a tant aimée. Elle qui disait : “J’ai vécu comme j’avais envie de vivre, comme je le ressentais”, laisse derrière elle un exemple de liberté absolue. Et l’image de ce cercueil en osier, simple et beau, recouvert des fleurs de son fils retrouvé, restera le symbole parfait d’une vie qui a fini par trouver la paix, loin du tumulte, dans la vérité du cœur.