C’est sous le ciel azuréen de Nice, une ville qu’elle chérissait tant, que s’est écrite la dernière page de l’histoire d’une femme qui aura marqué des millions de foyers français. Ce mardi 13 janvier, une atmosphère particulière enveloppait la place Rossetti et le Vieux-Nice. Le silence respectueux de la foule contrastait avec l’animation habituelle de ce quartier historique, alors que les cloches de la cathédrale Sainte-Réparate se mettaient à sonner, annonçant le début d’un adieu que beaucoup redoutaient mais que tous savaient inéluctable. Evelyne Leclercq, l’animatrice mythique, la voix pétillante et le sourire inoubliable de l’émission culte « Tournez Manège », s’en est allée à l’âge de 74 ans. Elle a tiré sa révérence après un long, courageux et digne combat contre la maladie, laissant derrière elle un vide immense dans le paysage audiovisuel français et, surtout, dans le cœur de ceux qui l’ont aimée.

Cette cérémonie, qui se voulait à l’image de la défunte, n’était pas un adieu sombre et lugubre. Au contraire, elle fut un hymne à la lumière, à la vie et à l’espoir, respectant à la lettre les dernières volontés d’une femme qui n’a jamais cessé de penser aux autres, même dans ses derniers instants. Evelyne Leclercq avait formulé un vœu précis, une dernière mise en scène pour son ultime départ : elle ne voulait pas de noir, cette couleur du deuil qui pèse sur les épaules et assombrit les âmes. Elle avait demandé à ce que ses invités, sa famille, ses amis et ses admirateurs portent des tenues blanches ou claires. Ce choix, loin d’être anodin, reflétait la personnalité solaire de l’animatrice. C’était une manière de dire que la mort n’est pas une fin obscure, mais un passage vers la lumière, une façon de défier la tristesse par la clarté et l’élégance qui l’ont toujours caractérisée.

Dans la nef de la cathédrale, cette marée blanche offrait un spectacle saisissant, presque irréel, d’une beauté poignante. Les visages fermés par la douleur étaient illuminés par ces vêtements immaculés, créant une atmosphère de paix et de sérénité, comme si Evelyne elle-même veillait à ce que personne ne sombre totalement dans le désespoir. Mais au-delà de la couleur des vêtements, c’est un autre souhait de la défunte qui a marqué les esprits et témoigné de sa grandeur d’âme. Evelyne Leclercq avait expressément demandé qu’on ne lui offre ni fleurs ni couronnes. Pas de gerbes éphémères qui fanent en quelques jours, pas de dépenses somptuaires pour décorer un cercueil. À la place, elle avait exhorté l’assemblée à faire des dons pour la recherche contre le cancer. Ce geste, d’une générosité ultime, prouve à quel point elle était consciente des enjeux de la maladie qui l’a emportée. Jusqu’au bout, elle a voulu que son départ serve à quelque chose, qu’il aide les vivants, qu’il apporte une pierre à l’édifice de la guérison pour d’autres. C’est là toute la dignité d’Evelyne Leclercq : transformer sa propre fin en une promesse d’avenir pour les malades.

Au premier rang de cette assemblée émue se tenait celle qui a partagé les joies et les peines de l’animatrice, sa fille unique, Céline. Digne, droite malgré le chagrin qui ravageait son cœur, Céline était l’image même de la résilience. Entourée de l’amour de ses propres enfants, dont son fils Benjamin, elle portait sur ses épaules l’héritage moral de sa mère. On pouvait lire dans ses yeux rougis la douleur de la perte, mais aussi la fierté d’avoir accompagné une telle femme jusqu’à son dernier souffle. À ses côtés, une présence discrète mais significative a été remarquée : celle de Jacques Olive, l’ex-mari d’Evelyne et père de Céline. Dans ces moments de vérité absolue, les anciennes discordes s’effacent pour laisser place à l’essentiel : le respect, la mémoire commune et le soutien à l’enfant qui reste. La famille, réunie dans ce bloc de douleur et d’amour, a offert l’image d’un clan soudé, faisant front face à l’absence.

Mais Evelyne Leclercq n’était pas seulement une mère et une grand-mère aimante ; elle était aussi une figure publique, une amie fidèle et une collègue appréciée. La cathédrale Sainte-Réparate a vu défiler ce mardi des visages bien connus des Français, des personnalités du petit écran venues rendre un dernier hommage à celle qui fut l’une des leurs. Parmi eux, Jean-Pierre Foucault, monument de la télévision, était présent. Accompagné de son épouse Evelyne Jarre, l’animateur avait le visage grave des jours de grand deuil. Lui qui a traversé les décennies à la télévision savait mieux que quiconque ce que représentait Evelyne Leclercq : une pionnière, une professionnelle hors pair, mais avant tout une femme de cœur. Sa présence à Nice n’était pas protocolaire ; elle était le témoignage d’une amitié sincère tissée au fil des années, loin des caméras et des paillettes.

L’émotion était également palpable du côté de Fabienne Égal. Comment ne pas évoquer ce lien indéfectible qui unissait les deux femmes ? Ancienne collaboratrice sur le plateau de « Tournez Manège », Fabienne était devenue bien plus qu’une collègue : une véritable amie, une sœur de cœur. Ensemble, elles ont ri, elles ont travaillé, elles ont marqué l’histoire de la télévision. Voir Fabienne Égal, visiblement affectée, dire adieu à sa complice de toujours a rappelé à l’assemblée les heures glorieuses de cette émission culte. C’était une époque où la télévision créait des liens, des duos, des familles. La chanteuse Charlotte Julian, amie de longue date, était aussi là pour saluer la mémoire d’Evelyne, tout comme Rachida Dati, qui, bien qu’absente physiquement, a tenu à marquer son respect en faisant parvenir un magnifique bouquet, geste symbolique d’une reconnaissance qui dépasse les clivages.

Il planait d’ailleurs sur cette cérémonie une ombre mélancolique particulière, celle d’un autre départ récent. Le décès d’Evelyne Leclercq intervient seulement quelques mois après celui de Charlie Oleg, le musicien emblématique et inoubliable de « Tournez Manège ». Cette coïncidence tragique n’a échappé à personne. En l’espace de peu de temps, c’est toute une page de l’histoire de la télévision française qui se tourne définitivement. Les piliers de cette émission qui a bercé les déjeuners et les soirées de millions de Français s’en vont les uns après les autres, emportant avec eux une part de notre nostalgie collective. L’orgue de Charlie Oleg s’est tu, et aujourd’hui, c’est le rire cristallin d’Evelyne qui s’éteint. Cette succession de deuils rappelle cruellement que le temps passe, impitoyable, transformant les souvenirs télévisuels en archives d’un temps révolu.

Obsèques d'Evelyne Leclercq : le câlin ému entre sa fille Céline et la  fidèle amie Fabienne Egal

Pourtant, malgré la tristesse, malgré la sensation de fin d’une époque, ce qui prédominait dans la cathédrale de Nice, c’était ce sentiment de respect immense. Evelyne Leclercq a affronté sa maladie comme elle a mené sa carrière : sans jamais se plaindre, avec une élégance rare. Les témoignages murmurés sur le parvis de l’église racontaient tous la même histoire : celle d’une femme bienveillante, accessible, qui n’avait jamais pris la grosse tête malgré le succès phénoménal qu’elle avait connu. Elle était restée proche des gens, proche de sa famille, ancrée dans la réalité. Son choix de faire don à la recherche plutôt que de recevoir des fleurs illustre parfaitement cette lucidité et cet altruisme. Elle savait que son combat personnel était perdu, mais elle voulait que sa mort serve à gagner les guerres de demain contre le cancer.

La cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère de recueillement intense. Les chants sacrés ont résonné sous les voûtes de Sainte-Réparate, accompagnant l’âme d’Evelyne vers cette lumière qu’elle avait tant appelée de ses vœux en imposant le blanc. Céline, soutenue par son fils Benjamin et par la présence rassurante de son père Jacques, a fait preuve d’un courage admirable. Dire adieu à sa mère est l’épreuve la plus douloureuse qui soit, mais le faire sous le regard du public, en maintenant une telle dignité, force l’admiration. Elle a su, par sa tenue, par son attitude, honorer la mémoire de celle qui lui a donné la vie. Elle a été la gardienne du temple, veillant à ce que chaque volonté d’Evelyne soit respectée à la lettre.

Alors que le cercueil quittait la cathédrale sous les applaudissements discrets mais chaleureux de la foule – un dernier rappel pour l’artiste, un dernier merci pour la femme – chacun a pu mesurer l’empreinte qu’Evelyne Leclercq laisse derrière elle. Elle n’était pas seulement une présentatrice de jeux télévisés ; elle était une compagne de vie pour les téléspectateurs, une présence familière qui a traversé les générations. Nice, sa ville de cœur, lui a offert un écrin magnifique pour ce dernier voyage. Le soleil d’hiver, pâle mais présent, semblait lui aussi vouloir participer à cet hommage, perçant les nuages pour illuminer le blanc des tenues, comme un dernier clin d’œil de l’animatrice à ceux qui restaient en bas.

En quittant le parvis, Jean-Pierre Foucault, Fabienne Égal et les autres personnalités présentes emportaient avec eux bien plus que le souvenir d’une collègue. Ils emportaient la leçon de vie d’Evelyne : rester digne, rester généreux, et savoir partir avec la même classe que l’on a vécue. La télévision française perd l’une de ses grandes dames, une pionnière qui a su imposer son style, sa voix et son humanité. Mais au-delà de l’écran, c’est une mère, une grand-mère et une amie qui manquera terriblement. Le combat d’Evelyne contre la maladie est terminé, mais grâce à son geste de générosité envers la recherche, l’espoir, lui, continue de vivre. Et c’est sans doute là le plus bel héritage qu’elle pouvait nous laisser : une lumière blanche, pure et éternelle, qui continuera de briller bien après que les caméras se soient éteintes. Adieu Evelyne, et merci pour ce dernier tour de manège, effectué avec une grâce infinie vers les étoiles.